WASSANAM (Pardon) – Tome 1

CHRONIQUE DE MAREME : WASSANAM (Pardon)

[toggle title= »Chapitre premier : Aïcha, la belle innocence« ]

Anthony Fernando dit : «Ne confonds pas ton chemin avec ta destination. Ce n’est pas parce que c’est orageux aujourd’hui que cela signifie que tu ne te diriges pas vers le soleil.»

Partie Aicha

J’entends quelqu’un s’approcher, s’assoupir à côté de moi et commencer à pleurer, sans que je n’arrive à ouvrir les yeux. J’ai tellement mal à la tête que je crois qu’elle va exploser d’une minute à l’autre. Et cette odeur forte de je ne sais quoi. Mais, ce qui me fait encore plus mal, c’est mon corps, comme s’il avait été percuté par un camion. J’essaye de bouger mais reste terrassée par la douleur déchirante de mon entrejambe. Mon Dieu ! Que s’est – il passé ? Je me force à ouvrir finalement les yeux. Et c’est ma mère que je vois, le visage complétement dévasté. Je n’arrive pas à parler, je crois que je suis en état de choc. Les larmes de ma mère coulent à flots et elle tremble de tout son corps. Elle murmure : Wassanam (pardon).

Un an plus tôt…

1 Présentation

Je m’appelle Aicha Ndiaye, j’ai quinze ans et je suis sérère. Ma haute taille, enveloppée par un teint noir, laisse transparaître mes traits fins. A cet âge, les jeunes filles ne se préoccupent que de deux choses : leurs apparences et les hommes, il paraît que c’est la puberté. N’importe quoi ! Je préfère pour ma part me concentrer sur mes études et découvrir plus de nouveautés.  Et quand je n’étudie pas, je passe mon temps dans les champs avec mon père. Grâce à ce dernier qui donne une importance capitale à son ethnie, je connais ma culture et mes aïeux par cœur. En fait, je suis de la tribune des Niominkas qui représente une partie de la dynastie Guelwar restée dans les îles du Saloum et sur la petite côte. Le métissage culturel du Niominka fait de lui une synthèse du paysan et du pêcheur : il s’adonne ainsi à des activités de pêche, de culture (riz, mil, arachide), et d’élevage (bœufs, petits ruminants). Les sérères sont des migrants, raison pour laquelle, on les trouve installé un peu partout dans le Sénégal particulièrement au Sine et au Saloum. Cet esprit d’indépendance parfois très prononcé fait qu’ils ont réussi à se faire une place importante dans la société sénégalaise. En effet, ils forment, en nombre, la troisième ethnie du Sénégal, après les Wolofs et les Peuls ; environ un Sénégalais sur six est d’origine sérère.

Ma ville natale est Fatick. Elle se trouve dans la partie Ouest du bassin arachidier et englobe le Delta Saloum, et son parc national. Fatick est arrosée par le fleuve Saloum et son affluent, le Sine. Ma ville est très belle puisqu’elle est traversée par des ilots interconnectés par les chenaux appelés « bolongs » et bordés de mangroves qui laissent parfois entrevoir des amas artificiels de coquillages fixés par des baobabs. J’adore ma ville et mon métier de guide durant les vacances m’a permis de connaître par cœur l’histoire, les coins et recoins de toute la région. D’ailleurs, j’ai hâte que l’école se termine pour convaincre mon père de me laisser travailler à l’hôtel encore une fois. La première fois, il avait juré que ce n’était que pour cette fois-là. Mais je réussi toujours à l’amadouer  à ma manière au grand dam de maman qui est très hostile à ce métier. C’est mon frère Menoumbé, qui travaille là-bas comme maître d’hôtel, qui m’avait présenté au responsable. J’avais eu beaucoup de chance parce qu’il y avait des touristes anglais qui séjournaient à l’hôtel en ce moment-là. Avec mon anglais courant, j’avais commencé dès le lendemain. Il faut dire que niveau langue, je suis bien callée. Mais ce n’est pas seulement en langue que je suis douée. Ce n’est pas pour rien si certains m’appellent Einstein, d’autres la surdouée. Je suis première dans toutes les matières, sauf le sport. Mon prof de maths voulait que je tente le concours d’entrée à Mariama Ba, une école de filles qui regroupe les meilleures élèves du pays. Malheureusement, mes parents hyper-conservateurs ont refusé ; je n’ai pas insisté de peur qu’ils me retirent carrément de l’école. Déjà que cela a été dur de les convaincre de m’y  faire entrer. J’ai d’abord était au ‘daara’ (l’école coranique) où j’ai terminé plutôt que les autres. J’avais huit ans quand mes parents m’ont inscrite à l’école. J’ai vite rattrapé les élèves de mon âge du fait que j’ai sauté la classe de CM1 et plus tard, celle de la cinquième. Avec les prix que j’ai raflés, j’étais devenue une fierté pour mon père, mes oncles et le quartier. Les sœurs et femmes de mes oncles, quant à elles, me détestent. Allez savoir pourquoi ? On ne peut pas séparer la femme de la jalousie et de la mesquinerie, elles vont de pair.

Revenons à nos moutons, j’habite dans le quartier appelé « Ndiaye Ndiaye » d’où mon nom de famille. Ce quartier est typiquement sérère et il s’est agrandi au fil des ans avec la naissance de « Ndiaye Ndiaye 2 » qui n’est qu’un prolongement de « Ndiaye Ndiaye 1 ».  La famille Ndiaye, la mienne, fait partie des familles fondatrices qui ont érigé ce quartier, c’est pourquoi elle détienne une grande partie des terres arables.

Ma mère est commerçante. Elle a une boutique située au niveau du marché où elle vend des tissus de tout genre. Son commerce fleurit chaque jour un peu plus. Il y a cinq ans, elle a acheté une machine à coudre avec l’argent de la tontine à laquelle elle a participé. Aujourd’hui, c’est elle qui coud tout ce que je porte. Maman n’est pas d’ici, elle est originaire de Kaolack où son père était allé vivre très jeune, faisant serment de servir un grand marabout Niassène. Avant de se marier avec mon père, maman occupait la fonction de domestique pour une des femmes du marabout. Elle a, à l’occasion, appris par cœur le Coran et ses préceptes. Mon père l’a rencontrée à l’ouverture du Gamou annuel de Niassène. Etant un cousin proche de la famille, il n’avait pas rencontré trop d’obstacles pour demander sa main. A la fin du Gamou, comme chaque année, le marabout de la cité, unit des milliers de personnes lors d’une cérémonie spéciale. Mon grand-père maternel, qui était devenu un des fervents talibés du grand marabout, avait rejeté toutes les coutumes et traditions du mariage sérère pour appliquer celles de la charia islamique. Un mois plus tard, ma mère, escortée par sa mère et sa tante, rejoignit le domicile conjugal à Fatick sans aucune festivité au grand dam de sa belle-famille qui croyait dur comme fer à leur tradition. Dès lors, elle fut rejetée, traitée avec mépris et surtout comme une étrangère. Aujourd’hui encore, après 20 ans de mariage, sa belle-famille continue de lui lancer des piques à chaque fois que l’occasion se présente. Comme c’est le cas aujourd’hui avec le mariage de ma cousine Dibor Ndiaye.

Pour mieux comprendre pourquoi ma mère a été rejetée dès le début par sa belle-famille, il faut connaître l’importance que revêt le mariage dans la société sérère. Il est célébré en grande pompe et dure généralement quatre à six jours. Mais ici, à Ndiaye Ndiaye, la célébration dure une semaine et commence le mercredi pour finir le mardi.

Le premier jour correspond à « l’éède » qui signifie en sérère la pesée. Comme son nom l’indique, les femmes initiées du village déterminent secrètement le nombre de kilos de mil qui sera utilisé lors de l’initiation de la mariée. Le jeudi, après une cérémonie appelée  « ASS », la mariée quitte sa maison vers 22 heures pour aller s’installer dans le domicile conjugal. Cette cérémonie est riche en émotion car le père de la mariée fait un témoignage à l’endroit de sa fille, à la suite de quoi les proches parents, les amis, les voisins… prennent tour à tour la parole pour encourager la mariée tout en la prévenant des difficultés qu’elle devra surmonter pour enfin lui enjoindre de tout faire pour satisfaire son mari. Toujours lors de la cérémonie « ASS », une somme d’argent est réclamée par les « thiamigne » (frères et demi-frères de la mariée) afin qu’ils consentent à livrer la mariée drapée d’un long pagne blanc. Une fois chez son mari, une autre cérémonie dénommée « maagne » a lieu juste devant la porte de la maison du marié. Celle-ci est animée par les femmes initiées du quartier qui, chantant et dansant sous le rythme des tambours, versent, à tour de rôle, du mil sur la tête de la mariée. Le mil, en référence à sa valeur symbolique qui renvoie à la prospérité, est utilisé pour leur souhaiter un mariage prospère. Juste après cette cérémonie, la mariée est isolée dans un endroit aménagé dans la maison pour les besoins de l’initiation ; elle y restera jusqu’à l’aube. Le lendemain, c’est-à-dire vendredi, elle est transférée dans une chambre de la maison autre que celle de son époux. Cette chambre est exclusivement réservée aux femmes initiées et même le mari n’a pas le droit d’y accéder. C’est samedi qu’a lieu généralement la nuit de noces qui est l’un des moments phares de la célébration du mariage. Le lendemain, si la femme est vierge, la nouvelle est annoncée dès l’aube par des sons de tambours et le drap est montré en guise de preuve. Le cas contraire serait un déshonneur pour toute la famille. Durant toute la journée du dimanche, on lui chantera ces louanges. Le lundi a lieu une cérémonie symbolique dénommée lavage d’habits, effectuée au puits « thiossane » situé à quelques encablures du quartier. A cette occasion, quelques habits sales de la maison du mari sont lavés par la mariée, assistée par toutes les femmes initiées du quartier. C’est au terme de cette cérémonie que prend fin l’initiation et la femme aura ainsi le droit de se dévoiler au grand public. Aux sons des tambours annonciateurs, les habitants du quartier se ruent massivement au puits pour accompagner la mariée vers sa nouvelle demeure. Enfin le mardi, la mariée débute officiellement ses tâches ménagères en préparant un repas copieux pour les invités. Elle sera aidée de près par les femmes initiées qui resteront avec elle jusqu’au soir pour une dernière séance de révision des règles apprises lors de l’initiation.

Voilà, vous connaissez maintenant le déroulement du mariage sérère. Ces rites ont une grande importance pour cette communauté, de ce fait  le mariage de ma mère a été très mal accueilli. Pour les sérères, le mariage traditionnel amène la prospérité et la fécondité dans le foyer. Quand ma mère est restée trois ans sans enfanter, on donna à mon père une autre épouse sérère qui habitait dans le village. Ma mère m’a raconté que ce dernier mariage dura à peine cinq mois. Les sœurs de mon père disaient que ma mère avait marabouté mon père. Mais au fond, tout le monde savait que mon père adorait sa femme plus que tout. Il s’était remarié sous la pression de la famille, mais à la surprise générale, ma mère tomba enceinte de Menoumbé. Et comme vous pouvez l’imaginer, le second remariage dura le temps d’une rose, ce que ces belles sœurs ne pouvaient digérer. Elles vont encore plus la haïr quand elle refusa catégoriquement de les décorer comme cela devrait se faire le jour de mon baptême. Ainsi, de fil en aiguille, elles sont devenues les pires ennemies du monde. Il ne se passe pas une semaine sans qu’elles ne se crépitent pas le chignon. Ces conflits avaient fini par déteindre sur les enfants et aujourd’hui la maison est devenue invivable. Mon père, comme ses frères, la déserte  au maximum pour ne pas avoir à prendre parti. Seul mon feu grand – père avait le pouvoir de faire régner la paix dans cette grande demeure des Ndiayènes.

En tout cas, ma mère et moi avons de plus en plus de mal à supporter mes tantes qui trouvent toujours un moyen de nous critiquer. Je sens que je vais encore les énerver quand je réussirais à décrocher mon brevet des collèges avec brio. En parlant de cela, il faut que je m’éclipse encore pour aller réviser. Ce mariage ne tombe vraiment pas à pique, nous sommes à dix jours de l’examen et j’avais déjà raté une semaine de révision. Je me lève soudainement prétextant aller aux toilettes et je bifurque vers la droite croyant que personne ne m’avait vue. Je me dirige rapidement vers la maison de Moussa et y entre en trombe. J’ai de la chance qu’elle ne soit qu’à quelques pas de ma maison ; dès que l’occasion se présente, je pars réviser là-bas. Si je me fais prendre par ma mère, elle va me déchiqueter. A l’arrivée, je trouve comme toujours le père de Moussa assis sur sa chaise brocante en train de lire son journal.

–         Nou yongua diam ? (Passez-vous une journée paisible ?)

–         Diam soom kay, nam fiyo ? (Oui, nous sommes en paix, comment vas-tu ?)

–         Mékhé méne ! (ça va).

–         Tu es très belle aujourd’hui comme toujours, comment se passe la fête ?

–         Très bien mon oncle, d’ailleurs il ne manque que vous.

–         Oui, oui je m’apprête à y aller.

A cet instant, Moussa sort de sa chambre et vient vers nous. J’oublie de suite son père pour parler avec mon ami des révisions du Bfem.

–         Hé Aïcha, tu as une heure de retard.

–         Si tu savais toutes les choses que j’invente pour venir réviser au moins une heure ou deux par jour. Ne perdons pas de temps, prends tes cahiers.

Nous nous asseyons sur la véranda et ouvrons le cahier de SVT. A peine ouvert, je vois le visage de Moussa se décomposer.

–          Aicha Ndiaye, je peux savoir ce que tu fais seule dans une maison avec un homme.

Je sursaute et lève la tête. C’est Badiène Mbène, la grande sœur de mon père et l’ennemie jurée de ma mère, je suis foutue. Elle me regarde avec tellement de dégoût que j’avale ma salive avant d’oser ouvrir la bouche. La poisse.

–         Moussa est un camarade de classe, nous ne faisons rien de mal à part réviser notre….

–         Tais-toi, sale dévergondée. Tu crois que c’est normal de rester seule dans une maison avec un homme et d’être si collée à lui. Tu vas finir par nous déshonorer si on te laisse faire

–         On ne fait que réviser, en plus son père est dans la chambre.….

–         Tais-toi, telle mère telle fille, aucun respect pour nos traditions. Au lieu d’honorer ta cousine de ta présence, tu te caches ici pour faire je ne sais quoi.

Je la regarde agiter ses mains, gesticuler de gauche à droite et parler très fort pour se faire entendre. Je vais encore me faire gronder. Je déteste cette femme autant qu’elle me haie, shim. Je rêve dès fois de la chicoter mais c’est ma badiène (tante), je ne peux rien faire à part encaisser.

–          Qu’as-tu à me regarder avec mépris, hamadi ba dof (impolie va).

Sans même écouter les explications du père de Moussa, elle me prend violemment la main et me dirige avec force dehors. Elle va encore faire un scandale chiiii. Arrivée devant ma mère, elle me jette de toute sa force par terre. Elle pointe un doigt accusateur sur elle avant de s’écrier :

–          Au lieu de rester-là à parloter, surveilles sur ta fille. Si seulement tu pouvais imaginer l’endroit où je l’ai trouvée en train de faire je ne sais quoi.

Toutes les femmes présentes à la cérémonie me regardent avec horreur. Ce qui est normal vu la manière dont elle a présenté les choses, comme si j’avais fait quelque chose de mal. Je tente donc une dernière fois de m’expliquer.

–          Si réviser ses cours est quelque chose de mal, alors où va le monde ?

–          Tais – toi sale effrontée. Tu vois comme tu as mal éduqué ta fille, lance-t-elle à ma mère, avec ces pommes bien hautes, elle devrait être mariée depuis longtemps, au lieu de passer son temps à se dandiner dans les rues du quartier.

–          Va rejoindre tes amies ma fille, me dit ma mère avec sa voix douce et calme. Quant à toi Mbène, tu devrais réfréner ta colère envers Aïcha. Si aller à l’école est un pêché, alors je me demande pourquoi tu milites farouchement pour le maire de la ville dont le combat principal est de scolariser les filles à l’école.

–          Hi cheytane, ne me mets pas en mal avec mon mentor. Moi j’attire ton attention sur le fait que ta fille se dévergonde chaque jour un peu plus. Je l’ai trouvée seule dans une maison avec un homme et dans une position très compromettante.

–         Je suis sûre qu’il s’agit de Moussa, son camarade de classe, ils n’étaient même pas seuls ; mais tu as toujours une façon bien à toi de déformer la vérité.

PAAF, la gifle de badiène Mbène ne s’est pas fait attendre. Choquée, je suspends ma respiration. La seconde d’après, ma mère répond par une autre plus cinglante. La gifle est tellement forte que le « moussore » (tissu coiffé sur la tête) de tante Mbène s’envole. J’ai vu ma mère attacher son moussore sur les reins avant que l’attroupement de femmes ne la fasse disparaître. Mon père, plus surpris que moi, n’arrivait pas à se lever de sa chaise alors que certains hommes couraient déjà vers la bagarre pour éviter que cela ne dégénère. Il a fallu près d’une heure pour calmer les esprits, je n’arrive pas à croire à ce qui venait de se produire. C’est parti tellement vite ; et voir pour la première fois ma mère réagir avec une telle violence et affronter la doyenne de la maison était juste incroyable.

Une heure plus tard, on ne parlait que de cela et dans ce quartier, où il se passe rarement quelque chose, c’était l’évènement de l’année. J’attendais avec beaucoup d’appréhension notre retour et pour la première fois de ma vie, je n’avais pas hâte qu’une fête se termine. Je sens que je vais avoir la raclée de ma vie. Le reste de la fête se passa dans une ambiance glaciale où ma mère et ma tante se regardaient en chiens de faïence. Après le déjeuner, servi très tard, les hommes quittèrent la maison pour aller s’installer, comme à l’accoutumé, sous l’arbre à palabre. Les femmes, quant à elles, devaient se retrouver autour d’une ronde pour une dernière mise au point. Les mères des deux nouveaux mariés avaient rapporté leurs griottes et chacune devait montrer, à sa manière, que son enfant était le meilleur de tous. Et comme vous pouvez le deviner, l’argent allait encore couler à flots. Comme ma mère, je n’aimais pas ce genre de cérémonie où l’on faisait du « m’as-tu vu ». Je ne comprendrais jamais le fait de gaspiller autant d’argent dans les fêtes alors qu’on a du mal à assurer le repas de tous les jours chez soi.

–         Ma fille !

Je sursaute en entendant la voix de mon père derrière moi mais quand je me retourne et que je vois son sourire, les battements de mon cœur se sont ralentis.

–         Appelles ta mère s’il te plaît, chuchote-t-il.

–         Je jure, papa, que j’étais juste en train de réviser et….

–         Chut, ne t’inquiètes pas, je ne t’en veux pas ; je te connais assez pour savoir de quoi tu es capable. Vas-y !

Je lui souris avant d’aller vers maman. Elle se lève, s’excuse auprès des invités et me suit de près. Je n’osais pas lever mes yeux vers elle. Quand nous sommes arrivées devant mon père, maman a commencé à s’expliquer elle aussi. Comme il venait de le faire avec moi, mon père la rassura.

–         Je n’ai pas besoin d’explication, j’ai tout entendu. Cette fois-ci, elle est allée trop loin. En voulant nuire à la réputation de ma fille devant tout le quartier, elle m’offense moi. Je réglerai tout ceci plus tard dans la soirée, je voulais juste te dire de rentrer avec Aïcha à la maison.

–         Mais il y a la cérémonie de…..

–         Je sais et ce sera juste une occasion de te dénigrer et t’insulter comme elle a l’habitude de faire. J’en ai marre de tout cela ; là je suis vraiment en colère contre elle, c’est trop.

De plus en plus surprise, je regarde mon père qui, pour la première fois, est de notre côté.

