MOUBARACK LO, «Macky Sall a manqué de préparation à la fonction présidentielle»

Sa démission fracassante a été telle que ses secousses telluriques se font encore sentir. Mais, Moubarack Lô n’est, apparemment, pas du genre à ranger les gants. Si d’autres conseillers ou ex-proches collaborateurs se sont emmurés dans le silence, lui opte pour la contradiction. Pas pour le plaisir de déballer. Mais, pour que les choses aillent mieux.

Dans ce premier jet d’un entretien qu’il a accordé à Wal Fadjri, l’ancien directeur de cabinet adjoint du président de la République décortique le style Macky, analyse le pourquoi des relations quelque peu heurtées que ce dernier a avec ses conseillers et dénonce les connivences réelles entre le chef de l’Exécutif et les lobbies, notamment, affairistes qui gravitent autour du Palais.

Wal Fadjri : Récemment, Amsatou Sow Sidibé s’est offusquée du fait que le président de la République n’écoute pas ses conseillers. Etes-vous de cet avis?

Moubarak Lo: Ce n’est pas une nouveauté, c’est une tare congénitale. Le fonctionnement d’un Cabinet présidentiel ou ministériel obéit à des logiques. Vous avez le chef qui peut être le président de la République ou le ministre qui est responsable en dernier ressort et vous avez les conseillers qui doivent préparer les dossiers techniquement et politiquement. Et une fois la préparation faite, il appartient au chef, qu’il soit président ou ministre, de prendre la décision. Mais, si les conseillers ne préparent pas les dossiers ou les décisions, le chef peut être sous influence de gens qui ne sont pas dans le Cabinet. Cela dérègle le fonctionnement des institutions. C’est un peu ce qui a été exprimé à travers cette sortie. Ayant été directeur de cabinet adjoint, elle n’a rien dit que je ne connaissais.

Finalement, c’est quoi ou qui le problème?

C’est un problème de méthode comme disait Senghor. J’ai quitté la Présidence et j’avais dit dans l’article que j’ai publié que les intellectuels ne peuvent pas être à l’aise avec le président de la République. Un intellectuel, il pense sur le long terme, de manière profonde et au-delà de la politique. Quelqu’un comme Amsatou Sow Sidibé, Malick Ndiaye, Jacques Diouf, toutes ces personnalités accompagnant le président de la République, ce qui les intéresse, c’est d’influencer positivement la qualité de la décision publique. Ce n’est pas juste d’être autour de quelqu’un, de le célébrer et de jouir de la fonction de conseiller. La fonction de conseiller, c’est un sacerdoce. Elle obéit à une méthode qui tend à disparaître. J’ai travaillé avec le régime d’Abdou Diouf, j’y ai passé sept ans dans le cabinet du Premier ministre. Mais, il y avait une organisation réelle et très puissante qui partait du ministère jusqu’au cabinet du Premier ministre, au sein du cabinet jusqu’à la division présidentielle. Ce n’est plus le même Sénégal qu’on a aujourd’hui. Il y a beaucoup de centres d’intérêt périphériques au cœur de l’Etat qui influencent les décisions présidentielles.

Chaque fois, les gens parlent de centres d’intérêt périphériques. C’est quoi exactement ? Des lobbies maçonniques ou d’affaires?

