LIVRE «LE PAIN NU» DE MOHAMED CHOUKRI Autobiographie crue d’un jeune marocain

L’un des auteurs marocains les plus populaires Mouhamed Choukri, livre son autobiographie intitulé «Le Pain Nu». C’est avec audace qu’il décrit, sans détour, les réalités de la société marocaine des années 40.

 

Considéré dans la littérature arabe comme un classique, l’autobiographie de l’écrivain marocain Mohamed Choukri (1935-2003) «Le pain nu» est unique dans son genre. D’une part parce que, le style emprunté par l’auteur pour raconter son enfance dans le Maroc des années 1940 est si cru que parfois, l’histoire parait improbable. D’autre part, le fait que l’œuvre ait souffert durant plusieurs années de la censure, a contribué à la ranger dans la catégorie des œuvres mythiques. Ecrit en arabe, le livre parait pourtant pour la première fois en version anglaise sous la plume de Paul Bowles (Sous le titre de For bread alone), en 1973.

Dans les années 80, l’écrivain marocain Tahar Benjelloun présente la version française, qui ne sera finalement disponible au Maroc qu’au début des années 2000, pour cause de censure. La crudité des descriptions, des expériences sexuelles de l’auteur, la démystification du père et les insultes formulées par ce dernier envers la mère heurtaient en effet les tabous, dans un Maroc où, la religion et la protection des mœurs étaient légions.

Rien ne prédestinait l’auteur à une destinée aussi reluisante, car il est l’exemple type de l’autodidacte. D’après son autobiographie, jusqu’à vingt ans, il était encore analphabète, ne sachant ni lire, ni écrire l’arabe (Il ne parlait que le berbère). Il est pourtant considéré aujourd’hui comme l’un des écrivains marocains les plus populaires, doublé d’un professeur de lettres émérite. «Mouhamed Choukri a très tôt connu la violence du besoin, l’exigence de la haine et de la mort (…) il traversera le temps sans jamais avoir le temps d’être étonné ni de se préoccuper de ramasser quelques souvenirs…» écrit dans sa préface Tahar Benjelloun.

Né en 1935, Mouhamed Choukri a grandi dans le Maroc oriental, encore sous tutelle de la France et l’Espagne, une époque particulièrement  difficile pour les Marocains. L’histoire de Mouhamed Choukri commence à Tanger, parti de sa région natale (le Rif), en compagnie de sa famille pour fuir la famine qui y sévissait à l’époque : il était alors âgé de six ans. Son père particulièrement violent, va marquer, d’une tache indélébile, la vie du jeune Mouhamed. «Abdelkader (son frère) pleure de douleur et de faim. Je pleure avec lui. Je vois le monstre (son père) s’approcher de lui, les yeux pleins de fureur, les bras lourds de haine. (…) je crie au secours : ‘ un monstre nous menace, un fou furieux est lâché arrêter le !’ Il (son père) se précipite sur mon frère et lui tord le cou comme on essore un linge. Du sang sort de la bouche… », c’est en ces termes qu’il décrit cette scène à laquelle il assiste «terrorisé». Au fil des pages, il n’appellera plus son père que par le «monstre».

L’auteur n’est pas né sous une bonne étoile

Dans son récit, on comprend très vite que l’auteur n’est pas né sous une bonne étoile. Son enfance sera marquée par la violence, et la peur. Très tôt il va connaître les rues, ses lois, ses dangers et ses règles.  Et qui dit enfants de la rue, dit paradis artificiels. Il sera confronté, avant l’adolescence à la drogue et à l’alcool, mais aussi la prostitution.

La lecture de quelques passages du livre parait parfois insoutenable.  Comme par exemple lorsqu’il décrit des scènes de sexe dans «des bordels Espagnols» alors qu’il n’était qu’un enfant. Il prendra d’ailleurs particulièrement goût à ces «bordels» qu’il ne cessera pas de fréquenter assidûment. Ce plaisir pour le corps de la femme semble être pour l’auteur, le seul moyen de se départir des problèmes du quotidien, une vie de souffrance qui se résume à un combat pour la pitance quotidienne. Aussi la description des scènes zoophilies auxquelles il s’adonne parait tout bonnement surréel « (…) Je sentais de plus en plus le désir sexuel s’éveiller en moi. Il m’habitait avec force et insistance. Mes femelles n’étaient autres que les poules, les chèvres, les chiennes, les génisses… La gueule de la chienne, je la retenais d’une main avec un tamis. La génisse, je la ligotais. Quant à la chèvre et à la poule, qui en a peur »

Entamé dans un environnement, de désespoir «Le Pain nu» s’achèvera pourtant sur une note d’espoir pour l’auteur. Il découvre l’arabe en prison et prend goût à la lecture et à l’écriture et se familiarise avec la spiritualité

Malgré le courage de Mouhamed Choukri de relater des faits existants mais tus dans la société durant les années 40, il est parfois difficile d’imaginer la véracité de quelques faits. De plus, la répétition des scènes de prostitution peut très vite lassée au fil des pages, c’est à se demander si l’auteur ne fait pas exprès d’amener le lecteur sur un terrain glissant. Le livre a peut-être aussi souffert de sa traduction de l’Arabe vers le Français, car on ne peut s’empêcher de reconnaître la touche personnelle de Tahar Benjelloun, notamment dans le style des descriptions. Sa version originale, lui rendra peut être plus justice.  

 

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