–         D’accord, je reviens tout de suite, dit maman en bégayant, aussi étonnée que moi.

–         Non ce n’est pas la peine, si Mbène te voit prendre congé, elle va encore t’attaquer verbalement. Rentrez !

Ma mère essuie furtivement une larme en regardant mon père avec beaucoup d’amour.

–         Wassanam (pardon) chuchote-t-elle à l’endroit de mon père avant de me prendre la main pour partir. Je sentais à quel point elle était émue car c’était la première fois que mon père prenait notre défense contre sa famille.

Durant le trajet du retour, ma mère ne disait rien et je n’osais rompre le silence. Quand nous sommes arrivées à la maison, il n’y avait encore personne et ma mère se dirigeait vers sa chambre sans m’adresser mot. Le cœur meurtri, je rejoignis la mienne et m’étendit sur mon lit. Je méditais sur ce qui venait de se passer quand, soudain, maman entra dans la chambre et me tendit mes cahiers. Surprise, je l’interrogeais du regard.

–         Va réviser chez Sigua et tu peux rester là-bas jusqu’à la fin de ton examen.

–         Ah bon, pou…pour….pourquoi ?

–         Parce que tu as déjà raté une semaine de révision. Je souhaite que rien ne vienne perturber les jours qui restent. J’ai déjà averti ton père et il est d’accord. Demain à la fin des cours, je passerai parler avec Soukey (la mère de Sigua, en même temps sa meilleure amie).

–         Je ne sais pas quoi dire maman, wassanam.

–         Si tu restes ici, ta tante va te mener la vie dure après l’affront que je viens de lui faire au mariage de sa fille, donc c’est la seule solution, le temps de régler une bonne fois pour toute ces histoires.

Elle me prend dans ces bras et me lance avant que je ne sorte :

–         N’oublies pas de prendre quelques affaires pour deux semaines.

Quand je fus seule, je fis une danse sérère et me dépêchais de faire mes affaires. Ayant peur que ma mère ne change d’avis, je sortis précipitamment de la maison avec ma petite valise toute excitée d’aller dans une maison autre que la mienne. A quinze ans, la fougue de la jeunesse nous rend inconsciente des évènements qui se passent autour de nous. La seule chose qui nous intéresse est la découverte de nouveautés. A cet instant, j’ignorais encore que ma vie était sur le point d’être complétement chamboulée.

A lire chaque lundi…
Par Madame Ndèye Marième DIOP

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[toggle title= »Chapitre 2 : Nouveau départ« ]

« Il est difficile d’être heureux quand tu refuses de laisser toutes les choses qui te rendent triste. »

Partie Dibore, la tenace

 

Mon mari est un homme merveilleux, gentil, compréhensif, extrêmement généreux envers sa famille et qui m’aime tendrement. Mais, comme pour toute chose, il y a une faille, pour Ngoor, son talon d’Achille, c’est sa famille. Le père de mon mari avait trois épouses et chacune a essayé d’engendrer des héritiers au maximum. Pour lui, en bon cultivateur traditionnel, plus on a des bras, plus la récolte sera bonne en qualité et en quantité. Ainsi mon oncle, avait en tout 18 enfants et, comme dans presque tous les foyers, une rude concurrence s’est installée entre leurs mères. Chacune voulait que ses enfants soient meilleurs que les autres. Après la récolte, la plupart des hommes et des femmes migraient vers Dakar ou Mbour pour travailler comme maçon ou ménagère. Ngoor, quant à lui, s’était fidélisé dans un hôtel à Fatick comme jardinier.

Mon oncle (le père de Ngoor en même temps demi – frère de mon père) avait de plus en plus du mal à assurer les dépenses. Ses fils ayant pris des femmes qui, à leur tour, eurent de nombreux enfants. Seuls deux de ses fils, sur les huit, avaient quitté le domicile familial. Pour ses dix filles, les six étaient dans leurs foyers, les deux autres, ayant des maris pauvres, vivaient avec nous dans la maison. Enfin, il y’ avait Mbène et Mariétou. Divorcées et mères de 4 et 5 enfants respectivement, elles sont revenues vivre avec leurs enfants chez leurs parents comme 95 % des femmes au Sénégal. Pour moi, c’était scandaleux de voir ces deux femmes, mariées depuis des dizaines d’années, être chassées de leur foyer du jour au lendemain, sans rien. La vie n’a pas été tendre avec elles et malheureusement cela les avait rendues aigries et hargneuses, d’où leurs crises de colère perpétuelles pour un rien. Avec tout ce monde réunis sous un même toit, la maison ressemblait à une cocotte-minute pouvant craquer à tout moment. A cette époque, les enfants s’entassaient comme des sardines dans les chambres. Il devenait de plus en plus difficile pour mon oncle de subvenir aux charges de cette grande famille dont le nombre avait fini par être un poids (plus de 50 personnes). Il s’endettait chaque jour un peu plus et n’arrivait plus à acheter de l’engrais pour son champs. Ainsi, la pauvreté gagnait la famille Ndiaye qui s’agrandissait chaque jour davantage, aggravant la situation précaire qui nous étranglait.

Un jour, Ngoor rencontra à l’hôtel un homme d’affaire qui voulait acheter des camions d’arachide pour l’exporter. La chance lui avait souri. Comme dit mon père : «quand Dieu distribue ses semences, prions de faire partie de la liste». Il eut l’idée de proposer à l’homme d’affaire de cultiver pour lui, en lui assurant qu’il pouvait avoir jusqu’à 10 camions à la récolte. Un an plus tard, le succès était total et une nouvelle ère avait commencé.

C’est à cette période que je l’ai rencontré, je suis tombée tout de suite sous son charme. Quand j’ai rejoint le domicile conjugal, j’ai eu droit à des reproches comme quoi j’allais apporter la poisse du fait que ma famille n’avait pas accompli le mariage sérère comme il se doit.  Mais, contrairement à ce que ses sœurs prédisaient, la famille Ndiaye s’est beaucoup enrichie, avec le projet d’exportation arachidière qui s’était agrandi. Le promoteur avait de nouveaux clients et le champ familial ne suffisait plus. Avec la salinisation des sols à Fatick, il était difficile voire impossible de trouver les 30 hectares que le promoteur voulait. Bakel fut choisi pour ce grand projet financé par les Taiwanais. Ngoor était devenu la fierté de la famille mais surtout de ses parents. Mon mari était fils unique du côté de sa mère et n’avait comme grande sœur que Mbène et Mariétou. Quand elles ont divorcé, c’était la honte pour sa mère qui, déjà, ne supportait pas le fait d’avoir le moins d’enfants parmi les femmes de mon oncle. La réussite de son fils l’avait plus que rendue heureuse et celle qui, pendant longtemps, rasait les murs, se pavane maintenant en chantant dans la cour de la maison.

Heureusement pour les hommes, cette rivalité sans faille des mamans n’avait pas déteint sur leurs relations. En tout cas, c’est ce que l’on croyait à cette époque. L’argent est l’opium de l’Homme, il les change et les rend mauvais. Pendant les trois ans qui ont suivi, les trente hectares d’arachide cultivés à Mbacké, sous la direction de mon mari, ont plus que donné des résultats. Les milliers de tonnes d’arachide étaient mises dans des camions et directement acheminées à Dakar où un bateau l’attendait. La vente était une réussite totale et l’homme d’affaire et la famille Ndiaye ne pouvaient que se frotter les mains. Malheureusement, la rivalité et surtout la jalousie a commencé à s’installer entre Ngoor et ses frères. Cette entreprise familiale qui avait si bien démarré allait être détruite. Pour cause, mon mari était plus réfléchi et moins dépensier que ses frères qui n’arrêtaient pas de convoler en noces à gauche et à droite au lieu de mettre au confort leurs familles et d’assurer l’avenir de leurs enfants. Quand il eut assez d’argent, il voulut acheter un petit terrain où il pourrait construire une maison pour loger sa mère et moi voyant à quel point la maison était bondée. Il disait qu’il était hors de question pour lui de faire subir à ses futurs enfants les conditions précaires que vivent ceux de ses frères et sœurs. Mais son père ne voulut pas qu’il quittât le domicile familial et lui proposât de lui vendre les 100 mètres carrés de terrain libre à l’aile gauche de la maison. Quand Ngoor lui remit les deux millions de Francs du terrain, il prit à témoin toute la famille pour qu’il n’y ait pas de problème à sa mort. Seulement, nous sommes au 21ème siècle et ces accords tacites ne suffisent plus. Ainsi, il y construit  un joli appartement de trois chambres et un salon. En plus de cela il m’avait ouvert une cantine de tissu au marché, comme il était presque tout le temps à Mbacké. Et comme lui, j’ai eu une ascension fulgurante qui fait que, en deux ans, j’ai ouvert une boutique. Comme disait son père, nous étions des enfants bénis. En voyant leur frère bien installé dans un appartement joliment équipé avec une femme commerçante, ils ont commencé à râler. Ils pensaient que Ngoor les dupait sur le partage des bénéfices.  Les spéculations ont commencé, les disputes ont suivi. Ça a été plus dur pour moi qui n’arrêtais pas de recevoir des insultes venant surtout de mes belles-sœurs et mes nombreux woudj péthiorba (femmes du frère). Elles rejetaient tous leur malheur sur moi, l’épouse heureuse dont son mari prenait soin. Le fait de ne pas tomber enceinte fut le prétexte idéal pour trouver une autre femme à mon mari. Mais, plus elles se donnaient toutes les peines du monde à détruire notre couple, plus elles le rendaient encore plus fort. Par contre, les disputes entre frères ne cessaient d’augmenter. Cela prenait une telle ampleur que Ngoor pensait sérieusement à se séparer d’eux et c’est là que je suis tombée enceinte. Il était si heureux qu’il prit l’habitude de venir plus souvent à Fatick laissant ses frères gérer les récoltes à Mbacké. Il trouvait triste et dommage que sa mère mourut un an plutôt, elle qui voulait tant un petit fils. J’ai accouché en pleine période de vente, Ngoor pris congé pour la première fois depuis cinq ans et laissa ses frères se charger de la vente. Quand ce fut l’heure du versement, ces derniers ne donnèrent que le tiers de l’argent. Le promoteur mécontenté, décida de porter plainte. Et, ils mirent tout sur le dos de Ngoor qui fut mis aux arrêts. Un vrai scandale, le cœur de mon pauvre oncle lâcha, il en mourut. Dégoutée, j’ai quitté la maison familiale pour me réfugier chez une tante avec mon fils Menoumbé. J’avais décidé d’écouler mes marchandises et de retourner chez mes parents car je ne supportais plus cette famille méchante et hypocrite. Heureusement pour mon mari, le promoteur comprit qu’il avait été piégé et retira sa plainte disant que c’était une erreur. Ngoor fut relâché. Mais, le préjudice était énorme et l’homme d’affaire ne voulut plus travailler avec eux. Les cinq frères qui avaient volé l’argent de la production déménagèrent avec femmes et enfants. Quelques années plus tard, ils sont revenus, sans honte, vivre à la maison complétement démunis. On finit toujours par payer les conséquences de ses actes. Dans ce conflit, le terrain familial fut vendu et des disputes éclatèrent encore sur le partage. De l’argent reçu de l’héritage, mon mari  acheta un petit terrain et continua d’exercer ce qu’il savait si bien faire.  Avec ce que je gagnais au marché, nous avons continué de vivre décemment. Nous n’étions pas riches mais nous arrivions à joindre les deux bouts. Je ne comprenais pas pourquoi Ngoor continuait de vouloir rester dans cette famille où il avait été diabolisé, trompé et trahi. Notre mariage a traversé une véritable crise à cette période mais je ne pouvais pas le quitter sachant à quel point il était meurtri par la trahison de sa famille. C’est l’arrivée de Aicha, presque un an plus tard, qui apaisa notre relation. Il me dira plus tard qu’il avait promis à son père de ne jamais quitter la maison familiale et de pardonner à ses frères. Pour lui, les liens du sang devaient être au-dessus de tout.

Aujourd’hui, vingt ans plus tard, alors que j’avais perdu espoir, il décide enfin de partir. Voir Mbène faire ce scandale devant tout le quartier, a été un déclic, la goutte d’eau qui a fait déverser le vase. Pourquoi continuer…. Il ne comprenait pas pourquoi sa grande sœur soit si injuste avec lui qui avait tant fait pour elle. Mbène était d’une ingratitude et d’une jalousie démesurées envers moi. Et elle prenait toujours un malin plaisir à comploter avec les femmes de ses frères pour me nuire. Ngoor croyait qu’avec le temps toutes ces guéguerres allaient s’estomper ; mais au contraire. Maintenant que ses enfants grandissent, il n’était pas prêt à les faire subir ce qu’il a vécu, particulièrement sa fille chérie. Aicha est tout pour lui, son espoir perdu, son avenir.

Aujourd’hui est un grand jour, je n’arrive pas à croire que nous allons déménager et vivre en paix avec mon mari et mes trois enfants. Je ne sais pas comment il a fait mais Ngoor a trouvé très rapidement une petite maison à la cité Escale, en plein centre-ville près de la mairie de Fatick. Je sais qu’il est très économe mais je me demande comment il a fait pour avoir les clés de cette maison en si peu de temps. Trop heureuse de partir, je n’ai pas voulu lui poser la question, ce qui avait été une erreur monumentale.  Le  camion de déménagement ne va pas tarder, j’ai hâte de voir la tête qu’ils vont faire. En même temps, c’est aujourd’hui que les résultats de Aicha vont sortir mais je ne suis pas inquiète, ma fille est plus intelligente que toute la famille réunie. Je me demande d’où lui vient cet esprit si vif. Je suis excitée comme une puce et heureuse comme je ne l’ai jamais été. Fini les disputes incessantes, fini les insultes, fini les injustices faites à mes enfants, fini la peur des complots et des maraboutages… Oui la paix, enfin la paix. Comme qui dirait cou mougne moûgne (plus la patience est grande et plus belle sera la  récompense).

 

Partie Aicha, l’envol

J’ai regardé ma montre au moins cinq fois en moins de dix minutes, l’heure est au ralenti comme à chaque fois que l’on attend quelque chose d’important, de précieux. Qu’est – ce qu’ils attendent pour annoncer les résultats, déjà que trois élèves se sont évanouies depuis ce matin tellement l’attente est insupportable. Cette façon de donner les résultats des examens du Brevet et du Bac est vraiment déplorable. On nous avait dit que les résultats allaient sortir à 15h  et, il est presque 18h. D’après le peu que j’en ai entendu, c’est si catastrophique qu’ils sont en train de voir comment repêcher au maximum. Depuis que cette rumeur circule, les pleurs ont augmenté et moi, qui étais rassurée depuis le début, j’ai commencé à transpirer. Je ne sais pas quelle serait ma réaction, si je n’ai pas mon BFEM. Je me suis tant donnée, j’ai tellement bossé que je ne suis que l’ombre de moi-même. Que le bon Dieu fasse que je réussisse, pour moi, pour mes parents qui croient si fort en moi. Ils se décarcassent tant pour nous offrir le maximum alors je n’ai pas droit à l’erreur. Une larme tombe sans que je ne puisse l’arréter.

APPROCHEZ, APPROCHEZ…, s’écria un homme dans la quarantaine. On aurait dit que c’est le jour du jugement dernier. Tous les élèves sans exception avaient les yeux grands ouverts. Certains tremblaient de tous leur corps en s’approchant à pas de loup. D’autres couraient vers le monsieur qui réclamait le silence. Sigua, Binta Moussa et moi nous nous agrippions l’un contre l’autre pour nous soutenir. L’homme, debout sur la plus haute estrade de l’école, regarde une dernière fois autour de lui avant de crier très fort.

Voici les résultats du brevet de fin d’étude moyen de l’année 2003. Et, il commença par énumérer…

Sur les 1632 élèves qui ont passé l’examen, 51 ont été admis d’office, et 135 à l’oral. Catastrophique, même pas le quart, pensais– je.

N° 135, Aicha Ndiaye première du centre avec une moyenne de 15, 35.

Aicha, Aicha crièrent mes amis. Comme eux, j’avais entendu mon nom, mais je n’arrivais pas à bouger ni à parler. Comme toujours, se sont mes larmes qui font office d’expression. Mes larmes coulèrent abondement tout au long de mes joues se frayant un chemin jusqu’au cou où ils disparaissent sous le col de ma chemise. Je tiens encore plus fort la main de Sigua. L’heure à l’effusion de joie n’était pas encore possible, il restait mes amis donc il fallait d’abord que le monsieur finisse la liste des résultats. Les cris de détresse fusaient de partout et les élèves tombaient de plus en plus en syncope. L’atmosphère était devenue insupportable, on aurait dit un deuil. Je m’efforçais de garder mon calme, vu le désespoir qui se lisait sur les visages de mes amis au fur et à mesure que la liste avançait. Enfin, j’entendis le nom de Moussa, ensuite celui de Sigua. Il restait encore Binta et la liste des admis d’office était bouclée. Heureusement, elle se rattrapait à l’oral, et c’était plus que ce qu’on pouvait espérer. Vu l’année chaotique qu’elle a passée, ce n’était pas une surprise. Son père a convaincu sa mère de la marier en lui promettant de la laisser à la maison au moins jusqu’après l’examen. Mais, un mois plus tard, son mari l’enlevait pour, dit – il, prendre son dû. Ça a été horrible pour elle et nous sommes allés la voir à chaque fois  que c’était possible pour convaincre son mari de la laisser continuer ses études. Dans ce genre de situation, même si nous étions dégoûtés, nous ne pouvions le montrer  pour ne pas envenimer les choses. Heureusement pour Binta, son mari semblait être quelqu’un de compréhensif. Nous avons eu des problèmes avec  sa belle – mère qui était farouchement contre l’école Pour elle, la femme doit rester au foyer. Finalement, après un mois de négociations, Binta avait repris les cours avec deux mois de retard. Nous savions tous que si elle ratait cet exam, elle n’aurait pas une deuxième chance. Le mariage précoce était quelque chose de tellement répandu qu’il était devenu naturel voire rationnel. Dans mon quartier, deux filles sont mortes cette année en accouchant. Elles n’avaient que quatorze ans. Heureusement pour moi, mon père m’a promis de me laisser continuer les études au moins jusqu’à 25 ans. Là, j’aurai déjà ma maîtrise, donc je ne me sens pas trop concernée. Si seulement je savais.

Nous avons couru comme des fous pour annoncer la nouvelle. Sans faire attention au camion qui était garé devant la maison, je suis entrée chez moi en criant : j’ai réussi, j’ai réussi, je l’ai eu… Et, tous les enfants me suivirent dans mon délire.

Ma mère me fit comprendre que depuis ce matin, mes oncles essayent de faire changer d’avis à mon père et tous les moyens étaient bons pour. Ils avaient même fait venir le doyen de la famille pour qu’il revienne sur sa décision. Mais c’était impossible vu qu’il avait déjà vendu l’appartement et qu’il avait acheté une maison à Escale en pleine centre-ville. J’étais si heureuse que je n’arrivais pas à tenir sur place. Je me dépêchais au maximum comme si j’avais peur qu’ils ne changent d’avis. Heureusement, qu’il ne restait que la chambre des parents et à trois, c’était vite fait. Quand je sortis de celle – ci, je vis ma mère en train de pleurer dans les bras de Yaye daro qui essayait tant bien que mal de se retenir. Elle était son plus grand allié dans la maison, elle et ses enfants.  Dans la précipitation et l’enchantement, j’en avais oublié moi aussi mes complices, amies et partenaires. Alors je me tournais à la recherche de mes trois cousines, avec qui j’ai partagé 11 ans de chambre commune. Sous le conseil de ma mère, je dis au revoir à tout le monde et le tiers ne m’a pas répondu. Quand ce fut l’heure de départ, alors les pleurs ont commencé. Même si nous n’arrivions plus à vivre en paix dans cette grande maison des Ndiayènes, la séparation fut très émouvante, triste. Mon père, même s’il n’était pas l’aîné de la famille, en représentait le pilier. Tout le quartier avait été ameuté et ce qui devait être un simple au revoir, prit la tournure d’un adieu déchirant. Chacun essayant de son mieux de convaincre mon père de rester. Impossible, répondait – il, les larmes aux yeux. Les gens disent que nous ne savons pas ce que nous avons avant de l’avoir perdu. Moi je dis que nous le savons, seulement nous ne nous attendions pas à le perdre. Malgré tout ce qu’il a enduré, il est toujours resté et aujourd’hui, alors que personne ne s’y attend, il décide de couper le cordon ombilical. On ne peut recoller un miroir brisé sans risquer de se blesser. Mon père a mis du temps pour le comprendre. Aujourd’hui, il sait que cette rupture est certes douloureuse; mais elle est plus que nécessaire.