De toute façon, pour les hommes d’affaires, c’est clair. C’est Diagna Ndiaye. Il n’aurait jamais dû être influent dans un régime qui veut aller de l’avant. C’est le cas atypique parce que je ne sais pas ce qu’il peut conseiller de bien au président de la République. C’est une question que je me pose. Si la proximité avec les hommes d’affaires, c’est juste pour pouvoir faire prospérer les affaires de certaines entreprises, y a problème. Je vous donne un cas précis : vous avez vu dans la presse du lundi le ministère du Commerce sortir un communiqué pour dire que ce sont 25 mille tonnes de sucre qui ont été autorisées et sur ces 25 mille, les 8 mille tonnes devaient être importées par la Css, le reste par le secteur privé national. Et ce qui est extrêmement grave, c’est que le communiqué a dit qu’on a autorisé à la Css 8 mille tonnes et elle se permet d’importer 21 mille tonnes. Où se trouvent ces treize mille tonnes ? Est-ce qu’elles sont sur le marché ? Ce qui serait un délit. Est-ce qu’elles sont stockées au port ? Ensuite, on nous parle d’une production qui passerait de 98 mille tonnes à 136 mille tonnes. Je voudrais qu’on me démontre, si c’est le cas, parce que j’ai des doutes qu’en deux ans la Css puisse augmenter de 50 % sa production. Donc, voilà autant de choses qui créent des nébuleuses dans le fonctionnement global de l’Etat parce que si vous avez cette confusion entre des intérêts privés et la puissance publique, ça devient grave. (…) Aujourd’hui, il faudrait faire une enquête rigoureuse. Tôt ou tard on le fera, même si c’est dix ans après. Parce qu’il sera toujours possible de retracer ces 21 mille tonnes. Et on demandera des comptes un jour ou l’autre. En tout cas, avant la prochaine campagne électorale, il faudra que le président de la République nous dise où sont passées ces 21 mille tonnes. Je donne juste cet exemple pour vous dire comment cette tentation, cette collusion des intérêts privés et ceux de l’Etat est très latente. Et c’est une déception pour le serviteur de l’Etat que je suis. Ce ne sont pas mes intérêts propres qui m’intéressent. Je me bats pour que le Sénégalais qui est dans la campagne et dans la zone péri urbaine et qui n’arrive pas à joindre les deux bouts s’en sorte. C’est cela qui me fait mouvoir. Si on ne voit plus ça, on n’a plus notre place dans cette sphère. Ce n’est pas d’avoir un véhicule, un chauffeur et des avantages. Ça, c’est vraiment le cadet de mes soucis. Et si c’est ça l’Etat, il faut désespérer du Sénégal. Notre pays ne pourra se développer que le jour où le service de l’Etat sera vu comme un moyen de servir et d’aider la population et non un moyen de se servir.

Donc, je comprends ces intellectuels qui avaient pensé que Macky Sall, étant jeune, changerait radicalement la façon de gouverner. Malheureusement, aujourd’hui, c’est la politique politicienne. C’est comme si lui il préfère, sur la journée de huit heures, passer les quatre heures à faire la politique avec ses cercles périphériques plutôt qu’avec ses conseillers.

Peut-on reprocher à un chef de parti de faire de la politique?

Je ne suis pas d’accord pour que le président de la République soit chef de parti parce que effectivement cela ne vous permet pas d’avoir l’équilibre des différentes sensibilités du pays. Selon les conclusions de la Cnri, le président de la République ne pourra plus être chef de parti. En tout cas, on ne l’a jamais vu, sous Abdou Diouf, à la fin de son règne, dans la gestion quotidienne de son parti, dans la gestion des transhumants, etc. Le Président Macky Sall, s’il a une journée de dix heures, les neuf doivent être consacrées au service de l’Etat, à des réunions stratégiques. Mais, si l’essentiel est consacré à l’animation de sa prochaine campagne, cela m’inquiète. C’est comme si son seul souci, c’est de durer au pouvoir. Le président de la République, c’est un serviteur du peuple. Il est là pour travailler. Donc, il doit consacrer 90 % de son temps à résoudre les problèmes du citoyen de base et peut-être 10 % de temps à consolider sa base politique. Même là, il doit le faire avec une certaine hauteur. Vous savez, il y a beaucoup de choses que je ne dis pas. Par décence, je ne peux pas parler du fonctionnement du cabinet présidentiel. En tant que directeur de Cabinet adjoint, chaque matin, mon premier réflexe, c’est de faire le tour du cabinet pour parler à tout le monde et savoir l’ambiance pour pouvoir en tenir compte dans mon fonctionnement. Il y a des scènes très cocasses que je n’ai jamais vues de ma vie. Parfois, vous voyez 200 ou 300 responsables de l’Apr dans la grande salle de la présidence à attendre le Président. C’est peut-être pour les impressionner, pour ensuite les ferrer. La présidence de la République n’est pas le siège de l’Apr. L’Apr doit avoir son siège en dehors de la présidence de la République et il ne faudrait pas faire une seule réunion politique à la Présidence. Du temps du Ps, ça se faisait à l’Assemblée nationale. Il faudrait que chaque parti dispose d’un siège parce que l’Assemblée nationale n’appartient pas à un parti.

