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WADE – Macky, du cinéma jusqu’à la mosquée

CHRONIQUE DE WATHIE

C’est le combat contre l’injustice qui est aussi récompensé.  La première fois que Cheikh Ahmadou Bamba a posé les pieds à Dakar, c’était en partance pour le Gabon, sous bonne escorte des soldats du colon. Il était ainsi forcé à quitter les siens, le pays de ses ancêtres, pour  faire davantage de place aux Français déterminés à assujettir un Peuple dont ils voulaient que les modèles soient ceux qui se trouvent dans les livres qu’ils ont apportés. La journée du 27 septembre 2019, au-delà de la majestueuse Massalik al-Jinan, la ferveur, qui s’est emparée de la capitale sénégalaise, témoigne, encore une fois de plus, que la volonté de Bamba a largement pris le dessus sur les manigances du Colon. Pour savoir pourquoi cette histoire n’est pas enseignée aux Sénégalais, à travers les manuels scolaires, il faut interroger également le professeur Iba Der THIAM qui a été ministre de l’Education nationale. Cette réflexion, qui devait être le prolongement de l’inauguration de la mosquée, a, hélas, peu de chance d’avoir lieu. La faute à deux grands comédiens qui ne voyaient pas plus grandiose occasion pour concilier des positions qui n’ont jamais été en désaccord.

Après la libération de Khalifa SALL, il ne reste plus qu’à faire taire Ahmed et enterrer l’affaire du voile, pour être plus heureux qu’Ulysse. Comme si les Sénégalais avaient été chauffés à bloc pour qu’ils désirassent ardemment la paix et la concorde avant que cette semaine ne vienne les combler de sourires. Entre le « Khadaratoul Jummah »  fait à l’intérieur de  Massalik al-Jinan et l’ouverture de l’école Sainte Thérèse aux fidèles musulmans, le Sénégal conjugue le verbe unir au présent. Cette journée, Macky SALL et Abdoulaye WADE, en politiciens avisés, ont flairé depuis longtemps le caractère concordant qu’elle allait revêtir. Et c’est allégrement qu’ils en ont profité pour dérouler un autre épisode de leur science-fiction qu’ils cherchent à rendre crédible avec des personnages religieux.

Abdoulaye WADE et Macky SALL se sont séparés pour uniquement empêcher que le pouvoir ne retourne entre les mains des Socialistes, pour que les cinquante ans de libéralisme, prédits par le fondateur du PDS, soient une réalité. Cela aurait été tellement facile si Karim WADE avait été accepté par ses compatriotes. Mais, ce que le pouvoir de son père n’a pas réussi, la prison de Macky SALL l’a fait : le mettre dans le cœur de nombreux Sénégalais. Avec la CREI, le leader de l’APR ne pouvait pas se louper. De « fils à papa », Karim WADE, bousculé par une Cour fondamentalement arbitraire, est devenu une victime suscitant partout indignation et mécontentement contre un régime, incapable en plus. Macky SALL ne lui a pas uniquement endossé le costume de présidentiable, il a aussi démantelé les principales formations politiques de « Gauche » (PS, AFP, LD). Et pendant qu’il inflige de terribles coups à la démocratie en compagnie et au nom de Moustapha NIASSE et Cie, Abdoulaye WADE  incarne l’opposant qui cristallise tous les mécontentements. Ne menaçant que pour être visible, l’ancien président a réussi à remettre les hommes de son système, son fils en premier, au milieu de  » l’arène politique ». Qu’est devenue la liste des 25 personnalités de l’ancien régime, que le procureur de la CREI avait brandie en 2012? Ce sont ces personnalités-là qui font aujourd’hui le jeu politique. C’est ce qui explique le silence de WADE ou son inaction lorsqu’il s’est agi du référendum, du parrainage ou des calamiteuses législatives de 2017.  C’est ce Macky SALL qui s’est rendu impopulaire en balisant le chemin des Libéraux que Me WADE est venu sauver d’une débâcle mémorable à la dernière présidentielle. Alors que l’étau s’était resserré autour du leader de l’APR, contesté de toutes parts pour avoir notamment barré la route à Khalifa SALL et imposé le système de parrainage, Me WADE s’est retroussé les manches pour débarquer au Sénégal. Ceux qui ont attendu son soutien au candidat qui battrait, sans problème, l’impopulaire Macky SALL, ont déchanté. Non seulement, WADE n’a soutenu personne mais a annoncé, avant l’heure, le hold-up électoral que les Sénégalais ont impuissamment observé.