Suite lundi prochain…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 3 : Coup de Foudre« ]

«Être heureux, c’est apprendre à choisir. Bien vivre, c’est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités».

Aicha, la découverte

Un an plus tard

 

Aujourd’hui, mon père connaît ses priorités : Nous, ses enfants. Avant, je n’avais qu’une paire de chaussures, je partageais mes quelques habits avec mes cousines et nous ne mangions que rarement à satiété. Nous étions toujours plus de quinze enfants autour d’un bol et c’était la loi du plus rapide. Nous ne mâchions presque jamais la nourriture. Ô quels souvenirs ! Maintenant, tout ça est assez loin. La vie a bien changé et la maigrichonne de Aicha a laissé place à une fille bien potelée.

Cela fait presqu’un an quand nous avons quitté la grande maison familiale. Un an que nous vivons en harmonie, heureux dans notre maison, à nous. Elle n’est certes pas très grande; mais elle nous convient admirablement. Il y a en tout trois chambres, un salon, une douche et une petite cour. Ma plus grande joie, c’est d’avoir ma chambre, à moi toute seule. Plus les : « éteins la lampe! »; « Je veux dormir! » ou encore « qui a volé mon argent ? »; « Pourquoi tu portes ma robe ? »… Pire, je ne trouvais jamais suffisamment de tranquillité pour  faire mes exercices ou m’adonner à une des mes pansions favorites : la lecture. Le changement s’est fait ressentir jusque sur mes notes qui se sont largement bonifiées. Et comme si le bonheur ne suffisait pas, mes parents étaient plus souvent à la maison. Ils revenaient tôt de leurs boulots puisque n’ayant plus à fuir les disputes incessantes, les moqueries et autres quolibets. On en profitait ainsi pour nous retrouver dans la cour, pour discuter de tout et de rien, dans plus grande jovialité etc… Cette atmosphère aidant, j’appris à mieux les connaître et à plus les aimer.

Une fois par mois, mon père nous amène à notre ancienne demeure, la grande maison familiale, où nous restons toute la journée. A travers ce geste, il démontre qu’il ne veut pas couper les ponts. Au début, l’atmosphère était électrique mais, au fur et à mesure, les tensions se sont apaisées. Sauf qu’entre ma mère et ses belles sœurs, la guerre était toujours d’actualité. Ces dernières ont essayé, à plusieurs reprises, d’incruster leurs enfants mais mon père n’a jamais accepté que mes cousines viennent dormir à la maison. C’était encore un scandale mais il savait qu’en les laissant passer un weekend, elles finiront par s’installer définitivement. Or, s’il accepte un enfant de tante Mariétou, il ne pourra pas refuser celui de tante Mbène, ou encore d’oncle Djibi…et avant même de s’en apercevoir, la maison serait déjà pleine.

J’ai terminé mon année secondaire avec brio et comme d’habitude j’ai raflé le prix du meilleur élève de Fatick. L’année prochaine, je pourrai faire les concours nationaux et en réussir deux ou trois. En plus, avec les moyennes que j’ai, je pourrai facilement obtenir une belle bourse et une bonne école à l’étranger. Mon boulot de guide à l’hôtel n’est pas très contraignant alors j’ai le temps de lire les livres que mes professeurs me donnent pour les vacances.

Toc toc

C’est vrai que le body avec l’effigie de l’hôtel qu’on m’a donné est un peu serré et assez court. Je me sens à l’étroit dedans, mais je n’ai pas le choix. A moins de vouloir prendre la porte,c’est comme ça.

Paf, un coup sur la tête et c’était encore parti pour une fausse dispute jusqu’à l’hôtel. Mon frère à deux ans de plus que moi et nous sommes très liés. Contrairement à moi, il n’a jamais trop aimé l’école mais mon père l’a forcé à y rester jusqu’au brevet. Après, cela a été un vrai parcours du combattant pour le faire travailler aux champs. Finalement, mon père lui a trouvé ce job de maître d’hôtel là où il était jardinier. Je lui en veux des fois pour son manque d’ambition. Mais, c’est son choix, je n’y peux rien. Ce qui me chagrine en revanche, c’est de voir mon petit frère suivre ses pas. D’ailleurs, on a dû, cette année, le mettre au Da’ara à Kaolack, chez mon grand-père maternel. Il était devenu incontrôlable.  Quant à moi, comme toujours, je suis arrivée à convaincre papa de faire ce job de guide pour les vacances. Ça va me faire un peu d’argent de poche et avec, je pourrai acheter des livres au programme qui sont si coûteux.

Je me suis liée d’amitié avec une fille de chambre, Amina, une vraie fofolle. On ne peut pas la zapper ; tout le monde la connaît. Mais le problème avec elle, c’est qu’elle est un peu frivole, surtout avec les clients. Elle flirte avec tous les hommes qui travaillent dans l’hôtel, du cuisinier en passant par mon frère et aucun d’eux n’est  insensible à son charme. Elle n’est certes pas très belle; mais avec ses formes : ouf. Une vraie africaine avec tout ce qu’il faut.

En arrivant à l’hôtel, je vois qu’il y a déjà beaucoup de remue-ménage. Le chef de service vient vers nous en tapant des mains avec un large sourire.

Il est 8h30 quand les filles commencent à se présenter, elles sont cinq en tout. Elles passent devant moi sans me dire bonjour et se précipitent vers mon frère, elles doivent déjà être au courant de la nouvelle. Qu’est – ce qu’elles ne feraient pas pour des pourboires ?

Je les regarde une dernière fois avant de m’éclipser pour aller me cacher et m’évader quelques heures dans mon roman d’Agata Christi. Je me hâte d’ouvrir le livre, je suis tellement pressée de connaître l’auteur du crime. Le jardin est mon lieu de prédilection, l’odeur des fleurs mélangées à celle de la mer me procure une sensation de bien-être exquise. Je m’assieds, ferme les yeux et prends un grand bol d’air, avant d’entrer dans mon univers à moi. Malgré la modique somme de 25 000 francs que l’on me paye, travailler dans cet endroit merveilleux me fait énormément plaisir. Intégrer la nature de manière authentique et dans un esprit poétique avec des cases pittoresques bâties sous forme d’un collier posé entre terre et mer, l’hôtel est juste paradisiaque.

J’étais très concentrée sur ma lecture quand je sentis une présence. Lorsque je lève la tête, mes yeux croisent celui d’un homme au regard intense et dont la beauté est désarmante.  Ce genre de beauté n’existe que dans les films hollywoodiens, pensais – je. Habillé en chemise blanche courte manche à carreaux,  assortie d’un jean bleu, l’homme s’assied nonchalamment sur un banc, à quelques mètres de moi, les jambes croisées.  Le temps s’est suspendu, il prend tout l’espace et je n’arrive plus à respirer normalement, ni à détourner mon regard. Avec son teint clair et ses traits si fin, il doit sûrement être un toucouleur, ou un métisse, ou un bambara…Je ne comprends pas pourquoi mon cœur bat si fort face à cet homme dont le regard captivant fait fondre. C’est la première fois qu’un homme me faisait autant d’effets.

Malick, le conquérant

Pourquoi je n’arrive pas à détourner mon regard de cette femme, ou fille ? Malgré son corps de femme, c’est une jeune fille. Elle avait le sourire aux lèvres quand elle est entrée dans le jardin. Son visage est si pur et si innocent que je ne peux m’empêcher de l’admirer : une vraie beauté naturelle. Quand nos regards se sont croisés, j’ai cru recevoir une décharge électrique. C’est la première fois qu’une femme me faisait autant d’effets. Et, depuis son apparition, je ne bouge pas d’un iota tellement je suis subjugué. Je reste là à l’admirer assise autour de ses belles fleurs multicolores qui lui donnent l’allure d’une fée. Serait – ce ça le coup de foudre ? A cette pensée, je souris. Malick Kane, tu n’es plus un gamin pour croire à ces trucs débiles. Quand je me décide enfin à me lever pour aller vers elle, je la vois se tourner vers une voix qui appelle au loin.

Aicha, Aicha….Elle me lance un coup d’œil une dernière fois avant de sortir du jardin en courant. Dommage, pensais-je. Cette fille fait sûrement partie du personnel de l’hôtel vu comment elle est habillée. Alors forcément, je la reverrai mais pour faire quoi ? Je suis-là pour trois jours seulement, en plus elle semble trop jeune pour moi. Alors ressaisis-toi mec, me-dis-je.

Je me décide finalement à aller prendre mon petit déjeuner et là je vois que l’équipe est au complet.

Cet homme ne m’inspire aucune confiance, ces politiciens ne sont là que pour leur propre intérêt et non ceux de la population. Je ne devrais pas dire cela puisque je travaille pour l’un d’entre eux. En fait, je suis le chef de cabinet du ministre de la Promotion des investissements étrangers. Là, j’ai pour mission de convaincre ces hommes d’affaire d’investir leur argent dans notre pays. Je sais qu’ils vont le faire parce qu’aujourd’hui, l’Occident, avec la crise économique, a plus que besoin de l’Afrique pour survivre. Notre continent regorge de ressources naturelles très riches ; seulement avec nos politiques de mal gouvernance, les populations n’y voient que du feu. J’ai accepté ce boulot dans le but unique de pouvoir défendre les intérêts de mon pays. Je ne peux pas changer les contrats déjà signés mais pour les futurs, j’aimerai faire partie de ceux qui les négocient. De plus en plus, je me rends compte que la réalité est tout autre. En plus des marchés de gré à gré, il y a tellement de magouilles dans ces contrats que je suis toujours un peu plus dégoûté de travailler avec mon patron. Je pense que je vais finir par démissionner. J’ai assez de notoriété et de connaissances pour trouver les fonds nécessaires pour la réalisation mon rêve d’étudiant.

De retour dans ma chambre, je trouve une femme de chambre. Dès qu’elle me voit elle commence à battre les cils. Quand est – ce que les femmes comprendront que les hommes n’aiment pas les «proies faciles» ? Je me dépêche de prendre quelques affaires avant de rejoindre les autres à la réception. La journée risque d’être longue, j’espère qu’on aura un bon guide, pensais-je. Et c’est à cet instant même que je vois ma fée, debout devant le petit groupe qui s’était déjà formé autour du maire. Comme tout à l’heure, le voir m’enchante, mais la façon dont le maire la regarde ne me plaît pas beaucoup. A ma grande surprise, ce dernier me l’a présente comme étant le guide.

Elle sursaute quand je m’adresse à elle et me regarde bizarrement. Malgré l’effet qu’elle me fait, mon professionnalisme ne me permet pas d’amener un guide pas du tout compétent. Cette politique des hôtels à fourrer aux clients de belles femmes pour nous divertir, m’énerve chaque jour un peu plus. En plus, à la voir de plus près, je me demande si elle est majeure. Elle ne dit rien et semble confuse. Je vous pose une question, dis – je, dans un ton retenu.

Je la vois faire une grimace et mettre ses mains dans sa poche. On aurait dit qu’elle n’avait pas envie de nous accompagner. Ne voulant pas faire de scandale devant les autres, je finis par capituler. Mais je crois que c’était plus le fait que je ne voulais pas, au fond de moi,  me séparer d’elle. Allez savoir pourquoi.

Dans le minibus, je n’arrêtais pas de regarder vers la direction de la jeune fille. Assise à côté du chauffeur, elle lisait son livre sans se soucier de ce qui l’entoure, ce qui est inapte pour un guide. Je suis remonté que l’hôtel nous ait filé une petite fille comme guide, mais je n’arrive pas à lui en vouloir à elle. Nous avions décidé, pour notre séjour à Fatick, de visiter la ville le premier jour. Mon but était de faire d’abord connaître la région à travers ces lieux pittoresques, avant de voir le côté économique et productif de la région pour convaincre les bailleurs de financer un maximum de projets. Je regarde en direction du maire qui n’arrête pas de parler de choses inutiles et je vois bien qu’il est en train d’exaspérer mes hôtes. Je lui fis alors signe de venir s’asseoir à mes côtés pour qu’il puisse m’instruire de son programme, de l’endroit où l’on se rend… C’est à cet instant qu’une voie enchanteresse s’élève sur un haut-parleur du bus.

Bonjour tout le monde, je me présente : je m’appelle Aicha Ndiaye. Aujourd’hui, j’aurai le plaisir de vous faire découvrir ma ville dans toute sa splendeur même si une journée n’est pas suffisante pour vous montrer nos plus beaux sites. Fatick bénéficie des conditions climatiques favorables à son développement. Son potentiel est immense, notamment avec la présence de nombreux cours d’eaux dans la région. A cela, s’ajoutent ses plages de sables fins, ses chapelets d’îles, d’îlots et de méandres, qui offrent un charme impressionnant. Il convient d’ailleurs de rappeler que la région de Fatick est membre du club des plus belles baies du monde. Elle dispose d’une faune et d’une flore variées ainsi que la réserve de biosphère du Delta du Saloum et surtout un important patrimoine historique et socio-culturel….

Subjugué par cette belle voix qui lui donne l’allure d’une conteuse, elle nous présente Fatick avec une telle facilité et professionnalisme. En plus, son français était impeccable.  Comme les autres, j’étais captivé par ses récits. Elle connaissait la région du bout des doigts. Elle était passée d’une personne timidement inexperte à une historienne. Pour commencer, nous avons visité le Sosso No Maad ou la randonnée rituelle du roi. C’est un parcours de plusieurs sites mémoriaux qu’avait suivi Silmang Marone, le sixième roi du Sine qui était à la recherche de son père. Et durant toute la matinée, elle nous a emportés dans son petit monde, on aurait dit que nous étions en face de Shéhérazade des mille et une nuits. Ensuite, pour déjeuner, elle nous a amené dans un hôtel magnifique « Les Palétuviers  » où nous avons mangé de grosses langoustes délicieuses. Le domaine s’étale au milieu de grands baobabs remplis d’oiseaux de toutes sortes. Et que dire de la vue, probablement l’une des plus belles au Sénégal. Nous avons profité du  ponton  de l’hôtel pour partir directement en chaloupe au delta de Saloum avec un paysage féérique qu’offre la mangrove.

A notre rentrée, nous étions fatigués mais heureux de cette belle journée. Grâce à cette fille qui avait été un guide exceptionnel, l’intérêt de ces hommes d’affaires s’est vu quadruplé alors que nous n’avions pas encore visité les sites d’activités. Il fallait que je m’excuse auprès d’elle, vu la façon brusque dont je me suis emporté avec elle ce matin. En plus, elle a été si professionnelle malgré les assauts agaçants et répétés du maire.  Cet homme n’avait aucune honte à la draguer mais il n’était pas le seul. Deux des hommes d’affaires ont essayé aussi à plusieurs reprises de s’approcher d’elle. Mais j’étais impressionné et charmé de voir avec quel tact elle les rejetait sans les vexer. Elle doit sûrement en avoir l’habitude. C’est vrai qu’il était difficile voire impossible de ne pas tomber sous son charme malgré son âge. Elle était d’une maturité déconcertante et j’étais plus aussi séduit par sa beauté naturelle que par son esprit vif et brillant. Quand elle prit congé de nous, je me dépêchais de la rattraper pour m’excuser. Malgré le fait que nous avons était ensemble toute la journée, nous n’avons pas une seule fois échangé de mots ; mais seulement quelques regards furtifs qui en disaient long sur nos pensées. Il se passait quelque chose entre nous ; mais quoi ? J’étais comme qui dirait déboussolé, complétement à l’ouest. Si on m’avait dit qu’une jeune fille de seize ans m’intimiderait à ce point, j’en aurai ri, moi le Don Juan de Dakar.

Dès qu’elle me vit, elle augmenta la cadence comme pour me fuir.

Sa réplique me fit sourire et avant que je ne lui réponde, elle battait déjà retraite en ajoutant : « Il faut vraiment que j’y aille, mon frère m’attend depuis une heure». Je me surprends à la suivre sans savoir pourquoi, je ne voulais pas la quitter. Alors une idée me vint à l’esprit.

J’ai passé le reste de la soirée et la moitié de la nuit à penser à elle. C’est la première fois que cela m’arrive, en plus avec une mineure. Il va falloir que je dompte cet instinct animal qui se réveille en moi à chaque fois que je suis devant elle. Je ne peux pas me permettre certains écarts, mon boulot ne me le permet pas, ma moralité non plus. En plus le peu que j’ai échangé avec elle me prouve qu’elle est l’innocence en personne. Et même si elle était majeure, je me suis promis de ne plus me jouer des femmes après que ma petite sœur fut enceintée. Avant cela, j’étais un goujat, un vrai don juan, un homme à femmes, un briseur de cœur jusqu’à ce que ce malheur nous tombe dessus. J’en ai souffert énormément, quant à ma mère je n’en parle même pas. J’ai compris ce dicton qui dit : «il ne faut pas faire à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te fasse». Depuis, je n’ai plus eu envie de faire souffrir la sœur d’autrui car ce qu’on avait fait à la mienne m’avait meurtri. Je ne sais pas ce qui m’avait le plus fait mal : voir l’homme qui l’a mis enceinte refuser de prendre ses responsabilités ou voir ma sœur entrer dans une dépression excessive qui a fini par la faire perdre le bébé. C’est à cet instant que j’ai arrêté de duper, tromper, mentir, promettre aux femmes pour qui je n’avais aucun sentiment. Cela fait plus d’un an maintenant que je ne sors plus avec personne. J’essaye de trouver une femme capable de me rendre heureuse, mais aucune n’est arrivée à faire battre mon cœur. En tout cas pas jusqu’à aujourd’hui. Ma mère veut coûte que coûte que j’épouse une de mes cousines ; mais les mariages arrangés-là ne m’enchantent pas du tout.

En me réveillant le matin, je pris la décision incertaine de me concentrer sur ce que je suis venu faire ici. En plus, je pars demain, alors à quoi devrais-je m’attendre ? Il est neuf heures passé quand je quitte ma chambre pour aller au restaurant.  Je me tourne instinctivement  du côté du jardin en passant devant. Est – elle là-bas ? Mes pas se détournent sans que je m’en rende compte. Je sais que je ne devrais pas, mais je suis comme emporté par un ouragan.

Elle est là, assise sur le même banc, les jambes croisées, lisant encore un bouquin. Je la regarde comme hier, fasciné, ébloui comme un petit enfant devant un gâteau au chocolat. Pourquoi ce petit bout de fille me fait autant d’effets ? Quand elle leva les yeux, alors je compris qu’elle n’attendait que moi. J’avais lu quelque part que le coup de foudre frappe quand on s’y attend le moins. A tel point que l’on parle de « choc amoureux ». Avec en prime, ces symptômes : des papillons dans le ventre, un sourire béat impossible à estomper comme à cet instant, des étoiles dans les yeux et souvent une question qui ne nous quitte pas : pourquoi elle m’obsède à ce point. Et tout cela je le ressens, je suis en train de le vivre sans pouvoir résister. Cette fille est le fruit défendu mais comme Adam ; je ne peux freiner cette pulsion qui me pousse à aller vers elle. C’est quand elle me sourit que j’ai arrêté de réfléchir.