«Diagna Ndiaye n’aurait jamais dû être influent dans un régime qui veut aller de l’avant»

A vous entendre parler, on a l’impression que Macky n’est préoccupé que par sa réélection

Mais bien sûr. Il est trop obnubilé par la politique politicienne. Ce qui fait qu’il perd l’essentiel. Il perd l’essentiel parce que la meilleure façon de travailler à sa réélection, ce n’est pas de débaucher ni de faire transhumer, mais c’est de travailler. Les Sénégalais sont raisonnables, si vous faites du bon travail, qui ne va pas vous réélire ? Mais si vous ne faites pas du bon travail et vous comptez simplement sur l’argent, les influences et sur la démagogie, vous pouvez peut-être les avoir une fois mais la prochaine fois ils vont se réveiller et le réveil sera dur parce qu’ils vont se sentir floués. La seule chose qui vaille, c’est le travail sérieux. C’est ça qu’on demande au président de la République mais pas chaque jour j’ai mon stylo et quel est le prochain que je vais débaucher, quel est le message que je dois délivrer pour impressionner. On a l’impression qu’il gouverne par des coups médiatiques au jour le jour. Aujourd’hui je joue au football, demain je convoque les directeurs généraux. Il n’y a pas de structuration dans tout ça. Je veux dire que ce n’est pas pendant ses vacances qu’il doit réunir les directeurs généraux à Popenguine. C’est de la médiatisation pure et simple, c’est du saupoudrage aux yeux des Sénégalais pour montrer l’image d’un Président qui travaille. Ce n’est pas sérieux. Il a suffisamment de temps sur les onze mois où il n’y a pas de vacances pour pouvoir avoir un calendrier lui permettant de travailler avec les ministres et les hauts fonctionnaires. Je ne pense d’ailleurs pas que le président de la République doit réunir les directeurs généraux, ce n’est pas son rôle. Le président doit réunir des ministres, le Premier ministre peut réunir éventuellement des directeurs généraux. Et même là, je ne pense pas que ça soit de la bonne administration. L’Etat doit être assez organisé. Le Premier ministre doit réunir des ministres et ces derniers les directeurs généraux.

Vous pensez qu’il y a une banalisation de la fonction présidentielle?

Non, ce sont des coups médiatiques. Je pense que c’est un problème de culture parce que je le dis souvent les gens me croient ou non, Macky Sall a manqué de préparation à la fonction présidentielle. Ce n’est pas en disant que Wade m’a nommé ministre de l’Intérieur, Premier ministre, etc. C’est une préparation personnelle qu’on doit avoir. Sinon, c’est comme si vous saupoudrez les décisions. Je ne veux dire que tout est basé sur le sensationnel mais il n’y a rien de profond. A mon avis, le président de la République, tous les jours, son réflexe est de dire qu’est ce que je dois faire aujourd’hui pour plaire ou impressionner les Sénégalais.

C’est ce que vous lui reprochez, non ?

Il doit avoir un style et de la hauteur dans son fonctionnement qui lui permettent de penser les choses sur le long et le moyen terme. Les étudiants vous jettent des pierres, vous les mettez en prison, le lendemain les gens désapprouvent, vous les sortez. On ne sent pas une ligne de force dans sa manière de fonctionner. On sent plutôt un homme qui est sous influence, qui fonctionne au jour le jour comme dépendant des réactions médiatiques. Ça, ce n’est pas un président de la République. Un président de la République doit avoir des orientations très claires basées sur le moyen et le long terme et pas des réactions épidermiques.

Récemment Amsatou Sow Sidibé s’est offusquée du fait que le président de la République n’écoute pas ses conseillers, êtes-vous de cet avis?

Moubarak Lo: Ce n’est pas une nouveauté, c’est une tare congénitale. Dans le fonctionnement d’un Cabinet présidentiel ou ministériel obéit à des logiques. Vous avez le chef qui peut être le président de la République ou le ministre qui est responsable en dernier ressort et vous avez les conseillers qui doivent préparer les dossiers techniquement et politiquement. Et une fois la préparation faite, il appartient au chef qu’il soit président ou ministre de prendre la décision.

Mais si les conseillers ne préparent pas les dossiers ou les décisions et le chef soit totalement en première ligne, bien qu’il soit influencé par des gens qui ne sont pas dans le Cabinet cela dérègle le fonctionnement des intuitions. C’est en peu ce qui a été exprimé à travers cette sortie. Ayant été directeur de Cabinet adjoint, elle n’a rien que je ne connaissais pas.

Finalement l’un dans l’autre c’est quoi le problème?

C’est un problème de méthode comme disait Senghor. J’ai quitté la présidence et j’avait dit dans l’article que j’ai publié que les intellectuels ne peuvent pas être à l’aise avec le président de la République. Un intellectuel, il pense sur le long terme, de manière profonde et au-delà de la politique.

