Mohamed Mbougar Sarr remporte le Goncourt 2021

Un jeune écrivain inconnu du grand public et une autrice populaire: le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr a remporté mercredi le Goncourt, avec « La plus secrète mémoire des hommes », et la Belge Amélie Nothomb le prix Renaudot pour « Premier sang ».

Mohamed Mbougar Sarr devient à 31 ans le premier écrivain d’Afrique subsaharienne à être distingué par le plus prestigieux des prix littéraires français.

Comme Amélie Nothomb, il faisait figure de favori, désigné comme tel par les journalistes littéraires qu’avait interrogés la revue Livres Hebdo.

Après une édition 2020 par visioconférence, le Goncourt était remis, comme le veut la tradition, au restaurant Drouant, dans le quartier de l’Opéra à Paris.

L’écrivain sénégalais l’a emporté dès le premier tour, avec six voix sur les dix du jury. « Je ressens beaucoup de joie. Tout simplement », a-t-il déclaré, à son arrivée à Drouant. « Je n’ai pas encore de mots pour en parler », a-t-il ajouté, se disant « très reconnaissant » et « heureux ».

 

« Avec ce jeune auteur, on est revenu aux fondamentaux du testament du Goncourt. 31 ans, quelques livres devant lui. Espérons que le Goncourt ne lui coupera pas son désir de poursuivre », a affirmé le secrétaire de l’Académie, Philippe Claudel.

D’autres voix sont allées au Français Sorj Chalandon pour « Enfant de salaud » et au Haïtien Louis-Philippe Dalembert pour « Milwaukee Blues ». Aucune ne s’est portée sur Christine Angot avec « Le Voyage dans l’Est », qui avait remporté la semaine précédente le prix Médicis.

Les lauréats doivent s’exprimer plus longuement en début d’après-midi lors d’une conférence de presse.

« Lu d’une traite »

Le président de l’Académie Goncourt, Didier Decoin, qui n’avait pas caché son admiration pour le roman de Mohamed Mbougar Sarr, a salué un « très beau livre » et un « hymne à la littérature ».

« Ce que j’aime dans la littérature, c’est quand elle ouvre ses fenêtres. Je l’ai lu d’une traite », a-t-il déclaré.

 

Ce Goncourt était une confrontation entre deux éditeurs puissants, habitués aux récompenses, Grasset (groupe Hachette) et Flammarion (groupe Madrigall), et deux petits indépendants, novices dans ce domaine.

Mohamed Mbougar Sarr et Louis-Philippe Dalembert ont pour point commun d’être défendus par une maison qui porte le nom de celui ou celle qui l’a fondée et la dirige encore.

L’éditeur de Sarr, Philippe Rey, s’est fait discret sur sa manière d’appréhender le jour J. Mais il a travaillé intensément ces derniers mois pour faire connaître au grand public le jeune écrivain, adoubé par la critique.

Le prix Goncourt, décerné par un jury de sept hommes et trois femmes, rapporte un chèque de 10 euros, mais il garantit des ventes en centaines de milliers d’exemplaires.

Le sacre en 2020 de « L’Anomalie », roman fantasque d’Hervé Le Tellier, avait généré en librairie un engouement jamais vu depuis « L’Amant » de Marguerite Duras en 1984, avec plus d’un million d’exemplaires vendus.

 

Cette année, les thèmes étaient plus graves: l’inceste chez Christine Angot, la mythomanie d’un père engagé avec les nazis chez Sorj Chalandon, le racisme et les violences policières chez Louis-Philippe Dalembert… et la difficulté de la littérature africaine à se faire reconnaître chez Mohamed Mbougar Sarr.

Du côté du Renaudot, trois autres livres étaient finalistes: « La Carte postale » d’Anne Berest (Grasset), « Murnau des ténèbres » de Nicolas Chemla (Cherche-Midi) et « Le Voyant d’Etampes » d’Abel Quentin (L’Observatoire).

L’autrice à succès Amélie Nothomb l’a emporté au 2e tour, avec six voix, contre trois pour « La Carte postale » d’Anne Berest (Grasset).

Son roman, « Premier sang », conte les mémoires fictives de son père décédé en 2020.

« Là vraiment j’ai envie de dire: papa, on a le prix ! », s’est-elle exclamée au restaurant Drouant.

 

 

 

 

 

 

 

Le360 Afrique – AFP

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