La suite à lire lundi prochain…

 

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 4 : La désillusion« ]

«Gardons à l’esprit que les apparences sont parfois trompeuses et que contrairement à une photo, la réalité, elle, grouille de sens.»

Le temps d’une rose, Aicha

Vous est-il déjà arrivé d’aimer quelqu’un dès le premier regard ? Depuis hier, je ressens un profond sentiment à la fois d’insouciance et de béatitude qui me procure un véritable bien-être lorsque je me trouve en sa présence. Malick, il s’appelle. Devant lui, la sérénité abandonne mon esprit qui laisse place à une maladresse circonstancielle ponctuée d’une étourderie incompréhensive. Quel nom donné à ce sentiment nouveau qui me procure autant l’allégresse ?

La première chose qui me fait deviner sa présence, c’est son parfum. Mon cœur commence à battre très fort avant même que mes yeux ne rencontrent son visage. Quand je le fais, c’est lui, en chair et en os, encore plus beau qu’hier avec son regard endiablé. Debout, il domine tout l’espace, m’empêchant de regarder ailleurs. Comme hier, l’atmosphère devient électrique et sa façon de me regarder ne fait qu’accélérer le rythme de ma respiration.

J’ai passé toute la nuit à penser à lui. Je crois que je suis entrée dans le pays des ‘je t’aime moi non plus ’. Et moi qui m’étais décidé à finir d’abord mes études avant de m’amouracher. Hi, c’est foutu. Voilà que je suis complétement tombée sous le charme de cet homme. Je ne sais pas comment un si parfait inconnu peut me faire autant d’effets. Je peinais à comprendre pourquoi mes amies avaient toujours cette envie de se faire belle. Aujourd’hui, je le comprends aisément. J’éprouve l’envie folle de plaire, de séduire et que sais-je encore.  A cette pensée, je souris, ce qui va le pousser à réagir en avançant vers moi. Les battements de mon cœur s’accélèrent. Il s’assied à côté de moi, trop près de moi. Je baisse la tête comme une autruche et n’ose pas le regarder. Il me fait vraiment de l’effet.

Je fonds comme une glace. Comme hier, les mots me manquent. Je veux répondre mais sachant que ma voix va trembler, je me tais. Face à mon silence, il continue.

Je m’empresse de le regarder et de dire non de la tête. Ce qui le fait sourire. De prêt, il est encore plus beau, donc diablement plus dangereux. Je me demande quel âge il a. Comme s’il avait lu en moi, il dit :

A ces paroles, j’ai envie de sauter au plafond.

Et c’était parti pour une heure de conversation. Au début, c’est lui qui parlait le plus, mais au fur et à mesure, ma langue s’est déliée. Je ne sais pas comment mais il a su me mettre à l’aise. Plus les minutes passaient, plus je me détendais et arrivais à me débarrasser du complexe. Il y avait quelque chose de familier en lui qui faisait que j’étais en confiance. Nous avons commencé à communiquer sans gêne, à nous taquiner et à rire de quelques blagues. J’avais l’impression de le connaître depuis longtemps. C’était magique et cela me faisait en même temps peur. Cet homme a le double de mon âge donc bien assez expérimenté avec les femmes pour pouvoir facilement les amadouer. Comme mon frère le dit si bien, c’est sûrement un prédateur qui sait attirer sa proie. Mais je n’arrive pas à prendre congé de lui, ni à me méfier.

Je me lève d’un bond et avant de m’élancer vers Menoumbé, Malick me retient la main. – On se voit tout à l’heure ? Le contact de sa main me brûle.

Il me dépasse largement des épaules et j’ai l’impression d’être toute petite devant lui. J’ai très envie de me blottir dans ses bras puissants. Aicha Ndiaye yémal (reste tranquille). Je devrais me pincer à chaque fois que je suis avec cet homme.

Finalement, c’est oncle Badou qui le convainc de me laisser partir avec eux, en promettant que le chauffeur garderait un œil sur moi. Il est presque onze heures quand nous quittons l’hôtel, direction les champs agricoles de Fatick. Le maire n’était pas de la délégation Il avait appelé pour dire qu’il nous rejoindrait sur les lieux. A cette nouvelle, ma joie s’estompe. Malick comprit ma contrariété et me promit de le mettre à sa place. Et c’est ce qu’il a fait dès son arrivée. Je ne sais pas ce qu’il lui a dit, mais le maire  ne m’a pas importuné comme hier. Aucun mot déplacé, aucune tentative de drague, juste de la courtoisie durant tout le reste de la journée. Il faut dire que Malick a l’air d’être quelqu’un qui sait se faire respecter. Encore une facette qui me plait mais ce que je préfère chez lui c’est son attention, son esprit ouvert, sa tendresse. Il me donne l’impression d’être unique au monde. Même s’il y avait tout un monde autour de nous, nos regards et nos échanges furtifs donnent le sentiment que nous sommes seuls. Je ne veux pas que la journée se termine. A 16 heures, le maire prit congé en me jetant un regard de convoitise. Je ne sais pas pourquoi mais je déteste cet homme, il est plus âgé que mon père et il n’arrête pas de me draguer. Shim !  Avec son gros ventre, on dirait une tortue de mer.

Nous sommes arrivés à l’hôtel vers 17 heures ; mon frère finit dans une heure, Malick me propose de prendre un thé au restau. Mais Menoumbé nous guettait et dès qu’il m’aperçoit, il rapplique, en me hélant. A ma grande surprise, Malick me suit en me prenant la main. J’essaye de me dégager mais son regard m’en dissuade. Je me résigne à le suivre, le cœur battant à 200 à l’heure. Je n’ai jamais vu mon frère aussi en colère. On aurait dit qu’il allait exploser d’une minute à l’autre. A sa hauteur, je n’ose pas le regarder.

Mon frère ne lui répond pas et regarde la main qu’il me tient d’un œil critique.

J’ai envie d’éclater de rire mais je me retiens pour ne pas l’énerver encore plus. Mon frère est vraiment nul côté langue et il ne fait aucun effort pour s’améliorer. Mais je dois dire qu’avec son français académique, Malick est difficile à suivre. En plus, quand on ferme les yeux, on peut croire que c’est un toubab qui parle. D’après ces dires, il a fait quatorze ans en France. Au lieu de répondre à mon frère, je regarde bêtement Malick, toujours subjuguée.

Apeurée, je regarde mon frère essayant de trouver quelque chose à lui dire, mais quoi ?

J’adore entendre mon nom être prononcé par lui.

Il a raison, cet homme m’a complétement ensorcelé. Je me dépêche de m’exécuter, la peur au ventre. Quand je m’assois cinq mètres plus loin, je vois Malick qui commence à parler. De loin, il dépasse largement Menoumbé, le dominant sous toutes les formes. Je vois mon frère, qui au début faisant le coq fier, se radoucir rapidement comme un ballon dégonflant. A la fin, quand Malick le quitte, il sourit et me fait un ok avec la main. Qu’est qu’ils ont bien pu se dire ?

En allant au restaurant, je ne peux m’empêcher de demander.

Encore une fois, nous n’avons pas vu l’heure passer. J’étais plus détendue, moins coincée et crispée. Ce matin, c’est lui qui parle de sa famille, de ses études, de son retour au bercail…. A mon tour, je fais de même. Je lui parle de moi, de l’histoire de mon père, de ce qui nous a poussés à déménager, du rejet de ma mère, tout. Je n’ai rien omis et il m’écoutait avec tant d’attention. Moi je parlais, et parlais rèk ratatata ratatata. Je ne sais même pas ce qui m’a prise, moi qui suis d’habitude si réservée. Je lui parlais de mes études,  de mon niveau que tout le monde exalte et surtout de mes ambitions pour le futur. Il était content d’apprendre tout cela mais pas surpris. A un moment, il me fait une bise sensuelle sur la paume de la main et là j’ouvre grand mes yeux. Il éclate de rire.

A ces mots, il éclate encore de rire. Je crois que je viens d’être grillée. Ha, je suis vraiment dans l’embarras.

Après plus d’une heure de conversation, il m’achète un pot de glace au chocolat que je dévore avec avidité. Je n’y peux rien, je n’ai pas l’habitude d’en prendre. Il se penche à mon oreille pour me susurrer :

Mon geste se fige et j’avale d’un trait la boule de glace que je venais de prendre.  Son regard de braise descendit légèrement sur ma bouche entre-ouverte.

Le temps se suspend, il parle de la glace ou… ? Je n’ai pas le temps de réfléchir, il se penche encore plus et ses lèvres effleurent légèrement les miennes dans un mouvement presque inoffensif. Cet instant est si magique que je ne songe même plus à lui résister. A l’instant où je relève un peu la tête, ses lèvres s’abattirent sur moi et comme une avalanche, elles ne laissent rien sur son passage. Un contact à la fois doux, brûlant et exquisément sensuel. Le temps est suspendu, j’ai arrêté de respirer, de penser et même d’exister. Je ne contrôle plus rien, j’oublie tout.

Les yeux fermés, je ne me suis même pas rendue compte qu’il s’était relevé. Où est passée Aicha Ndiaye ? La honte m’assaille. C’est seulement quand il regarde sa montre en se levant que je me rends compte que nos deux heures se sont écoulées. Cette nuit, je sais d’avance que je ne vais pas dormir.

Mon frère cesse alors de sourire et moi je bavais complètement. J’ai comme l’impression d’avoir reçu une décharge électrique qui me laisse glacer sur place. Malick était déjà loin, il ne s’est sûrement pas rendu compte qu’il m’avait embrassée. Je pose mes doigts sur ma bouche, c’est si doux.

Je me demande combien je vais en faire pour celle du restaurant pensais-je : 10 000 ?

Mon frère parlait et parlait encore, moi je l’écoutais à peine, j’étais dans ma petite bulle. A un moment il s’arrête et me secoue par les épaules.

Une grosse voiture noire se gare à côté de nous et instinctivement mon frère me prend la main. L’homme que je déteste le plus au monde sort, son sourire de crapaud aux lèvres, shim.

Mes enfants, pourquoi marchez-vous à cette heure tardive. Vous habitez où ? demanda-t-il. Comme à son habitude, il me dévore des yeux sans scrupule.

Je regarde mon frère en lui disant non de la tête mais ce fou entre dans la voiture sans hésiter. Je fus obligée de le suivre.

Enervée, j’ouvris mon livre et fais semblant de lire. Je décide de ne plus faire attention à eux durant le reste du trajet.

Le maire en profite pour poser le maximum de questions à mon frère, qui, insouciant, ne faisait que répondre. Arrivés chez nous, je m’empressais d’aller dans ma chambre en voyant que le maire nous suivait. Une demi-heure plus tard, Menoumbé vient me rejoindre et me fait comprendre que monsieur est très intéressé par moi et qu’il a offert 100 000 francs à mon père pour le remercier de m’avoir si bien éduquée, ce qui lui a permis d’avoir un bon contrat et patati et patata. J’étais vraiment en colère contre lui mais comme je devais recevoir un appel provenant de son portable, j’ai préféré ne pas déverser ma bile sur lui. En tout cas, pas pour l’instant.  Au dîner, mes parents n’ont pas arrêté de faire les louanges du maire, j’avais envie de vomir, si seulement ils savaient. C’est fou comme les parents peuvent être naïfs.

Vers 21 heures, mon frère revient me tendre son portable, que je pris avec beaucoup d’enthousiasme croyant qu’il y avait Malick au bout de la ligne. Quelle fut ma déception quand je compris que c’est le maire. Tant pis, je vais lui dire mes quatre vérités.

Silence…

Silence encore…

Je lui raccrochais au nez avant de jeter le portable. Quand mon frère ouvrit grand les yeux, je me rendis compte de mon geste.

Le portable recommença à sonner dès qu’il le remit en marche. Et quand on parle du loup… Je me mis debout sur le lit.

Il décroche, fait quelques salutations avant de me le tendre et d’ajouter d’un ton menaçant :

– Tu as dix minutes, pas plus. Il s’assoit devant moi et croise les mains. Je ne l’écoute même pas, je répondais déjà à Malick

Menoumbé me fait un long shipatou (insulte de la bouche). Je mets ma main sur le combiné et lui dis : – Tu peux me laisser seule s’il te plait ? Dès que je finis, je viens te le rendre.

Une idée me vient à l’esprit. Je me lève et vais vers mon tiroir prendre les 5 000 francs que papa m’avait donnés comme récompense. Quand je lui tends le billet, il sourit jusqu’aux oreilles avant de disparaitre en me lançant :

Nous avons continué notre communication féérique Malick et moi, jusqu’à ce que le portable s’éteint déchargé. Il était presque 2 heures du matin. Je regrettais de ne pas lui avoir parlé de l’incident avec le  maire. Pourtant, à plusieurs reprises, j’ai failli mais je n’ai pas pu. Allez savoir pourquoi ?

Chambre 37, Malick

Nous avons parlé presque quatre heures de temps et si le portable ne s’était pas éteint, nous n’allions sans doute pas nous arrêter. Je m’étale sur le lit et l’image d’Aicha défile dans ma tête. Je me remémore le petit baiser qu’on a échangé, ou, que je lui ai volé. Si nous étions seuls, je ne sais pas si j’aurais été capable de me retenir. Cette fille m’obsède plus que tout et maintenant que j’ai gouté à ses lèvres si douces, je suis encore plus attiré qu’hier. Je n’ai jamais ressenti une telle sensation, une telle décharge électrique. J’ai dû puiser dans toutes mes forces pour me retenir. J’ai connu tant de femmes mais jamais je n’ai ressenti cet effet avec un simple baiser. Seulement deux jours et je suis complétement et totalement conquis. J’ai l’impression d’avoir connu cette fille toute ma vie durant et ce que je ressens quand je suis avec elle est indescriptible. Ai-je trouvé mon âme sœur ?

Le lendemain matin, je me réveille très tôt car j’ai trois réunions : la première avec les éleveurs et agriculteurs de la région, la seconde avec les hôteliers et la dernière avec les directeurs de sociétés. Ce qui me donne un emploi du temps assez chargé. Et tout cela doit être fait avant l’arrivée du bus de 15 heures en partance pour Kaolack. Je n’avais vraiment pas de temps pour Aicha. Heureusement, je lui avais donné rendez-vous à notre lieu de rencontre : le jardin. Je veux la rassurer et lui dire que mes intentions sont nobles. J’ai envie d’essayer avec elle, malgré son âge. Et, dans deux ans, si nous continuons d’avoir cette complicité et cette attirance mutuelle si forte, je l’épouserais. Maintenant, il va falloir la convaincre de prendre le portable que je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter hier soir.

Malheureusement, je ne la trouve pas là-bas. Je décide de passer d’abord à la salle de réunion pour y jeter un coup d’œil. J’y retrouve le maire avec deux hommes.

Je regarde ma montre, il me reste une heure pour prendre mon petit déjeuner. J’espère voir Aicha avant que cette première réunion ne commence.

Au moment où je m’apprête à sortir, il me prend le bras, m’incitant à m’arrêter. D’un regard, il demande aux autres de nous laisser seuls. J’en conviens que c’est quelque chose de personnel. J’espère qu’il n’est pas le genre de politicien à demander tout le temps de l’argent.

Je me tourne vers lui,  croisant les mains, le regardant droit dans les yeux.

J’espère que cet homme n’est pas assez bête pour essayer de dénigrer Aicha.

Je tourne les talons et avant que je n’arrive devant la porte, il lance encore :

Je me fige un instant avant de continuer mon chemin. Au moment où je ferme la porte, il hurle : – chambre 37. Je claque la porte mais le coup était déjà parti. Même si je ne le voulais pas, ces paroles m’ont touché. Cet homme n’a vraiment aucun scrupule.

Il est huit heures quand je sors du restaurant pour aller encore voir si Aicha est là. A mon arrivée à la réception, je la vois discuter avec un homme d’âge mûr. Quand nos yeux se croisent, je ne peux m’empêcher de lui sourire. Un vrai baume au cœur, par contre elle, elle est hyper nerveuse et ne sait visiblement pas quelle attitude adopter quand je m’approche d’elle. Arrivé à leur hauteur, je me retiens de lui faire une bise et lui tend la main qu’elle prend avec soulagement.

Je comprends pourquoi je ne l’ai pas vue ce matin. Je me tourne vers ce dernier qui me scrute minutieusement. Ma présentation semble l’avoir soulagé et une discussion animée s’en suivie. J’avais tellement envie de me mettre à l’écart avec Aicha mais je ne pouvais pas. Nous étions coincés avec son père. Nous ne pouvions que nous jeter, de temps en temps, quelques regards complices.

Une fois arrivés à la salle de réunion, celle-ci était déjà pleine. Le maire vint au-devant de nous, tendant familièrement la main au père d’Aicha.

A ces mots, mon sang fit un tour.

Je ne les écoutais plus, je ne les entendais pas. Il a déposé Aicha hier, quand ? Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit lorsque je l’ai appelée. Nous avons parlé pendant plus de quatre heures, bien assez pour qu’elle m’en parle. Alors pourquoi ? Est-ce que le maire a raison ? Si ce qu’il m’a dit ce matin est vrai, alors  elle est une très bonne comédienne. Tandis que l’on appelait à démarrer, je sentais que je n’allais rien capter de cette fichue réunion. Ce salaud a réussi à me mettre dans le doute. Maintenant, il faut que je sache s’il dit la vérité. Je n’ai jamais ressenti une telle jalousie. J’étais tellement en colère que, durant les pauses, je ne bougeais pas de la salle de réunion. A la fin des trois réunions, je décidais d’aller la voir afin d’éclairer cette histoire bizarre.

J’étais presque arrivé à la réception quand je vis le maire en train de parler à Aicha. Celle-ci était de dos, m’empêchant de voir l’expression de son visage, mais je voyais nettement son frère qui riait. Je sens la colère me remonter au-dessus de la tête alors je décidais de bifurquer et d’aller manger. Je ne savais plus quoi faire, ni quoi penser. En sortant du restau, on se bouscule juste devant la porte. On aurait dit qu’elle courait et comme d’habitude son sourire béat et ses yeux brillant me prouvaient à quel point je lui faisais de l’effet.

Si elle accepte de se faire déposer par le maire, je ne vois pas pourquoi elle ne veut pas venir avec moi, pensais-je énervé. Elle me regardait bizarrement ne comprenant apparemment pas mon attitude froide. – Je t’appelle tout à l’heure, d’accord ? Elle acquiesce la tête tristement. Quand je m’approche d’elle pour lui donner une bise, elle recule rapidement, ce qui me mit cette fois hors de moi.

Elle sursaute mais ne dit rien. Alors je tourne les talons et la laisse là. Je suis en train de me défouler sur elle à cause de ce fichu maire. Il a dit chambre 37 à 15 heures, on verra.

Le mensonge, Aicha

Toute la journée, j’ai attendu l’occasion de le voir, de lui parler. Il m’avait averti hier au téléphone, il avait des réunions. On s’était donné rendez-vous le matin mais c’était sans savoir que mon père allait être de la partie. Quand ce dernier me l’a annoncé le matin lors de la prière, mon sang ne fit qu’un tour. Moi qui voulais parler avec Malick de ce qui s’est passé hier avec le maire.  Le fait qu’il nous a déposés, l’argent qu’il a offert à mes parents et l’invitation à mon père aujourd’hui. C’est évident qu’il veut passer par mes parents pour me conquérir. Shim ! J’avais un mauvais pressentiment avec cet homme, surtout après ce qu’il venait de me dire. Il m’avait regardé droit dans les yeux en me disant : « J’obtiens toujours ce que je veux, quoi qu’il m’en coûte. »

Maintenant, je n’ai pas trop bien compris l’habitude de Malick quand je suis allée le voir. Je suis comme perdue. Peut-être que mon frère avait raison. C’est juste un beau parleur qui cherche à me faire entrer dans son lit. Quand Menoumbé me voit, les larmes aux yeux, il se dépêche de demander.