Après avoir mis la barre de l’opposition de façade si haut, à travers des sorties médiatiques incendiaires, Macky SALL et son mentor avaient besoin d’un grand symbole pour sceller leurs retrouvailles publiques.  Et, pour l’encyclopédie WADE, cela passe par les guides religieux. Plusieurs fois, par le passé, il l’a tenté et réussi.  « Si Karim WADE est condamné par la CREI, je suis prêt à donner ma vie », disait-il à la place de l’Obélisque devant des milliers de Sénégalais. C’était la énième menace qu’il formulait donnant l’impression de braver le régime de Macky SALL. Si Abdoulaye WADE avait laissé son fils être jugé et condamné sans s’en mêler, celui-ci serait loin d’inspirer la ferveur qui accompagnait les mouvements demandant sa libération. (…) Karim WADE condamné, rien ne se passa. Abdoulaye WADE avait trouvé la bonne excuse. C’est le khalife général des mourides qui lui aurait demandé de ne pas faire de bruit ». Quand entre 2005 et 2007, il a exagéré dans la « mise à mort » d’Idrissa  SECK, il a fallu faire intervenir le khalife général des Tidianes pour dégonfler la bulle du maire de Thiès de l’époque qui allait l’envoyer au second de la présidentielle. Idy, tenu par la main comme un enfant par feu Serigne Abdoul Aziz SY Al Amine, revenait à la maison de son « père ». C’était le 22 janvier 2007, à quelque quatre semaines du scrutin. La suite est connue.  La mission accomplie, les deux hommes ont repris leur combat de façade. Et c’est le même scénario qui va se reproduire malgré les « retrouvailles » de Massalik al-Jinan. WADE et Idy avaient besoin de se retrouver pour passer la présidentielle et les législatives de 2007, Macky SALL et son prédécesseur renouent le fil du dialogue public pour passer une loi d’amnistie générale. Tant qu’il était question d’amnistier Karim WADE, le dialogue national, sans le PDS, pouvait s’en charger. Mais, maintenant, comme Abdoulaye BABOU l’a annoncé ce dimanche à l’émission le « Grand Jury », ce sont tous les scandales financiers de Me WADE à Macky SALL qui seraient frappés d’une loi d’amnistié et ainsi passés par pertes et profits. Karim WADE serait blanchi tout comme Macky, Marème et même Aliou SALL. Khalifa SALL pour retrouver ses droits civiques y serait contraint. Après cet assassinat que les Libéraux préméditent, WADE et Macky SALL reprendront leur cinéma, au grand dam de l’image des guides religieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mame Birame WATHIE

2 thoughts on “WADE – Macky, du cinéma jusqu’à la mosquée”

  1. C’est ce que j’ai toujours pensé. Depuis sa défaite Wade n’a proposé aucun plan pour le développement du Sénégal. Son seul souhait est que ses scandales financiers ne soient pas mis sur la place publique.

  2. C’est pas avec les bras qu’on pourra arrêter l’avancée de la mer comme disait l’autre. Dès lors que des sénégalais ont pleine conscience de la mascarade dont on est victime depuis belle lurette, il faut juste oser dire non avec toute l’énergie que celà requiert. Il nous faut impérativement une mutation totale. A défaut, nos dirigeants continueront à se comporter de la sorte car ils oublient tous, autant qu’ils sont que l’histoire est là et que tout manque sauf les archives.

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