Quelqu’un comme Amsatou Sow Sidibé, Malick Ndiaye, Jacques Diouf, toutes ces personnalités accompagnant le président de la République ce qui les intéresse c’est d’influencer positivement la qualité de la décision publique.

Ce n’est pas juste d’être autour de quelqu’un de le célébrer et de jouir de la fonction de conseiller.

La fonction de conseiller c’est un sacerdoce, mais elle obéit à une méthode qui tend à disparaitre parce que j’ai travaillé avec le régime d’Abdou Diouf, j’y ai passé sept ans dans le cabinet du Premier ministre mais il y avait une organisation réelle et très puissante qui partait du ministère jusqu’au cabinet du Premier ministre, au sein du cabinet jusqu’à la division présidentielle.

Ce n’est plus le même Sénégal qu’on a aujourd’hui, il y a beaucoup de centres d’intérêt périphériques au cœur de l’Etat qui influencent les décisions présidentielles.

Chaque fois les gens parlent des décisions périphériques c’est quoi, ce sont des lobbies maçonniques ou d’hommes d’affaires?

De toute façon, pour les hommes d’affaires, c’est clair. C’est Diagna Ndiaye. Il n’aurait jamais du être influent dans un régime qui veut aller de l’avant. C’est le cas atypique parce que je ne sais pas ce qu’il peut conseiller de bien au président de la République. C’est une question que je me pose.

Un pays doit aller de l’avant, si la proximité avec les hommes d’affaires c’est juste pour pouvoir faire prospérer les affaires de certaines entreprises.

Je vous donne un cas précis : vous avez vu dans la presse du lundi le ministère du Commerce sortir un communiqué pour dire que c’est 25 mille tonnes de sucre qui ont été autorisées et sur ces 25 mille les 8 mille tonnes devaient être importées par la Css, le reste par le secteur privé national. Et ce qui est extrêmement grave, c’est que le communiqué a dit qu’on a autorisé à la Css 8 mille tonnes et elle se permet d’importer 21 mille tonnes. Où se trouvent ces treize mille tonnes ? Est-ce qu’elles sont sur le marché, ce qui serait un délit, est-ce qu’elles sont stockées au port ?

Ensuite on nous parle d’une production qui passerait de 98 mille tonnes à 136 mille tonnes, je voudrais qu’on me démontre si c’est le cas parce que j’ai des doutes qu’en deux ans la Css puisse augmenter de 50% sa production. Donc, voilà autant de choses qui crée des nébuleuses dans le fonctionnement global de l’Etat parce que si vous avez cette confusion entre des intérêts privés et la puissance publique ça devient grave.

Si on a fait l’alternance c’était vraiment pour prendre un nouveau départ et ne plus permettre que des intérêts privés puissent influencer la décision d’Etat.

N’oubliez pas que Macky Sall a été élu en partie pour la réduction des prix des denrées de première nécessité. En continuant à protéger la Css, en ayant comme principal conseiller Diagna Ndiaye qui d’une façon ou d’une autre est proche de la Css c’est comme s’il y a une confusion d’intérêt entre la Css et le président de la République alors que son discours de campagne, je fais partie de ceux qui ont défendu cette thématique sinon j’étais le stratège en terme de discours sur la réduction des prix c’est une déception totale. Parce que nous sommes allés dire aux Sénégalais nous allons baisser les prix et on a baissé sur certains produits mais sur le sucre la baisse a été faible. La Css a été compensée, c’est la seule société qui a reçu compensation. On continue de la protéger de lui accorder des avantages exorbitants, on continue même de lui permettre de prendre des décisions illégales.

Aujourd’hui, il faudrait faire une enquête rigoureuse et sachez que si on le fait partie aujourd’hui, tôt ou tard on le fera, même si c’est dix ans après. Parce qu’il sera toujours possible de retracer ces 21 milles.  Et on demandera des comptes un jour ou l’autre, en tout cas avant la prochaine campagne électorale prochaine. Il faudra que le président de la République nous dise où sont passées ces 21 mille tonnes. Je donne juste cet exemple pour vous dire comment cette tentation, cette collusion des intérêts privés et ceux de l’Etat est très latente. Et c’est une déception pour le serviteur de l’Etat que je suis.

Ce n’est pas mes intérêts propres qui m’intéresse, je me bats pour que le Sénégalais qui est dans la campagne et dans la zone péri urbaine et qui n’arrive pas à joindre les deux bouts s’en sorte. C’est cela qui me fait mouvoir. Si on ne voit plus ça, on n’a plus notre place dans cette sphère. Ce n’est pas d’avoir un véhicule, un chauffeur et des avantages. Ça c’est vraiment le cadet de mes soucis. Et si c’est ça l’Etat, il faut désespérer du Sénégal.