J’ouvris grand les yeux et la bouche.

Il partait en courant et moi je restais là complétement dégoutée par ce qu’il venait de me dire. J’étais assise sur une chaise essayant de digérer ce que mon frère venait de me révéler, quand soudain Amina apparut, sourire aux lèvres.

Ne voulant pas en entendre davantage, je me levais pour partir.

Je regarde ma montre, il est 15 heures moins cinq minutes.

Je partais sans attendre, ne voulant pas rester une minute de plus avec elle. Sur le chemin, je vois de loin Malick, instinctivement, je me cache et contourne la route. Il était la dernière personne que j’avais envie de voir. Lui aussi, il fait semblant de ne pas me voir, tant pis. Mon cœur s’était brisé, je sentais mes larmes revenir. Je crois que je venais de vivre mon premier chagrin d’amour et c’est vraiment insupportable. Quelle désillusion ! Ce que j’ignorais, c’est que ce n’était-là que le début d’un long cauchemar.

La preuve, Malick

Comme un lion en cage, je fais les cent pas dans ma chambre. Que dois-je croire ni même penser ? Quand je l’ai embrassée, j’ai senti à quel point elle n’était pas experte, en plus elle est si timide et tellement sur ses gardes. Il y a des gestes et des regards qui ne trompent pas, cette fille n’est pas une dévergondée. Je ne peux pas me tromper à ce point. Je regarde ma montre, il est quinze heures moins cinq, je prends ma valise et sors de la chambre. Rien ne me coûte de vérifier, il a dit chambre 37. Au moment où je me dirige vers cette fameuse suite, je vois de loin Aicha qui se dépêche de se cacher. Alors je fais semblant de ne pas la voir, mon cœur bat tellement vite que respirer me devient impossible. Je continue de poursuivre mon chemin essayant de garder au maximum mon sang-froid. Quand je fus assez loin, je me retournais et partais en sens inverse. Je m’étais caché en face de la chambre en question quand je la vois débarquer. Elle tapa la porte, le maire ouvrit. Le cœur meurtri, je prends ma valise et rejoint les autres. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à ne plus croire à la femme idéale, à l’amour. Une désillusion totale qui allait m’accompagner toute ma vie.

Suite lundi prochain…

Par Madame Ndeye Marième DIOP

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[toggle title= »Chapitre 5 : L’Union« ]

« Dans la vie, les épreuves ne sont jamais destinées à te briser, mais à te rendre plus fort… On doit être blessé pour grandir, on doit perdre pour gagner, car les plus importantes leçons de vie, on les apprend à travers la douleur « 

L’offensive : Mamadou Wade, maire de Fatick

Dès que je l’ai vue, je suis tombé sous le charme de cette petite. Quand elle nous a fait cette présentation exceptionnelle devant tous ces hommes d’affaires alors j’ai su qu’il me la fallait coûte que coûte. Aicha est naturellement belle et quand elle captive ton regard, tu ne peux plus te détourner d’elle. Ajoutez à cela, cette intelligence débordante. À 16 ans, elle parle couramment deux langues avec, en plus, une capacité de mémorisation extraordinaire, je me demande comment elle sera avec un bon encadrement. Avec cette fille dans ma cour, je gagnerai plusieurs marchés. Je sens et je sais qu’elle va beaucoup m’apporter donc j’ai décidé de l’avoir par tous les moyens. Et des moyens, j’en ai usé plus qu’il en a fallu.

D’abord, j’ai dû payer cette ménagère pour qu’elle fasse croire à tout l’hôtel qu’elle avait couché avec M. Kane. Ce con a failli gâcher mon plan en s’amourachant avec mon trésor. J’ai dû inventer cette histoire de rendez-vous à la chambre 37 et ils sont tombés tous les deux dans mon piège. Il faut dire que la chance était de mon côté car il suffisait que Malick se pointe devant la chambre, dix minutes avant pour y voir entrer le frère de Aicha et le gérant Badou.

Les jours suivants, j’ai voulu profiter de la déception d’Aicha pour m’approcher davantage d’elle, mais je butais contre un mur. Et, plus elle me rejetait, plus mon obsession de l’avoir augmentait. Je me suis alors tourné vers son père qui, après avoir parlé avec sa fille, m’a dit que ce n’était pas possible. Il disait qu’il ne forcerait jamais cette dernière à se marier. Pour qui il se prend ce pauvre, il devrait sauter au plafond en voyant un homme de ma trempe s’intéresser à sa fille. Déjà que mon orgueil en avait pris un sacré coup avec le refus de Aicha. Pff, une simple fille de paysan. Mais quand son père m’a rejeté, moi, le maire, c’était alors devenu une question d’honneur. J’ai demandé alors à Niangue, mon homme de main, d’enquêter sur ce dernier. Une semaine plus tard, j’apprenais qu’il croulait sous les dettes et qu’il avait des retards de paiement à la banque. En fait, il comptait sur la vente d’un appartement pour avoir assez de temps de manœuvre. Malheureusement pour lui, la vente n’a pas pu se faire à cause de ses frères qui lui mettaient des bâtons dans les roues avec la paperasse. Il a ainsi été obligé d’amener l’affaire en justice, ce qui peut prendre des années. Or tout le monde sait bien que les banques ne font pas de compromis et aujourd’hui ce paysan ne compte que sur la recette de son champ pour payer les trois mois d’arriérés dus à la banque. La solution pour moi était de détruire la seule chose qui lui restait. Oui, je sais, je suis, comme qui dirait, le représentant de Satan sur terre. Quand je veux quelque chose, je l’obtiens sinon je ne m’appelle plus Mamadou Wade. Et cette fille, je la veux.

Donc, après avoir demandé à Niangue de brûler son champ, je suis allé là-bas en bon samaritain. Ngoor fait partie de ces hommes d’honneur qui serait capable de refuser mon argent, alors il fallait que je sois assez malin pour conquérir son cœur.  Sous mon influence, la banque l’a appelé une semaine après le drame pour lui faire savoir qu’il allait saisir la maison dès le mois prochain s’il ne payait pas sous quinzaine. A la suite, je payais l’intégralité de sa dette et la banque n’a pas manqué de lui annoncer la nouvelle. Monsieur Ndiaye est venu me voir au bureau en pleurs et je ne me suis même pas donné la peine de lui redemander la main de sa fille. Il m’a dit que je venais de sauver son honneur et que pour cette raison, il ne saurait refuser de me la donner en mariage. Exactement, ce que j’avais prédit. Pour qu’il ne change pas d’avis, j’ai précipité les choses et quelques jours plus tard, Aicha était devenue mienne. J’avais le diamant brut, il ne me restait plus qu’à la polir. Il faut dire que j’ai bien bossé et maintenant à moi la gloire. Steve, un des investisseurs du directeur de cabinet Malick, m’avait juré d’acheter un de mes plus grands terrains si je lui arrangeais un coup avec elle ; décidément, il n’y a pas que moi que cette fille obsède. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’avant de la mettre sur le  marché, je serai le premier à goûter au miel. Ha ha ha ha ha…..

Dans les filets, Aicha

Ils sont là, heureux autour de moi comme des vautours. Peut-être est-ce juste un cauchemar ? Vais-je me réveiller d’une minute à l’autre ? Pourtant ce devrait être le plus beau jour de ma vie, mon jour de consécration. Toutes les femmes en rêvent, y aspirent ; sauf moi. En tout cas pas maintenant et pas avec cet homme. Tout ce que je veux, c’est continuer mes études, avoir un diplôme honorable, réussir professionnellement. Tout cela est bien loin, très loin.

Après le départ de Malick, je suis tombée dans une grande et sourde colère. Et, le pire est que je ne pouvais me confier à personne. Qui pouvait d’ailleurs bien comprendre que je sois tombée follement amoureuse d’un homme en l’espace de deux jours seulement. Pourtant je l’étais et cette brusque séparation a été un choc. En me réveillant ce matin-là, rien ne me prédisait que j’allais au-devant de cette rupture. Mais, si d’un côté j’étais soulagée de ne pas être tombée dans son piège de coureur de jupon, j’avais pour coup sûr le cœur en mille morceaux. Un sentiment inexplicable qui te plonge dans une déprime profonde. Mon frère essayait de me remonter le moral mais n’y parvenait jamais.  Dès fois il tentait de me faire parler pour me soulager. Mais comment peut-on donner la parole à la douleur quand on ne peut la comprendre encore moins la soulager?

Une semaine après, j’ai recommencé à sourire et à oublier cet homme qui était entré dans ma vie comme un mirage, une illusion. Le maire venait de temps en temps à la maison et on me forçait à venir lui faire la conversation. Au début, je n’y prêtais pas attention, me disant qu’il allait finir par laisser tomber vu que je lui montrais un dédain total mais Menoumbé me fit comprendre que si je n’arrêtais pas de bouder, je risquais de me retrouver mariée du jour au lendemain. Alors le soir même, je suis allée voir mon père pour lui dire qu’il était hors de question que je me marie avec cet homme. Au début, il a essayé de me convaincre mais me voyant fondre en larmes, il m’avait juré qu’il n’allait jamais me marier de force. Mais c’était sans compter sur le destin s’acharnant sur nous.

La vie reprenait son cours et moi j’essayais tant bien que mal d’oublier Malick. Un soir, alors que nous étions tous assis dans la cour en train de prendre l’air, oncle Mocodou, un ami de papa, entra dans la maison comme une fusée en criant.

Nous avons couru comme des fous et à notre arrivée, c’était le chao, la désolation totale. Personne ne disait mot face à ce spectacle horrible. Tout le champ était décimé, complétement brulé. Je n’avais jamais vu mon père dans un tel état. Il était complétement dévasté.

Toute sa récolte avait été détruite, le travail de toute une année. Pourtant durant le Xoy (divination pré-hivernale des Sérères), aucun des « saltigués » (divin et guérisseurs sérères) n’avait prédit cette catastrophe qui avait fini de détruire tout le champ de papa. Le choc passé, il n’arrêtait pas de répéter : je suis fini, je suis maudit…

Le lendemain, les gens sont venus de tous bords pour manifester leur compassion et partager la douleur. Certains ont amené de la nourriture, un peu d’argent et d’autres, des mots de réconforts. C’était peu, mais ça donnait du baume au cœur. Le troisième jour, le maire vint avec un ravitaillement impressionnant. Mon père avait été ému de son geste. J’ai vraiment commencé à avoir peur ce soir-là mais je me disais que mon père m’avait promis …

Papa s’emmurait dans un silence total. Lui d’habitude si jovial, a commencé à s’énerver pour un rien, à hurler des fois et le pire il désertait la maison. Connaissant l’amour des cultivateurs pour leurs récoltes, je croyais qu’il était juste affecté par ce qui lui était arrivé. Mais plus les jours passaient, plus les choses s’empiraient. Mes parents ont commencé à se disputer. Ce couple exemplaire, qui ne se disait jamais un mot de travers, n’arrêtait pas de se crier dessus. Il m’arrivait dès fois d’entendre prononcer mon nom mais je ne savais pas exactement de quoi il était question. La seule chose que je voyais c’était que mon idéal de vie se décimait devant moi. Dans la maison, la tension  était palpable, au dîner, personne ne parlait. Mon père ne restait plus à la maison et ma mère rentrait très tard. Il y avait quelque chose qui n’allait pas, mais quoi ; personne ne voulait me le dire. Je me disais juste que ça allait passer, que nous avons vu pire dans le passé et que la vie allait reprendre le dessus. Seulement, c’était juste l’arbre qui cachait la forêt.

Ils ne m’ont même pas avertie, mes propres parents m’ont vendue comme un mouton. Pourquoi ? Ils ne me le diront jamais. La nouvelle est tombée comme un coup de poignard dans le dos. Je me suis sentie trompée, trahie ! Je n’oublierai jamais ce jour-là. A notre descente de travail, nous avons rencontré devant la maison des hommes habillés en grand boubou traditionnel, sortir de chez nous. Ils ont commencé à me féliciter. J’ai regardé mon frère qui, comme moi, se posait la même question. Puis un des hommes d’âge mûr a prononcé le nom du maire disant : « Mamadou a de la chance d’épouser une femme si belle ». Alors, je n’arrivais plus à tenir sur mes jambes. Le choc passé, s’en est suivi une dispute d’une rare violence. Mon père finit par me donner une retentissante gifle. Mon frère prit ma défense, traitant mes parents d’arrivistes. Il ne dormit pas à la maison ce soir-là. J’étais anéantie et pour la première fois, j’eus envie de mourir. Les jours suivants ont été les pires de ma vie. On m’a forcé à arrêter mon boulot, à recevoir des gens qui venaient pour me féliciter et surtout à recevoir des cadeaux dont je ne voulais pas. Le pire est que je n’ai même pas eu droit à un mariage sérère car mon mari était wolof.

Après mon cœur meurtri par la désillusion avec Malick, c’est autour de ma vie elle-même. Au début, je ressentais de la colère envers mes parents, le destin…pourquoi moi ? Je ne rate jamais mes cinq prières, je travaille honnêtement, je suis une bonne élève et surtout  un enfant modèle ? Alors pourquoi moi ? Qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter ça.

 Au début je piquais des crises, pleurais comme une madeleine, et détestais tout le monde. En voyant que je n’avais pas le choix, aucune issue, alors la colère a laissé place à la mélancolie. De toutes nos émotions, la tristesse est la plus difficile à nommer et à identifier : ce n’est pas une douleur vive, aussitôt reconnaissable, comme un éclat de colère, un sursaut de peur. C’est un mal languissant, pesant et qui nous rend las, comme écrit Spinoza, elle « diminue notre puissance d’agir». J’aurais voulu fuir, exploser, mais je suis comme un mort-vivant, impuissante, et à défaut d’éclater mes sentiments, je me suis repliée sur moi-même. J’avais l’impression d’être au bout de ma vie. Je suis condamnée alors j’agis comme une automate et je reste là, à regarder sans pouvoir réagir. Que s’est-il passé en si peu de temps pour qu’en moins d’un mois, ma vie qui était si prometteuses, se transforme en cauchemar ?

Aicha ? Lève-toi vite, ils sont là, dit une voix, près de moi, me ramenant à la réalité. Je commence à trembler de tout mon corps cherchant encore du regard ma mère qui avait disparu. Mes larmes coulent à flots sans que je ne puisse les retenir. Ça y est, je dois me rendre à l’autel du sacrifice où à jamais je vais perdre le peu qui me reste de ma dignité : ma virginité.

A cet instant, j’étais devant la porte de la voiture pour aller chez ce type. Une minute plus tard, je la vois s’approcher de moi avec cette démarche digne d’une Linguère du Saloum, la tête haute malgré les larmes qui coulent abondamment sur sa joue. Elle me prend dans ses bras et nous pleurons ensemble. Seule une mère comprend la douleur de son enfant et je sais du plus profond de moi que cela ne se passerait jamais ainsi si cela dépendait d’elle. Elle me murmure :

A ces derniers mots, elle se retourne comme elle est venue mais cette fois avec moins d’assurance, comme si elle avait tout le poids du monde sur ses épaules. Je pleurais de plus belle et j’avais de plus en plus de mal à respirer, mon cœur se comprimait, j’avais une boule à la gorge. Je fais un tour d’œil, à la recherche d’une issue, de mon frère qui n’a pas supporté la situation et qui est parti me laissant à mon propre sort.

Il y a trois voitures qui forment le cortège avec mes tantes, cousines et autres. Une des voitures avait été remplie d’ustensiles de cuisine, de valises contenant mes habits et que sais-je encore. J’étais trop stressée pour me soucier des détails. Il est dix heures quand nous sommes arrivés à la maison du maire, il y avait plus de monde que chez moi. On me présenta à plusieurs personnes comme étant les membres de ma nouvelle famille. J’entendais des compliments par-ci, par-là : « elle est belle » ; « Mamadou a de la chance » ; « elle est très jeune »…La tête baissée, je préférais ne pas participer à la fête ; ma cousine me donne un coup de coude me poussant à lever la tête. Là, une femme extravagante entra en trombe avec une délégation impressionnante. Elle attire tous les regards avec sa beauté et son habillement. On aurait pu la confondre avec la mariée.

Après avoir fait un spectacle digne d’une princesse en se présentant devant tout le monde avec un faux sourire.  Elle vint vers moi, me regardant de la tête au pied.

Puisqu’elle est venue en guerre alors je préfère ne pas lui répondre. Le silence est le meilleur des mépris.

Waw elle est vraiment en colère celle-là et tout ça pour ce crapaud de maire. A cet instant, ma tante se lève et vient se pointer devant elle.

Elle croisa ses bras sur sa grosse poitrine en écartant les jambes. Il faut dire que Yaye Daro a une stature impressionnante. Quand elle était jeune, elle est restée championne de lutte traditionnelle pendant plus de dix ans. Cela avait fini par lui donner un corps d’homme. Finalement ma coépouse fit un grand chipatou avant de tourner les talons accompagnée de sa cour. C’est cet instant que choisit le maire pour entrer dans le grand salon avec son grand boubou blanc qui trainait par terre.

La festivité continua de plus belle, moi j’étais déconnectée, complétement à l’ouest, je n’écoutais rien, ne regardais personne. J’avais juste envie de fuir ce cauchemar. Et soudain, ma tante me prit la main, c’était l’heure. Mon cœur repris ces battements frénétiques. On me fit entrer dans une chambre où le maire me rejoint une minute plus tard. Il n’arrêtait pas d’éclater de rire et de faire des plaisanteries de mauvais goût. J’ai encore droit à des protocoles, ces trucs traditionnels que l’on faisait pour la fertilité, le bonheur et que sais-je encore dans le couple. On nous installa tous les deux dans un grand lit avec un bol de lakh (bouilli de mil avec du lait caillé). Le premier à manger dominera le foyer. Je ne me suis pas prêtée au jeu, je n’y ai même pas gouté. Finalement, c’est le maire qui me donna un cuillérée que je pris comme une automate. Je n’avais pas encore levé mes yeux sur lui, cela m’était trop dur.

Je ne me suis pas rendue compte que nous étions seuls dans la chambre que quand le maire me dit.

Il jette son grand boubou à côté de moi et le reste ne tarda pas. Je respire à peine, dans ma tête il était hors de question qu’il me touche.

C’est quoi cette façon de parler, pensais-je. Finalement je fais non de la tête et me retourne lui tournant le dos.

Quand j’entends la porte se refermer, je me lève et regarde autour de moi apeurée. Qu’est-ce que je cherche, je ne saurais le dire ? Mon Dieu, aidez-moi, je ne peux pas, chuchotais-je, les yeux emboués de larmes. Ma vision est brouillée, il n’est pas trop tard pour fuir. Je regarde encore autour de moi, remarque une fenêtre que je m’empresse d’aller ouvrir. C’est trop haut, nous sommes au troisième étage. Je cours vers le balcon, elle est moins haute et si je m’agrippe à une balustrade….

Je sursaute en me tournant et c’est là que je le vois presque nu avec une serviette autour de la taille. Il est encore plus dégoûtant que dans mes souvenirs avec son sourire de diable. Il doit faire à peu près 1m60. Seulement quand tu le regardes, tu crois qu’il en fait beaucoup moins à cause de son surpoids. Je n’ai jamais vu un homme avec un si gros ventre. Il me tend la main me faisant signe d’approcher mais je reste sur place, figée comme une glace.

Beurk ! Voyant que je ne bouge pas, il s’approche de moi et me prend la main. Je me dégage avec hargne et m’empresse d’aller m’assoir dans un coin du lit. Je l’entends ricaner, comme je déteste cet homme.