Notre pays ne pourra se développer que le jour où le service de l’Etat sera vu comme un moyen de servir et d’aider la population et non pas un moyen de servir.

Donc, je comprends que ces intellectuels qui avaient pensé que Macky Sall étant jeune, changerait radicalement la façon de gouverner. Mais malheureusement aujourd’hui, c’est la politique politicienne. C’est comme si lui il préfère sur la journée de huit heures passer les quatre heures en faisant la politique avec ses cercles périphériques plutôt avec ses conseillers.

Peut-on reprocher à un chef de parti de faire de la politique?

Je ne suis pas d’accord pour le président de la république soit chef de parti parce que effectivement cela ne vous permet pas d’avoir l’équilibre des différentes sensibilités du pays. Selon les conclusions de la Cnri le président de la République ne pourra plus être chef de parti.

Rien n’interdit, en tout cas on n’a jamais vu sous Abdou Diouf à la fin de son règne dans la gestion quotidienne de son parti dans la gestion des transhumants de recevoir des gens au palais.

Le président Macky Sall s’il a une journée de dix heures, les neuf doivent être consacrées au service de l’Etat, faire des réunions stratégiques. Mais si l’essentiel est consacré à l’animation de sa prochaine campagne parce qu’on élit un président de la République pour préparer sa prochaine campagne. C’est comme si son seul soucis c’est de durer au pouvoir, non. Le président de la République c’est un serviteur du peuple, il est là pour travailler. Donc, il doit consacrer 90% du temps à résoudre les problèmes du citoyen de base et peut-être 10% de temps à consolider sa base politique. Mais là, il doit le faire avec une certaine hauteur. Vous savez, je peux en parler, il y a beaucoup de choses que je ne dis. Par décence je ne peux pas parler du fonctionnement du cabinet présidentiel. Encore une fois, la sortie d’Amsatou Sow Sidibé ne m’a pas surpris. Elle ne m’apprend rien parce que je le sais. En tant que directeur de Cabinet adjoint, chaque matin, mon premier reflexe c’est de faire le tour du cabinet pour parler à tout le monde et savoir l’ambiance pour pouvoir en tenir compte dans mon fonctionnement.

Le président de la République doit encore une fois être très proche de ses conseillers, animer leur travail, les réunir régulièrement mais non pas passer son temps à recevoir des responsables de l’Apr.

Il y a des scènes très cocasses que je n’ai jamais vues de ma vie. Parfois vous voyez 200 ou 300 responsables de l’Apr dans la grande salle de la présidence à attendre le président. C’est peut-être pour les impressionner, pour ensuite les ferrer. La présidence de la République n’est pas le siège de l’Apr. L’Apr doit avoir son siège en dehors de la présidence de la République et il ne faudrait pas faire une seule réunion politique à la présidence. Au temps du Ps, ça se faisait à l’Assemblée nationale. Il faudrait que chaque parti dispose d’un siège parce que l’Assemblée nationale n’appartient pas à un parti.

A vous entendre parler on a l’impression que Macky n’est préoccupé que par sa réélection

Mais bien sûr. C’est une tare congénitale encore une fois, il est trop obnubilé par la politique politicienne, ce qui fait qu’il perd l’essentiel. Il perd l’essentiel parce que la meilleure façon de travailler à sa réélection ce n’est pas de débaucher ni de faire transhumer, mais c’est de travailler.

Les Sénégalais sont raisonnables, si vous faites du bon travail qui ne va pas vous réélire. Mais si vous ne faites pas du bon travail et vous comptez simplement sur l’argent les influences et sur la démagogie, vous pouvez peut-être les avoir une fois mais la prochaine fois ils vont se réveiller et le réveil sera dur pour toi parce qu’ils vont se sentir floués. La seule chose qui vaille c’est le travail sérieux. C’est ça qu’on demande au président de la République mais non pas chaque jour j’ai mon stylo et quel est le prochain que je vais débaucher, quel est le message que je dois délivrer pour impressionner. On a l’impression qu’il gouverne par des coups médiatiques au jour le jour. Aujourd’hui je joue au football, demain je convoque les directeurs généraux. Il n y a pas de structuration dans tout ça. Je veux dire que ce n’est pas pendant ses vacances qu’il doit réunir ses directeurs généraux à Popenguine. C’est de la médiatisation pure et simple, c’est du saupoudrage aux yeux des Sénégalais pour montrer l’image d’un président qui travaille. Ce n’est pas sérieux. Il a suffisamment de temps sur les onze mois où il n y a pas de vacances pour pouvoir avoir un calendrier lui permettant de travailler avec les ministres et les hauts fonctionnaires. Je ne pense d’ailleurs que le président doit réunir les directeurs généraux, ce n’est pas son rôle. le président doit réunir des ministres, le Premier ministre peut réunir éventuellement des directeurs généraux. Et même là je ne pense pas que ça soit de la bonne administration. L’Etat doit être assez organisé. Le Premier ministre doit réunir des ministres et ces derniers les directeurs généraux.