Cette fois il s’assoit à côté de moi et quand je me lève pour le fuir de nouveau, il attrape ma main, en tirant si fort que j’en perds l’équilibre, et m’affale sur le lit. Les choses se sont passées très vite après. Je n’ai rien vu venir, il a été si rapide, je l’ai sous-estimé. Au moment où je me relevais, il agrippa ma robe au niveau de la poitrine et la déchira d’un coup. C’était une robe blanche en dentelle et broderie très fines. Je ne pensais pas qu’il avait autant de force, mais à le regarder, on aurait dit un lion affamé. Ces yeux lançaient des éclairs et il respirait très fort. Sous le choc de tant de violences, j’essaie encore de me lever et c’est là qu’il se mit sur moi, m’écrasant de tout son poids. Apeurée, je tente de me dégager mais n’y arrive pas, il est trop lourd. Je me sentais piégée, il se penche et essaye de m’embrasser, ce que je refuse en déclinant la tête vers le côté. Il essaye à plusieurs reprises et dans ce combat, ma coiffure se détache. Etouffant sous le poids de son corps, je lui donnais un coup de genou sur ses parties intimes, ce qui lui arracha un cri si fort que quelques secondes plus tard, quelqu’un frappa à la porte pour savoir ce qui se passait. Avec des grimaces et en boitant, il alla ouvrir et  renvoya rapidement la personne disant que ce n’était rien. Il revient vers moi, je n’ai pas vu le coup venir, la gifle a été si forte qu’elle m’a propulsée au milieu du lit. Etourdie, j’eus du mal à me lever. Je l’entends ricaner et s’approcher alors je me recroqueville sur moi-même, sachant que cela ne me protègerait pas assez.

Les yeux en larmes, je le regarde horrifiée.

Donc c’était ça le fond de l’histoire, le pourquoi on m’a forcé à me marier avec un homme si ignoble. Si je risque de prendre la deuxième option, ma famille sera détruite pour toujours. Je serais déshonorée et mon père mis en prison. Je n’ai pas le choix et dans les deux cas, ma vie est anéantie. Résignée, je me tourne et me laisse faire. Je ne vais pas en mourir, toutes les femmes sont passées par là.

La douleur a été si forte que j’ai poussé un cri strident. Il mit sa main sur ma bouche avant de continuer sa sale besogne. C’était pire que ce que je croyais, j’étais perdue entre la douleur physique et la douleur psychique. La nausée me monta, je n’arrivais plus à respirer, je me suis évanouie avant qu’il ne finisse.

Une odeur très forte me ramène à la réalité. Je recule avant de voir une femme de l’âge de ma mère.

Moi, je me sentais souillée, dépouillée, violée… durant une semaine je me suis préparée mentalement à ce qui allait se passer mais jamais dans mes pensées les plus cauchemardesques, je ne m’attendais à une telle violence, une telle cruauté.

Je commençais à crier sans m’arrêter, je voulais mourir, disparaître, pourquoi moi ? La femme tente tant bien que mal de me calmer mais je n’arrivais pas à arrêter mes cris, c’était plus fort que moi, il fallait que toute cette douleur sorte. Cette souffrance physique et même psychologique ne m’était plus supportable. Le maire est sorti en courant de la douche et m’a encore fermé la bouche avec sa main, me forçant à me taire en me tenant très fort.

Cette dernière sortit en trombe et revient quelques minutes plus tard avec une piqure qu’elle m’injecta. Je perdis connaissance en moins de cinq minutes.

J’entends quelqu’un s’approcher, s’assoupir à côté de moi et commencer à pleurer, sans que je n’arrive à ouvrir les yeux. J’ai tellement mal à la tête que je crois qu’elle va exploser d’une minute à l’autre. Et cette odeur forte de je ne sais quoi. Mais, ce qui me fait encore plus mal, c’est mon corps, comme s’il avait été percuté par un camion. J’essaye de bouger mais reste terrassée par la douleur déchirante de mon entrejambe. Mon Dieu ! Que s’est-il passé ? Je me force à ouvrir finalement les yeux. Et c’est ma mère que je vois, le visage complétement dévasté. Je n’arrive pas à parler, je crois que je suis en état de choc. Les larmes de ma mère coulent à flots et elle tremble de tout son corps. Elle murmure : Wassanam (pardon).

Suite lundi prochain…

Par Madame Ndeye Marième DIOP

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[toggle title= »Chapitre 6 : Le réveil« ]

«La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance.»

La révolte,  Aicha 

Quand je vis, au pied du lit, ma mère pleurer toutes les larmes de son corps, sollicitant mon pardon, alors je repris espoir, croyant mon calvaire terminé. Pendant que Yaye Daro me massait, ma grand-mère me faisait un bain adoucissant. Quant à ma mère, inconsolable, elle n’arrêtait pas de me dire combien elle était fière de moi. «Je l’avais honorée », répétait-elle.

Deux jours après, quand elle revint me voir, une pommade à la main, je compris que ce n’était pas la fin. Je me remémorai encore de ses phrases : « le corps d’une femme appartient à son mari, il a le droit d’en disposer comme il veut. Le fait de te refuser à lui est un pêché alors laisse le faire et un jour tu t’y habitueras.» Comment ? Avais-je voulu lui demander. Comment s’habituer à être violée tous les soirs par un homme sans cœur. Comment pouvait-on imposer cela à sa fille. Savait-elle au moins ce que je ressentais, ce que je vivais. Tous les soirs on m’humiliait et je devais me taire, ne rien dire, abdiquer.  Un dégoût profond de moi-même, de mon corps, de ma vie m’envahissait, on m’abandonnait à ce sort ignoble. Si ma propre mère ne voyait pas ma souffrance alors j’étais comme condamnée.

Dans la demeure du maire, vivaient une de ses sœurs, ses deux femmes, et ses enfants (huit en tout). Tous entendaient mes cris le soir, tous voyaient mes larmes, tous me regardaient dépérir, mourir à petit feu mais personne ne pipait mot. Personne n’essayait de me comprendre, de me défendre, encore moins de me consoler. Bien au contraire ! Les matins, ce sont des sourires mesquins que je rencontrai, s’il m’arrivait de sortir. Je compris que nous vivions dans une société hypocrite ou l’argent primait sur tout : valeurs et devoirs. A cette pensée, un sentiment d’impuissance total se saisissait de moi, j’arrêtai de résister. Je me résignai.

Dans ta tête, tu te dis que si tout le monde est d’accord avec ce qu’il fait, alors pourquoi continuer à dire non ? Cela fait maintenant un mois que je subis les assauts de cet homme. Au lit, je reste figée, regardant le plafond, avec l’impression d’être une poupée, priant qu’il finisse vite. Cet homme m’a détruite et les mots sont trop faibles pour décrire ma douleur. C’est à cette période que j’ai commencé à refouler mes émotions. J’ai abandonné tout espoir et j’ai arrêté de ressentir la rage, la souffrance, le désir ou la joie. J’ai enfoui et refoulé dans mon inconscient ce que je vivais jusqu’à croire que tout était normal. A force de refouler la douleur, je me suis tuée à petit feu. Aicha est morte.

Le maire avait un langage démesurément outrageant. Pour n’avoir jamais entendu mon père insulter, voir cet homme sortir régulièrement des énormités m’impressionnait. Ses colères excessives à longueur de journée me laissaient sans voix. Je ne sais pas  ce qui le poussait à être aussi désagréable envers sa famille. Femmes et enfants, tout le monde le craignait terriblement. Il ne disait jamais de mots gentils et se comportait comme le roi du monde. Tous les jours, nous supportions ses récriminations infondées, ses cris hystériques et ses insultes incendiaires. C’est fou comme l’apparence peut être trompeuse. Cet homme, si violent chez lui, était d’une extrême gentillesse à l’extérieur. De plus, je ne le voyais jamais prier et quand il me voyait le faire, il se moquait. Les vendredis, dans un immense grand-boubou, un interminable chapelet à la main, il allait à la mosquée. Pour les autres, il est un fervent croyant. On le respectait et l’adulait pour cela.  Bref depuis deux mois, j’essayais de survivre dans ce monde où l’on prédisait la place de choix de la femme préférée du maire de Fatick. Parce qu’il était riche et maire, cet homme avait le droit d’abuser de moi tous les soirs sans que personne n’en redise. Presque chaque soir, il venait prendre son dû comme il le disait si vulgairement. Il n’avait aucun respect pour ses autres femmes qu’il avait pratiquement abandonnées depuis qu’il m’avait épousée. Sa première femme Codou était un peu déréglée mais d’une gentillesse démesurée. D’après ma bonne, elle commença à perdre la boule quand son fils a brutalement quitté la maison. Depuis, elle était sous observation et prenait des piqures.  Par contre, sa deuxième femme Mame Anta était une vraie crue. Je ne vis, de ma vie, une femme aussi excentrique, hypocrite et imbue de sa personne. Devant son mari, elle était la plus gentille et la plus disponible mais quand ce dernier n’était pas à la maison, c’était l’enfer avec les domestiques et les enfants de Codou. Le pire était sa vulgarité et sa frivolité flagrante devant les invités habituels du maire. Ce dernier ne réagissait pas, au contraire, j’avais dès fois l’impression qu’il l’encourageait. Quant à moi, je devais, à son avis, me montrer plus joviale, plus vivante, en souriant de temps à autre. Il allait même jusqu’à me menacer quand je persistais à afficher une tête de mort. Dans ces moments, je le croyais vouloir juste flatter son égo. Si seulement je savais.

Nous avions l’habitude de prendre le déjeuner tous ensemble dans le grand salon. Au départ, je ne m’étais pas habituée aux fourchettes et couteaux. J’avais droit à un régime alimentaire spécial à base de crudité, de légumes et de fruits. Il disait ne pas vouloir me voir avec des vergetures ou un teint huileux à cause des repas traditionnels.  Mais qui donc peut bien se passer du thiéboudieune, du mafé ou encore du soupekandja. Je soudoyais la bonne à chaque fois que cela était possible.

Un jour, il m’annonça, durant le déjeuner, qu’il allait m’amener avec lui à Dakar pour fêter mes dix-sept ans. Codou me regarda bizarrement avant de secouer tristement la tête.

Apeurée, je me retournai vers le maire pour savoir de quoi elle voulait parler. Mais la violence avec laquelle il avait réagi me laissa circonspecte. Empoignant Codou avec violence, il lui donna un violent coup de poing au ventre puis au visage avant de la projeter sur le sol. La scène était monstrueuse. J’avais envie de vomir.

Je restai figer sur place, observant impuissante Codou gisant par terre, entourée de ses enfants. Le sang coulé de ses lèvres et elle se tenait le ventre grimaçant. Je fis un pas vers elle.

Mame Anta riait aux éclats et vint se blottir contre son mari. Billahi qui se ressemble s’assemble, de vrais monstres ces deux-là.

La phrase de Codou me taraudait l’esprit. Qu’est-ce qu’elle voulait bien dire par là et pourquoi le maire réagissait de cette manière ?

Je voulais la revoir avant de partir pour comprendre et savoir si elle n’était pas blessée, mais le maire ne m’en donna pas l’occasion. Il me remballa comme une mal propre, direction Dakar.

Nous arrivâmes à la capitale vers 20 heures. Durant tout le trajet, je fis semblant de dormir pour ne pas converser avec lui. Plusieurs fois, il tenta de s’approcher de moi sans retour. Après toutes les atrocités qu’il me faisait, cet homme était comme un étranger pour moi. Je le détestai tellement que je ne faisais aucun effort pour mieux le connaître. Nous n’avions jamais échangé de paroles et surtout je ne pouvais prononcer son nom. Pour moi, c’était toujours monsieur le maire quand il s’agissait de l’interpeller. Dans ma tête, il était un violeur, rien d’autre.

L’hôtel était très joli et très moderne. Je ne voyais cela que dans les films. Mais je ne m’attardai pas sur le décor. Aujourd’hui rien ne m’enchante, je vis comme une automate. Après le dîner, nous nous couchâmes. Il était trop fatigué par le voyage et je priai pour qu’il le reste.

Le lendemain, il m’emmena dans un institut de beauté pour la totale. L’endroit était très joli et les filles chaleureuses. On me conduisit au salon de coiffure où on me fit une belle coiffure. J’avais beaucoup  changé physiquement parlant comme dit le maire, il a fait du bon travail. Mon teint s’est embellit avec ces crèmes de beauté haut de gamme et ces saunas qu’il m’imposait toutes les deux semaines. Je quittai l’institut vers 18 heures, pour moi, c’était un peu trop de passer toute une journée dans un endroit pour se faire belle. En plus, je détestai les faux ongles qu’elles me mirent. Tout en moi était artifice, si cela continuait, je finirai par ressembler à Mame Binta.

Arrivée dans la chambre de l’hôtel, je vis un gros paquet noir avec une note du maire : soit prête à 20 H. J’ouvris la boite et je vis une belle robe dorée. Je ne pris pas la peine de la soulever, ni de l’admirer, en fait je m’en foutais de tout ce luxe.

Debout devant la glace, je me reconnaissais à peine. C’était la première fois que je portai une robe à bustier avec ce décolleté profond et en plus elle ne dépassait même pas mes genoux. J’eu l’impression d’être nue. Je devrais altérer la fermeture pour ne pas être obligée de la porter. Malheureusement pour moi, le maire entra à cet instant et son regard admiratif montra son satisfaction. Il se frotta les mains en disant : je sens qu’avec toi mon chaton, je vais décrocher le gros lot ce soir. Que voulait-il dire par là ?

Shim, depuis que je connaissais cet homme, j’avais tout le temps des envies de meurtre. Il s’approcha doucement de moi et m’enlaça. Comme à chaque fois, un dégoût profond m’envahissait.

Il me retourna et prit mes joues entre ses deux mains pour un regard.

Alors c’est de cela dont parlait Codou, j’étais sa bête de foire, pensais-je un peu soulagée.

En cours de route, je me perdis dans le paysage féérique qu’offrait la corniche de Dakar avec ces cocotiers, cette plage infinie et ces belles maisons. Nous roulâmes presque 30 mn avant que la voiture ne se gare dans une imposante demeure. Des gens bien habillés s’entassaient devant la maison où des vérifications des cartes d’invitations s’opéraient. En entrant, la beauté des lieux me frappa. Une hôtesse nous dirigea vers un grand salon où se tenait la réception. J’étais subjuguée par ces grands lustres qui  illuminaient le salon. Le maire m’entraina dans la foule, se frayant difficilement un chemin avec sa petite taille. A plusieurs reprises, je croisai des regards admiratifs d’hommes et cela me faisait, comme toujours, frissonner. Il me guida vers un groupe de gens, qui, d’après les salutations affectives, le connaissaient assez bien.

Un petit pincement sur le bras du maire me rappela à l’ordre. Je me forçai à sourire pour ne pas recevoir des coups plus tard. Après les salutations et quelques échanges de civilité, un des invités me demanda d’où je venais. Avant même que je n’ouvris la bouche, le maire me devança.

Je regardai l’homme qui venait de m’adresser la parole sans pouvoir lui répondre. J’étais toujours choquée par ce que venait de débiter le maire.

Finalement je répondais au monsieur et finis par engager une courte conversation avec lui.

Quel menteur ! De ces yeux pétillants, la femme me regardait avec malice avant d’ajouter.

Là, je ricanai sans le faire exprès. C’est l’hôpital qui se fout de la charité, avais-je envie de rétorquer. Alors je souriais à la femme et sincèrement pour la  première fois depuis la soirée. Le maire  prit rapidement congé prétextant vouloir saluer un ami qu’il venait de voir au loin. On dirait qu’il fuyait le diable, il avait peur d’être mal jugé ici à Dakar. Je n’avais  jamais pensé à cela. Mais dans les faits, il m’avait épousée sans mon consentement, c’était un détournement de mineure. Je devrais me rapprocher de cette femme et avoir son numéro avant la fin de la soirée. Dans mes pensées, je sentis un regard appuyé sur moi. Quand je me tournai alors mon cœur se retourna : Malick, l’homme de mes rêves, oh mon Dieu. Dans son beau costume noir trois pièces, il me regardait avec une telle intensité que j’en frissonnai. Comme la première fois, j’ai commencé à avoir des picotements au ventre, la tête qui tournait et la respiration qui s’accélérait. Encore une fois, nous étions seuls au monde et aucun de nous deux n’arrivait à détourner son regard.

Il s’approcha de nous et je me surpris encore à admirer ces grands yeux dont la noirceur des pupilles brille comme des néons dans la nuit. Malick est debout devant moi, encore plus beau que dans mes souvenirs.

Il se tourna vers une femme que je n’avais pas remarquée malgré son sourire hyper forcé. Je la vis enrouler le bras de Malick pour marquer son territoire.

Ensuite, l’homme en question entraina ce dernier je ne sais où et lui chuchota quelques mots à l’oreille. A voir son sourire, il dut sûrement lui dire qu’il allait rencontrer le président ou je ne sais quoi. Pif, cet homme était juste pitoyable, j’en profitais pour m’éclipser et aller prendre de l’air au balcon. Je crois que ma mission venait d’être accomplie. Arrivée là-bas, la première chose que je fis, c’est enlever mes chaussures qui me faisaient atrocement mal. Je m’accoudai sur la balustrade et pris un grand bol d’air. J’avais l’impression d’étouffer à l’intérieur. C’est là que je sentis son parfum, je n’avais pas besoin de me retourner pour savoir qui c’était. Le rythme de mon cœur s’emballa.

J’avais les larmes aux yeux et ma lèvre inférieure tremblée.

Il me retourna avec force, me faisant perdre l’équilibre. Je m’agrippai sur lui pour ne pas tomber et il en profita pour m’enlacer. Nous étions si proches que nos souffles s’entremêlaient.

Il baissa la tête sur le côté pour mieux me regarder ; ce qui approcha sa bouche dangereusement de la mienne. Ensuite il effleura délicieusement mes lèvres de son index. Pourquoi Aicha ? Sa bouche s’approchait et bizarrement je ne faisais rien pour l’en empêcher.

Malick ferma les yeux et mit ses mains dans sa poche avant de se retourner pour faire face au maire. Ce dernier contourna Malick et vint me donner une retentissante gifle qui me propulsa au sol.  Le temps que de me remettre de mes émotions, je vis Malick l’empoigner et le propulser au mur.

Malick se rua vers lui et commença à l’étrangler comme un vulgaire chiffon. Je ne voulais pas l’arrêter, il allait réaliser mon rêve de tous les jours. Mais si je ne faisais rien, il risquait, en le tuant, de détruire sa vie. Je m’approchai de lui et m’accrochais à son bras dont je sentais toute la puissance.

Ses piques froidement lancées, il partit sans un regard sur moi. Cette fois mes larmes tombèrent et je me laissai tomber sur le sol. J’en avais tellement marre de cette vie.

Je ne sais combien de temps je suis restée assise sur ce balcon. Je restais colée là, le cœur lourd, le regard vide jusqu’à ce qu’une main m’aida à me lever. C’était cet homme d’affaire qui me souriait gentiment.

L’esprit confus, je me laissai guider par cet homme sans me méfier. Je fus «confiée» à une hôtesse qui m’installa confortablement dans une chambre où, sans arrière-pensée, je m’endormis après avoir beaucoup pleuré. Le fait de revoir ce soir Malick et de l’entendre me parler avec autant de dédain m’acheva.

Je ne sais combien de temps, je m’étais  endormie mais le bruit des pas dans la chambre me réveilla petit à petit.

Ma tête me faisait affreusement mal, j’entrais rapidement dans la salle de bain où je fus accueilli par un parfum irrésistible de jasmin émanant d’un jacuzzi. J’enlevai ma robe et y entra, l’eau était chaude, ce qui me procura un bien immense. Je fermai les yeux et me laissai emporter par la douceur du moment.

 Croyant qu’il allait venir dans le bain, je me dépêchais d’en sortir et de me couvrir.