Vous pensez qu’il y a une banalisation de la fonction présidentielle?

Non, ce sont des coups médiatiques. Je pense que c’est un problème de culture parce que je le dit souvent les gens me croient ou non il a manqué de préparation de la fonction présidentielle. Ce n’est pas en disant que Wade m’a nommé ministre de l’Intérieur, c’est une préparation personnelle qu’on doit avoir. Ce qui fait que c’est comme si vous saupoudrez les décisions, je ne veux dire que tout est basé sur le sensationnel mais il n y a rien de profond. A mon avis, le président de la République tous les jours son réflexe est de dire qu’est ce que je dois faire aujourd’hui pour plaire ou impressionner les Sénégalais.

C’est ce que vous lui reprochait ?

Il doit avoir un style et de la hauteur dans son fonctionnement qui lui permettent de penser les choses sur le long et moyen terme. Les étudiants vous jettent des pierres, vous les mettez en prison, le lendemain les gens désapprouvent, vous les sortez. On ne sent pas une ligne de force dans sa manière de fonctionner, on sent plutôt un homme qui est sous influence qui fonctionne au jour le jour comme dépendant des réactions médiatiques. Ça ce n’est pas un président de la République. Un président de la République doit avoir des orientations très claires basées sur le moyen et long terme et pas des réactions épidermiques.

Donc, c’est un président sous influence notamment de Diagna Ndiaye?

Il est sous son influence, sous l’influence des responsables de l’Apr, il n a pas de convictions fortes. Le président de la République doit être impopulaire parfois, mais il doit travailler pour changer le pays. S’il veut plaire à tout le monde, je veux dire chaque fois qu’on vous critique vous reculez, vous n’êtes pas là pour ça. Bien évidemment il y aura toujours des gens qui ne sont pas contents de tes décisions. Mais à chaque fois que les gens critiquent vous reculez ; je peux vous citer milles décisions qui ont été remises aux calendres grecques après les critiques.

Ça ce n’est pas un président de la République. Un président de la République doit accepter parfois d’être impopulaire parce qu’il se dit : je travaille pour le bien de mon peuple. Et sur le moyen terme les gens vont voir là où je veux les amener. La seule chose où il n’a pas reculé c’est d’amener Karim Wade en prison pour des intérêts politiques. Citez-moi d’autres décisions où il a été intransigeant.

A l’époque de Diouf, les réunions avec les conseillers étaient-elles hebdomadaires?

Il y a un excellent livre sur le fonctionnement de la Maison Blanche intitulé The White House écrit par un conseiller d’un ancien président démocrate américain. Même les bureaux sont stables, la liste des conseillers est stable. Vous pouvez dire le conseiller qui doit occuper tel bureau. Les réunions entre le président, les ministres et les conseillers tout cela est écrit, c’est comme un manuel de procédure. Vous pouvez regarder le fonctionnement des Etats unis depuis des décennies quelque soit le président ça fonctionne.

Mais aujourd’hui, tout est devenu informel, personne ne connaît le nombre de conseillers du président. Il y a peut-être 200 conseillers et je suis sûr que vous pouvez demander aux 2/3 de rester chez eux et les choses continueraient à tourner. Cela veut dire que c’est pour plaire et donner des salaires. C’est pour cela qu’on élit un président? Donc il faut normaliser les choses, le nombre de ministres. Aujourd’hui, vous avez des ministres, des ministres délégués, des Secrétaires d’Etat dont on dit parfois qu’ils ne sont pas membres du gouvernement mais qui parfois marchent sur les plates bandes des ministres. C’est la cacophonie totale. Et pourtant Macky Sall avait promis de ne pas dépasser 24 ministres y compris les ministres délégués.

 

1 Commentaire

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