A ces mots je souriais, il souleva la main comme pour me gifler avant de se rétracter. Shim ! Ris bien qui rira le dernier. Attends de voir la surprise que je t’ai concoctée.  A ces mots, mon sourire disparut pour laisser place à la peur. J’entendis quelqu’un ouvrir la porte et l’appeler. C’est la voix de l’homme d’affaire, je tendis l’oreille mais ne distinguais que des chuchotements. Les battements de mon cœur s’accéléreraient. Le maire entra de nouveau dans la salle de bain avec son sourire de diable. Habilles-toi vite, dit-il en tapant les mains et en me jetant une chemise de nuit. Je m’exécutai comme une automate et il me prit la main et me tira violement de la douche.

Il était là, assis sur le bord du lit, me dévorant du regard. La phrase de Codou me revint en mémoire, non, fis-je avec la tête.

Ils éclatèrent tous les deux en même temps de rire. J’essayai de me dégager de ses mains mais il me jeta par terre. Il se dirigea vers la porte et avant de refermer, il s’écria encore:

N’y croyant pas, je restai sur place n’osant bouger, peut être est-ce un mauvais cauchemar, mon Dieu aidez-moi. Je ne pourrai pas survivre avec un autre. L’homme d’affaire vint s’accroupir devant moi, encore habillé. Il me caressa le dos et je me levai d’un bon en reculant au maximum.

Il respirait mes cheveux avant de me laisser pour enlever totalement son habit. J’en profitai pour courir vers la porte d’entrée. Il me rattrapa dans le couloir et me souleva comme une feuille avant de me ramener vers la chambre qu’il ferma cette fois à clé. Je le frappai, me débâtai de toutes mes forces mais j’avais l’impression d’affronter un mur  de glace. Il me jeta sur le lit, je haletais tellement fort que je n’arrivai plus à respirer.

Il n’arrêtait pas de rire, l’homme élégant et rassurant avait disparu pour laisser place à un monstre.

Voyant que je ne lui répondais pas, il continuait comme si de rien n’était.

Il se dirigea vers la douche où il s’enferma me laissant dans le plus grand désarroi. Je tremblais si fort que j’entendais le claquement de mes dents. Il est hors de question que cet homme me touche, hors de question que je continue d’être abusée, hors de question de rester mariée à ce monstre. Qu’importe ce qui se passera pour mes parents, ce n’est pas à moi de payer pour leurs erreurs. Je refuse de souffrir toute ma vie pour eux…

Je commençai à chercher partout, dans les tiroirs et les placards, n’importe quoi pour m’aider à le repousser. Dans mes recherches effrénée, je fis tomber les tiroirs, mes larmes brouillèrent ma vue. Je préférai mourir que d’être encore violé. PLUS JAMAIS CELA, me répétais-je. Au moment où je commençais à désespérer, je vis une boite noire.

Mon Dieu, aidez-moi à trouver quelque chose, n’importe quoi.  C’est là que je le vis, la boite noire en haut d’un des placards. Je me dépêchai de le prendre et de l’ouvrir, bingo : un petit pistolet y était caché. Les mains tremblantes je le pris. Les images de ma nuit de noce et celles des autres défilaient dans ma tête. Toutes ces humiliations, mon avenir gâché, mon amour perdu, l’abandon de mes parents… Tout ce que je fuyais au plus profond de moi pour ne plus souffrir ressurgissait comme un volcan en ébullition. La colère est dévastatrice, quand elle vous envahit, elle vous rend aveugle.

Comme dans un ralenti, je me relevai, me retournai vers lui en lui braquant le pistolet et sans réfléchir Pan, j’appuyai sur la gâchette.

 « La colère est nécessaire, on ne triomphe de rien sans elle, si elle ne remplit l’âme, si elle n’échauffe le cœur ; elle doit donc nous servir, non comme chef, mais comme soldat», Aristote.

A lire chaque lundi….

Par Madame NDeye Mareme DIOP

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[toggle title= »Chapitre 7 : Délivrance« ]

Si vous voulez être riches, apprenez à être bons envers vos prochains. L’homme pauvre est celui dont la seule richesse est l’argent. Le plaisir est le bonheur des fous, le bonheur est le plaisir des sages.

L’engagement, Malick

Je regardai encore une fois mon réveil : 2h 38. Je sentis alors que j’allais faire une nuit blanche. La revoir ce soir m’a bouleversé au point de me faire faire l’erreur de ma vie. Ou peut-être bien que non. Tout était si rapide et confus. Suis – je prêt à m’engager ? « Aimes lorsque tu te sens prêt et non lorsque tu te sens seul ». Je n’arrêtai pas de tout ressasser depuis mon retour à la maison.

7 heures plus tôt

Je sonnai à la porte de chez Abi. Il n’était pas encore 20 heures donc nous avions largement le temps. C’était sa mère qui m’ouvrit la porte. Yaye Fatou avait deux ans de moins que ma mère et elles sont les meilleures amies du monde, presque des sœurs. Elles se connaissaient depuis plus de quarante ans, bien avant ma naissance.

Ça sentait le roussi, pensais-je. Elle m’installa au salon et se mit en face de moi, l’air préoccupée.

Yaye Fatou avait les yeux brillants et cela me fendit le cœur de la voir dans cet état. La connaissant, cela dut lui en coûter de me dire que sa fille m’aimait. Je n’eus jamais de geste ou de mot déplacé envers Abi par respect pour elle et pour sa mère et aussi parce que je n’étais pas encore sûr de mes sentiments. Comme avec mes deux sœurs, nous partagions beaucoup de choses, nous avions l’habitude de nous retrouver un weekend sur deux, ici ou chez ma mère. Aussi loin dans mes souvenirs, ma mère l’appelait belle-fille et disait que nous allions finir ensemble. Quand je tardai à trouver une épouse, alors je me tournai vers elle, me disant pourquoi pas ? Je commençai à sortir avec elle et je voyais à quel point elle me connaissait bien. Elle connaissait mes repas favoris, mes goûts vestimentaires, mes ambitions, bref tout. En plus, Abi avait tout pour plaire à un homme : belle, intelligente, bonne éducation, généreuse et encore…  donc je songeai sérieusement à l’épouser jusqu’à ma rencontre avec Aicha. Découvrir toutes ces sensations me fit comprendre que je n’aimais pas vraiment Abi. Je compris que je ne voulais pas m’engager dans un mariage sans amour.

Elle portait une longue robe noire qui épousait toutes les formes généreuses de son corps, une vraie beauté. Le seul hic, c’était que je la trouvais un peu artificiel, avec ses lentilles de contact, ses faux ongles, le trop de maquillage, bref tout le contraire de ma Aicha.  Ha, l’amour a des raisons que la raison ignore. Je me levai, boutonnant ma veste et pris congé de sa mère en lui promettant de continuer la conversation dès que possible. Ce serait dommage de perdre une si belle amitié mais Yaye Fatou avait raison, je ne pouvais continuer à donner un faux espoir à sa fille.

Nous étions parmi les premiers à arriver à la soirée, j’en profitai pour discuter affaire avec Wilane qui voulait coûte que coûte me voir joindre son équipe. Depuis maintenant une semaine, j’avais démissionné de mon ancien poste de directeur de cabinet et la nouvelle se répandit très vite. Je voulais désormais monter ma propre affaire et j’en avais et les moyens et l’expérience nécessaires.

J’étais en pleine conversation quand je vis Aicha marcher entre les invités, une apparition céleste. Je versai mon verre sans le faire exprès. Elle était là, le sourire aux lèvres et je ne pouvais détacher mon regard d’elle. Comme la première fois, elle me subjuguait, m’empêchait de respirer normalement ou encore de parler. Elle avait beaucoup maigri mais cela n’affectait en rien sa beauté et son élégance naturelle.

J’oubliai qu’elle était à mes côtés. J’acquiesçai juste la tête et continuai ma contemplation. Malgré son changement, je la reconnaissais dès que je posai mes yeux sur elle. C’était la première fois que je la voyais en robe, l’éclat de sa peau était une vraie invite à la caresse. Je ne pus m’empêcher d’admirer ses belles et longues jambes bien fuselées et ce bustier au décolleté plongeant ne faisait qu’ajouter le côté à la fois sexy et glamour de sa robe. Je sentis la jalousie et la colère m’envahir quand je vis le porc épique qui l’accompagnait.

A cet instant, je n’étais plus maître de moi-même. J’allai jusqu’à présenter Abi comme ma fiancée. Le reste de la soirée fut un cauchemar. Savoir qu’elle était finalement mariée à ce faux-type m’était juste insupportable. J’étais encore plus en colère contre moi-même, car je ne pouvais freiner ces pulsions devant elle. Pourquoi je pensais qu’elle allait tout laisser tomber pour me suivre ? Ces espoirs s’envolèrent quand je la vis disparaître dans un coin de salon avec Wilane. Elle venait de dénicher une autre proie.

Je quittai la fête avec l’impression d’étouffer et la pauvre Abi me suivait sans rien dire. Elle me prit les clés de voiture en voyant mes mains trembler. Ensuite, elle me ramena chez elle disant que je ne devais pas rester seul. Je n’avais pas la force de dire non à quoi que soit. Quand nous entrâmes, je saluai à peine sa mère et je montai directement à la chambre d’ami. Je connaissais cette maison par cœur. Je pris rapidement une douche froide et m’engouffrai dans la couverture. J’eus encore plus mal que la dernière fois, peut-être parce que maintenant, je la perdais à jamais…

– Tu dors ? Je t’ai préparé un thé calmant. Elle contournait le lit et vint s’asseoir en face de moi. Je pris le thé qu’elle me tendait.

Elle s’approcha de moi, prit le thé entre mes mains toujours tremblantes et le déposa sur le rebord de la petite commode.

Ensuite, elle commença à me caresser le dos et me chuchoter des mots doux. Elle se releva et me prit les joues entre ses deux petites mains, me regardant droit dans les yeux :

Elle se releva doucement pour voir ma réaction, il y avait tant d’amour dans son regard. C’était peut-être parce que c’était notre premier baiser. Je m’approchai doucement de ses lèvres et pris sa bouche avec avidité.  Elle gémit et se fondit littéralement dans mes bras. Tout se passa très vite. Elle ne portait qu’une robe légère que j’enlevai sans difficulté. L’image de Aicha me revint, sa bouche que j’avais à peine effleuré d’un baiser et qui m’avait procuré tant de sensations ; son corps dont je devinai les courbes et qui me donnai plus envie de la découvrir. Tout ce désir animal, fusionnel que je ressentis pour Aicha, je le partageai ce soir avec Abi.

Nous nous séparions d’un bond et chacun essaya de cacher son corps avec la couverture. Yaye Fatou n’arrêtait pas de crier et de pleurer en faisant les cent pas devant le lit, la honte.

Abi pleurait en silence, la tête baissée mais maman n’arrêtait pas de la traiter de tous les noms. Elle se défoula au moins vingt minutes avant de s’asseoir à même le sol et de pleurer cette fois avec tout le désespoir du monde. Je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie et surtout j’avais l’impression de les avoir déshonorai malgré que nous somme pas allé jusqu’au bout. J’enfilai rapidement mes habits et vins m’accroupir devant elle.

Voilà ma soirée, je n’arrivai toujours pas à y croire. Ma mère m’appela en chemin avec des cris hystériques de joie. C’était le plus beau jour de sa vie, disait-elle. Ensuite, c’était autour de mes deux sœurs, mon oncle, et de mon meilleur ami Badou… Mon portable se déchargea. Mon entourage avait tant de joie, alors pourquoi pas moi ? Pourtant dans ses bras, je ressentais quelque chose, une émotion. Alors, même si je ne l’aimais pas encore, même si elle ne faisait pas battre mon cœur, j’avais espoir qu’un jour, cela viendrait. Ne disait-on pas que de l’amitié naissait l’amour.

Le marché : Mamadou Wade, maire de Fatick

Je dansais un bon morceau de mbalakh sous l’œil amusé de la fille qu’on avait mise à ma disposition. Cela faisait cinq ans que j’essayais de m’approcher vainement de ce Wilane. Voilà qu’en un claquement de doigt, il m’invitait à dormir chez lui avec tous les honneurs. Tout cela grâce à cette petite qui attirait les hommes comme des mouches. Je ne regrettais pas mon investissement avec elle. ‘Quand le diable n’y peut rien, il délègue une femme’. Je me frottai déjà les mains avec le contrat que Wilane me promit de décrocher pour ma ville. Le meilleur dans tout ça, j’avais le beurre et l’argent du beurre, hi hi hi…

Je sursautai et regardai la fille, vu sa réaction, je sus que je ne me trompais pas, c’était bien un coup de feu que j’entendis. Je m’empressais de m’habiller les mains tremblantes. En sortant de la chambre, je vis deux gardes du corps, pistolet à la main, entrés dans la chambre de Wilane en trombe. Mon Dieu, que s’est-il passé ? Le cœur battant à deux cent à l’heure, je m’approchai à pas de loup. Je faillis avoir une crise cardiaque en voyant la scène : Wilane gisait dans une marée de sang. Elle n’a pas osé…

Depuis, on m’enferma dans une chambre sans aucune explication. Je ne dormais pas de toute la nuit et je n’arrêtais pas de regarder la montre : 13h06. Je n’avais toujours pas de nouvelle. Etait-il mort ? Que s’était-il passé ? Ils ne me permirent même pas de voir cette folle d’Aicha. Si je l’attrapais, j’allais la tuer de mes propres mains. Pour l’instant, j’avais plus urgent à faire, sortir de cette chambre. Je n’arrêtais pas de faire la ronde. Cet homme était si puissant, le plus riche de toute l’Afrique. S’il meurt, je m’en fou, c’est Aicha qui va croupir en prison mais s’il s’en sort, je ne donnerai pas cher de notre vie. J’ai entendu tellement de choses monstrueuses sur lui que rien qu’à y penser, j’en tremblais. D’un coup de serrure, j’entendis ouvrir la porte. Un homme ressemblant à un gorille apparaissait.

J’avalais ma salive voyant sa tête. On me fit monter dans une voiture direction je ne sais où. Une demi-heure plus tard, la voiture se gara devant une clinique. Ça voulait dire qu’il n’était pas mort. Quelques minutes plus tard, j’étais devant lui. Il était torse nu avec un bandage au niveau de l’épaule gauche. Vu son sourire accueillant, je recommençai à respirer.

Cet homme était vraiment bizarre. Je m’asseyais sur une chaise pour mieux encaisser ce qu’il venait de dire.

J’essayais de garder un air neutre alors que je tremblais de tout mon corps.

Il prit délicatement son journal, le déplia et commença à lire comme si je n’étais plus là. J’en concluais qu’il en avait fini avec moi et qu’il ne voulait plus voir ma tronche. Mais au moment où je touchais le poignet de la porte, une question me vint à la tête.

Réminiscence :  Aicha

Cela faisait trois jours depuis notre retour et rien. J’avaies l’impression que le maire avait peur de moi (peut-être qu’il avait peur que je lui tire dessus) lol. Moi qui croyais qu’il allait me massacrer, au contraire il ne m’adressa plus la parole, ne me toucha plus et le plus bizarre était qu’il ne dormait même plus ici. Par contre, il m’enfermait dans la chambre toute la journée. Peut-être qu’il était en train de commanditer mon meurtre. Même si j’avais très peur, je ne regrettais pas mon acte. Bien au contraire, il m’a délivrée. M’être défendue me fit comprendre que je ne devais plus me laisser faire. Les paroles de Malick n’arrêtaient de défiler, en boucle, dans ma tête : ‘Chacun est maître de son destin’. Une évidence m’apparut : hors de question de rester mariée à cet ignoble énergumène qui était prêt à tout pour l’argent et le pouvoir. A deux reprises, je lui avais demandé la permission d’aller voir mes parents et deux fois avait refusé. Peut-être qu’il devinait mon intention de le quitter. Au début, je jurais de me venger en le castrant ou en le rendant borgne mais comme on dit « l’eau ne reste pas sur les montagnes, ni la vengeance dans un grand cœur ». Je me réfugiais dans la prière pour refouler ces idées en attendant de trouver une solution pour déguerpir d’ici.

Le vendredi, il m’ouvrit enfin la porte, me demandant de les rejoindre pour manger. Tout le monde me regardait avec insistance, surtout Codou qui avait l’air inquiète pour moi. Je lui fis un clin d’œil en souriant histoire de l’apaiser. Le maire, quant à lui, était pour la première fois d’une gentillesse exagérée. Il essaya d’animer au maximum la table avec des anecdotes à la con. Ensuite, il offrit à chaque membre de la famille une belle enveloppe d’argent disant qu’il voulait repartir sur de nouvelles bases et patati et patata. Malheureusement pour lui, c’était trop tard. Quoi qu’il fasse, il ne pourrait jamais effacer toutes les atrocités qu’il fit subir à sa famille.

Le soir, il vint avec une petite boite à écrin avec à l’intérieur un joli ensemble en or. C’était la première fois qu’il m’offrait un bijou.

Je commençai sérieusement à douter de cette gentillesse excessive. Ce crapaud sûrement quelque chose dans la tête. Il me coupa dans mes pensées en venant s’asseoir à côté de moi. Je sursautai sans le faire exprès.

Là, j’en étais sûre, ce monstre préparait quelque chose sinon pourquoi autant de précipitation. A Dakar, je serais totalement à sa merci. Je lui souriais et fis semblant d’être contente en prenant la boite à bijou. Je réfléchissais à deux cent à l’heure, ce n’était pas pour rien que l’on m’appelait surdouée. Dès qu’il entra dans la douche, je pris instinctivement son portable et regardai le journal de ses appels. Mon cœur fit un bond quand je vis deux fois le nom de Willane. Maintenant j’en étais sûre, c’était un piège. Il va voir ce qu’il va voir. « Le vrai courage est parfois de choisir. ». Il est temps que les masques tombent.

La révolte : Niangue, homme à tout faire du maire

J’étais épuisé, depuis le matin, je n’arrêtais pas de faire des courses pour le dîner de ce soir. Je ne suis pas leur boniche de merde. Sur ordre de la princesse Aicha, le patron invita toute sa famille et celle de sa femme à un dîner d’adieu. Elle sembla toute heureuse d’aller vivre à Dakar loin de son mari. Pauvre fille, elle quittait la gueule du loup pour aller se réfugier direct dans celle du dragon. Ce Wilane était de la pire espèce, aucun état d’âme. Mon patron et moi étions de vulgaires voyous comparés à cet homme. Il s’occupait d’un trafic d’arme dans toute l’Afrique, provoquait des guerres rien que pour embellir ses affaires. On le soupçonnait de plusieurs crimes et pourtant il faisait l’objet de tous les honneurs. Hé oui c’est comme ça l’Afrique.

Le soir, je vis la belle Aicha attablée à côte de mon patron, le visage crispé et regardant toutes les cinq minutes ses parents. Je ne savais pas pourquoi mais j’avais un mauvais pressentiment. Il était vingt-trois heures quand tout le monde rejoignit la grande salle pour prendre la dernière collation. Mon patron n’arrêtait pas de rigoler et de distribuer des billets de dix mille. Il aimait montrer sa puissance devant ses frères et autres. D’ailleurs c’était pour cela qu’il m’obligea à porter un costume avec cette chaleur et à rester debout les mains croisées histoire de faire le garde du corps. Pif ! Faible d’esprit, il éprouvait toujours le besoin de montrer sa puissance aux autres. Vivement la fin de cette soirée car je commençais à avoir les pieds en compote. La petite Aicha se leva et vint se mettre devant son père. Elle tapa très fort ces deux petites mains poussant tout le monde à la regarder. Ces yeux lançaient des éclairs. Hum ça sentait les ennuis pour mon patron.

Mais le coup était déjà partie car tout le monde dans la salle avait entendu ce que la petite cria si fort. Avant même que mon patron n’atteignit sa cible, le père et le frère de celle-ci faisaient bloc devant elle. Un brouhaha indescriptible se souleva. Les paroles fusaient de partout, chacun y mettant son grain de sel.

Tout le monde parlait en même temps et personne n’écoutait personne. Il fallut plus d’une demie heure pour que Pape Ousmane, l’ainée de la famille Wade calma les esprits.

Que le match commence, pensais-je.

Le maire se leva tremblant de colère.

Si je ne le connaissais pas, j’aurais vraiment cru à son désarroi. 1-0. Mon patron était trop fort, un vrai politicien. Tout le monde regardait d’un air accusateur Aicha qui se leva à son tour pour parler. Il y avait tellement de haine et de détermination dans son regard que je commençais à avoir peur pour mon patron. Cette petite avait du cran, c’était indéniable.

Les membres de la famille du maire firent non de la tête et les voix commencèrent à se lever.

Hou ! Mon patron était trop fort, ce mensonge valait deux buts : 3-1.  Cette fois, ce fut les parents d’Aicha qui se mirent en colère.

La mère :

Le maire :

Le père :

Hi ! C’était foutu pour mon patron, il était tellement en colère que ses mains tremblaient. Il avait sûrement peur de WILANE.

Les brouhahas reprirent de plus belle. Certains lui conseillèrent de la laisser partir, d’autres non. Le père de Aicha, quant à lui, refusait de laisser sa fille une nuit de plus dans la maison du maire, plutôt la mort, clamait-il. Dans ce désordre indescriptible, personne ne remarqua Codou qui, assise comme toujours dans un coin, la tête baissée, hurla si fort et attira par là tous les regards.

Sa fille ainée vint la prendre en lui chuchotant des mots doux et tenta de l’apaiser.

Ho ho, si la folle parlait, le maire allait être foutu.

Paf ! Une belle gifle renvoya la petite au sol. Mon patron, il savait gifler lui.

A lire chaque lundi….

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 8 : Intermittence« ]

«L’idéal dans la vie n’est pas l’espoir de devenir parfait mais la volonté d’être toujours meilleur

 

Aicha : Le deuil

La vie est faite de mystère et on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Alors ne vaudrait-il pas mieux opter pour le droit chemin pour ne pas, demain, avoir à subir la colère divine ?

Monsieur le maire l’apprenait à ses dépens. Il était mort deux heures après avoir été évacué à l’hôpital. Il ne put supporter de voir un tel déballage devant sa famille. La nouvelle nous abasourdissait. L’état de choc passé, les cris et les pleurs commencèrent à fuser de partout. Moi, je n’y arrivais pas, rien ne sortait, aucune larme, aucune émotion, rien. Cet homme était mort en emportant tout le côté humanitaire chez moi. Au contraire, je ressentis un grand soulagement, une délivrance. Je n’avais pas tort de garder la foi, de croire en la justice divine. Mais surtout j’étais fière de moi, du fait que je réagissais pendant qu’il en était encore temps et ainsi, je m’évitais la haine et le mal qui me consumèrent à petit feu. Codou en était un exemple poignant. Sa vie se détruisait parce qu’elle voulait sauver les apparences, rester une femme modèle devant cette société où l’on exigeait de la femme une loyauté totale à son mari. Aujourd’hui je pouvais tourner la page et essayer d’oublier cette histoire sombre de ma vie. Tout ce que je voulais c’était de quitter cette maison, partir, sans me retourner, chez moi.

Mais j’allais vite déchanter car ma mère me fit comprendre qu’il était de mon devoir de rester jusqu’à la fin de la cérémonie du deuil. Il fallut encore supporter ces ‘adaas’ (coutumes) de la société africaine. Ma mère resta avec moi cette nuit-là, m’enleva mon greffage et mes faux ongles. Ensuite elle se mit à m’expliquer les coutumes du veuvage. Je n’avais plus le droit de me maquiller, ni de porter des bijoux encore moins de mettre du parfum. Je devais porter des habits sombres…

Le premier jour, on nous força, mes co-épouses et moi, à nous asseoir sur une grande nappe installée dans la grande salle. Heureusement qu’elle était climatisée, vu ces grandes pagnes tissés avec lesquels on nous recouvrait. Quand je vis Mame Anta sans aucun artifice, je ne pus m’empêcher de rire. Elle me jeta un regard noir avant de venir s’assoir à mes côtés, me bousculant. On dirait un épouvantail. Ce jour-là, c’était le concours du « qui est le plus affecté par la mort du maire ». Des cris, des pleurs, et certaines femmes allaient jusqu’à se rouler sur le sol. J’étais juste abasourdie par tant de déferlement de douleur.

Au deuxième jour, les visages devenaient moins tristes, place aux commérages : qui était qui ? Qui faisait quoi ? Qu’avait mangé le maire avant de mourir ? Combien donnait le ministre tel ? Combien avait-on récolté hier dans le layou (plat déposé sur la nappe des femmes du maire sur laquelle les gens déposaient de l’argent quand ils venaient présenter leurs condoléances) ???

Au troisième jour, les masques tombaient. Mame Anta ne put s’empêcher de mettre un peu de maquillage et surtout de porter quelque chose de plus voyant. Cette femme ne reculait devant rien quand il s’agissait de son apparence. Mais son comportement n’était rien comparé à celui de mes belles sœurs et autres. C’était le concours du grand boubou thioup (tissu très cher fait à base de peinture). On dirait qu’elles s’habillaient pour un baptême. Le pire était de les voir enquêter sur les biens du maire et sur le nombre de ses enfants. Quand un invité de marque apparaissait, chacune cherchait à savoir la somme qu’il offrait. Il y avait tant de mesquineries, de voracités, d’agressions verbales que je prétextais une migraine pour me réfugier dans ma chambre. Je me demandais ce qu’il en serait au moment de l’inventaire de la fortune du maire. J’espère que maman ne m’obligera à rester dans cette maison jusque-là.

Vers 20 h, elle vint me rejoindre avec une mine hyper anxieuse.

Cette fois, j’éclatai de rire sans le faire exprès.

En même temps que je parlais, je sortis une valise et commençais à fourrer mes affaires dedans. Il n’y en avait pas beaucoup. Et, en deux temps, trois mouvements, je terminais de tout ranger. Quand je me retournais, je vis ma mère essuyer une larme et se lever à son tour.

Là, je pleurais, pleurais encore, pleurais jusqu’à crier, refoulant un méchant monstre qui ne demandait qu’à sortir. WOOOOOYYYYY, WOOOOYYY, WOUYYYA YOYYYY, enchaine-je, sans m’arrêter. Quand je me calmais, elle prit mes joues entre mes mains.

  Gnangue : le boulot

Je m’appelle Kabir Niang mais tout le monde m’appelle Gnangue (horrible). Parce que j’avais l’habitude de terroriser mes camarades dès mon plus jeune âge. Mes parents me prédestinaient à devenir le champion des arènes et très tôt mon père a commencé à m’initier en la matière. J’avais 19 ans quand le patron me recruta comme garde du corps. Je mesurais alors 1, 98 m et ma corpulence faisait penser à Rambo. A cet âge, on se croit invincible et quand on fait une bêtise, on se dit que l’on a toute la vie devant nous pour nous rattraper. Aujourd’hui, à 36 ans, j’essayais de me souvenir à quel moment je perdis mon humanité. Quand on côtoie le mal, on finit par l’incarner.

Cela faisait une semaine maintenant que le patron était mort. En un claquement de doigt, je vis mon mentor perdre le respect des siens, s’effondrer et mourir quelque temps après. Instinctivement la phrase de mon père me revint : «on finit toujours par payer ses fautes». La mort de mon patron me secoua et remua plein de remords. Si je continuais sur cette voie, j’allais me damner comme lui.

Alors je décidais de laisser cette vie et d’essayer de vivre avec ma petite femme en paix tout en espérant être pardonné un jour de mes péchés. Cette dernière qui était si bonne et si pieuse recevait cette nouvelle comme une aubaine, une délivrance. Mais avant de tourner définitivement la page, j’allais à Niongolor pas loin de Fatick où le maire avait une maison. C’est là-bas qu’il traitait toutes ses affaires louches et surtout où il cachait son argent reçu de la contre bande. J’y étais allé deux jours après sa mort pour m’accaparer de tout. Personne ne connaissait cette cachette en dehors de moi, son homme de main. Il me fallait  protéger mes arrières.

Bref j’étais dans mon lit en train de réfléchir à ce que j’allais faire avec cette somme astronomique que je volais au patron. Je me demandais aussi si je ne devais pas en verser un peu à la famille ou encore à cette petite Aicha. Vu comment elle attirait la colère de la famille au troisième jour, je doutais qu’elle reçoive sa part de l’héritage.  Hi, cette petite devenait une vraie bagarreuse. Alors que je m’apprêtais à partir, je le vis descendre avec une valise, suivie de sa mère qui tenait une autre. Il y avait plus grand monde à part la famille surtout les sœurs qui se préparaient pour une cérémonie de je ne sais pas quoi. Elle posa sa valise et venait dire au revoir. Coumbis fut la première à se lever et à s’offusquer. Au début Aicha essaya d’être polie et de lui expliquer qu’elle voulait juste aller chez sa mère pour se reposer. Mais Coumbis ne lui laissa même pas le temps de finir et commença à faire un grand scandale. Imperturbable, la petite resta debout la regardant droit dans les yeux et lui répondit : « Par respect pour Codou et ses enfants, je ne ternirai pas l’image de ton frère en disant le monstre qu’il a été. Ma consolation est qu’il sera bien rôti en enfer avec son gros tas de merde. Quant à moi, je n’ai plus rien à faire ici avec des hypocrites mal placés ». Hê, si une mouche passait, elle allait sûrement atterrir dans la bouche de Coumbis. Aicha n’attendit pas que Coumbis se remette du choc, elle quittait déjà la maison. Le lendemain, les sœurs de mon défunt patron lancèrent une opération de diabolisation extraordinaire à l’encontre de la petite. On entendait du tout : qu’elle fut surprise avec un homme, qu’elle n’était pas vierge, que patron était mort de chagrin d’amour, que la petite volait tout son argent et qu’il le sut….. Tout y passait, hi les femmes sont méchantes . Coumbis allaient jusqu’à mentir dans un journal anonymement. Aujourd’hui toute la ville croyaient dur comme fer que cette pauvre petite était un monstre alors que non. La seule solution pour cette famille était de partir et d’essayer de refaire sa vie ailleurs et pour ça je devais les aider. Mais comment ? J’étais dans ces réflexions quand mon portable se mit à vibrer. Numéro inconnu.

Je ne trouvais pas le sommeil cette nuit-là, surtout qu’Ami boudait la chambre pour la première fois depuis notre mariage qui date de deux ans. Elle était la seule famille qui me restait, en plus elle portait notre enfant. Ami ne me donnait jamais un ultimatum, juste des reproches quand je revenais la  nuit de mes missions. Etais-je prêt à renoncer à elle pour un boulot qui tôt ou tard allait me conduire en prison ou me causer la mort.

Le lendemain, je me réveillais avec les idées plus claires. Oui, il était tant pour nous de partir. C’était à cet instant qu’elle entra dans ma chambre.

Elle souriait de toute sa dentition et tapait les deux mains en sautant comme une enfant. Ensuite elle vint m’enlacer et les choses partirent vite. J’étais chaud à cet instant-là quand cette femme sortit une phrase qui me refroidit de suite.

Malick : Le mariage 

Je n’arrive pas à croire que je me marie aujourd’hui. Normalement cela devait être le plus beau jour de ma vie mais bizarrement je manque d’entrain, je ne ris pas et ne m’amuse autant que je devais le faire. Peut-être que c’était juste le trac pour cette nouvelle vie à deux, je ne sais pas. En tout cas quand je vis tant de joie autour de moi, je me dis que je devais moi aussi me détendre et profiter de cette belle fête. D’ailleurs, je me demandais où ma mère avait trouvé autant d’argent pour organiser une telle fête. Toute la famille peul était au grand complet, du Fouta, en passant par Matan, jusqu’en Guinée. Là d’où je m’asseyais, je me choquais de voir autant de monde Billahi. Et dire que je voulais un mariage des plus simples. La maison était archicomble et ma sœur me disait que chez Abi, il y avait trois tentes dehors. Non les femmes, elles sont juste extraordinaires. Je jurais de ne pas dépasser un million pour la dot. Ma mère voulait que j’en donne deux alors ça nous pris deux jours pour être d’accord. Finalement, voyant que je ne capitulais pas, elle abandonna. Deux jours plus tard, on me demandait 500 000 francs pour l’habillement d’Abi. Trois jours après, je déboursais encore pour une petite fête entre guillemets pour mes tantes et autres qui venaient à la maison.  Une petite fête, avaient-elles dit. Il y avait presque cent personnes, incroyable. Pourquoi organiser quelque chose ici alors que le mariage se passait chez Abi. Avec ça on veut que l’Afrique se développe. Peut-être quand les poules auront des dents.

Boum boum boum faisait mon cœur. Ils éclatèrent tous de rire.

Je souriais sans le faire exprès, c’est vrai que j’avais hâte de goûter au miel. Depuis cette fameuse nuit-là, sa mère ne nous laissait plus seuls. C’est fou comme la nature de l’homme est complexe, il suffit que l’on vous interdise quelque chose auquel vous n’avez jamais prêté attention pour qu’elle devienne une obsession. Je commençais à l’appeler beaucoup plus, à lui voler des bises quand je restais une seconde avec elle. Des sentiments commencèrent à jaillir jusqu’à ce que j’apprenne la mort du maire de Fatick. Tout de suite je pensais à Aicha, au fait qu’elle était maintenant libre. Pendant une semaine l’envie fou de l’appeler ne cessa de me tirailler. Jusqu’au jour où dans un journal on titrait à la Une : Les vraies raisons qui ont causé la mort du maire de Fatick. La personne qui racontait l’histoire était très proche de la famille, disait-on. Elle disait que le maire était mort parce qu’un homme riche voulait lui prendre sa dernière femme et que celle-ci demandait le divorce. La personne disait ensuite que Wade tira même sur le fameux homme d’affaire, les ayant surpris au lit. Par amour, il était prêt à la pardonner mais la femme demanda le divorce pour rejoindre son amant. Je n’avais pas l’habitude de croire en ces journaux people mais je vis, ce jour-là, Aicha monter avec ce Wilane, je lisais dernièrement cet autre article qui disait que Wilane avait été hospitalisé pour deux jours dans une clinique. Trop de coïncidences, les choses devenaient trop tordues à mon goût alors je tournais définitivement la page Aicha et je me concentrais sur mon mariage.

Il était presque vingt-deux heures, j’étais dans la voiture et j’attendais Moustapha qui devait me voler ma femme. Les tatas là ne me laissaient pas le choix avec leurs protocoles à n’en plus finir. Une demi-heure plus tard, j’étais toujours dans la voiture à attendre, et puis merde, j’allais la chercher. Je me cachais juste derrière la maison et au moment où je la contournais, je vis trois silhouettes courir vers moi.

Quand nous arrivâmes, je lui tendis une chemise de nuit et elle alla prendre sa douche en me souriant. Elle me connaissait tellement que dès fois, nous n’avions pas besoin de parler. Je m’empressais de jeter quelques pétales de fleurs sur le lit, d’allumer des bougies un peu partout et de parfumer la chambre. Je voulais que cette nuit soit inoubliable pour nous deux surtout pour elle qui allait découvrir pour la première fois les plaisirs de la chair. Quand elle sortit avec sa belle chemise de nuit rose, je souriais, finalement je ne regrettais pas mon choix.

Une heure plus tard quelle désillusion. Je m’asseyais à côté d’elle et lui demandais.

Silence. « Rien n’est plus blessant que d’être déçu par la seule personne que jamais tu n’aurais pensé qu’elle te ferait du mal » pensais-je. Là je me sentis détruit.

A ces mots, je sortis de la chambre, il fallait que je marche, que je m’aère l’esprit. Mon Dieu, y avait-il dans cette vie  une femme vraie ?  Abi connaissait mon histoire avec Chantale, ma première fiancée. Elle savait que je vivais avec elle comme mari et femme alors que je ne l’avais pas encore épousée. Même si je détestais les femmes frivoles, Abi savait que la virginité n’était pas un truc primordial. Moi qui avais déjà tellement de mal à croire à une femme. Elle venait de détruire complétement le peu qui restait de mon espoir envers elles. Finalement elles sont toutes pareilles : calculatrices, menteuses, manipulatrices, cachotières, et j’en passe, plus fourbe les unes que les autres.

Je connus Chantale à ma première année de droit et tout de  suite ça a accroché. Nous sortîmes ensemble trois ans et il était question de mariage. Je ne l’aimais pas mais je finissais par m’attacher à elle.

Un jour, je la surprenais en plein ébat avec mon meilleur pote de France. Le pire était que ces deux-là venaient juste de me raccompagner à l’aéroport. Seulement, pour je ne sais pas quoi, on reportait mon vol pour le lendemain. Dire qu’elle devait me rejoindre une semaine plus tard pour que je lui présente mes parents. Je crois que c’est à cette période que je commençais à briser des cœurs jusqu’à ce que ma sœur tombe enceinte.

Je marchais pendant des heures dans les rues de Dakar pour essayer de comprendre. Je croyais que quelque part dans ce monde, m’attendait une femme à qui je pourrais donner tout mon amour. Une femme avec qui je partagerai tout sans aucune condition, sans tabou ni calcul ; un amour sincère, sans artifice. Aujourd’hui Abi venait de me confirmer que ce n’était qu’un rêve et que maintenant, je devais revenir à la réalité.

A lire chaque lundi….

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 9 : Retrouvailles« ]

5 ans plus tard

Christelle entra dans la pièce le sourire aux lèvres et nous tendit sa main où il y avait quelques pièces.

La faim n’est pas bien, elle fait monter la tension, l’hypertension et même la crise cardiaque. Lol !

Je me levais, prenant les pièces d’argent et me dirigeais d’un pas décidé vers la porte. Quand on meurt de faim, on ne fait pas de caprices. Je me tournais vers elles.

Tout le monde acquiesçait sauf Sophie qui répondit encore par un grand chipatou.

Nous n’avions que 200 francs, et avions acheté du riz que nous avions alors préparé en bouilli. Moi, je n’eus rien à mettre car je ne rentrais pas à la maison le weekend dernier ; je croyais que les bourses allaient être payées le lundi comme promis. Du coup, depuis mardi, c’était débrouille avec les filles. Je pris les sous et partis sans plus attendre à l’épicier, de toute façon nous n’avions pas le choix. De plus, avec le temps, on s’habituait à partager ces pauvres repas entre nous.  C’était le quotidien des étudiants quand les bourses tardaient à être payées et que nous n’avions plus les moyens de nous payer des tickets restaurant : biscuit, thiéré (couscous mil) ou guerté thiaf (arachides chauffées au fourneau).   Sauf peut-être pour Sophie et Inesse qui, grâce à l’argent des hommes, mangeaient la plupart du temps dans les restaurants. Malheureusement, pour Sophie, ces temps-ci, son commerce était au plus bas. Son plus généreux donateur est mort il y a deux semaines, il avait 78 ans. Le deuxième était en voyage depuis un mois et le troisième avait la main coupée. Elle sortait avec ce dernier uniquement parce qu’il l’invitait de temps en temps au restaurant. Comme beaucoup de filles au campus, Sophie faisait du ‘mbarane’ pour survivre, moi je dirais plutôt de la prostitution déguisée. C’est vrai que la vie estudiantine était très dure mais ce n’était pas une raison pour se vendre. Dans ce campus, nous étions nombreux à avoir des parents pauvres ou qui vivaient à des milliers de kilomètres. Nombreux venaient de contrées lointaines ou même de la banlieue pour poursuivre un rêve : décrocher un diplôme, travailler et sortir ses parents de la misère. Donc c’était avec peu de moyens et d’expérience que nous venions ici pour décrocher un quelconque diplôme. Seulement, nous ne nous préparâmes pas à une épreuve aussi dure. Car, l’Université Cheikh Anta Diop, c’était la jungle. Pour réussir, il fallait avoir plus qu’un cœur de lion.

Ça me prit un mois pour me trouver un endroit où dormir. Au début, je devais rentrer tous les soirs aux Parcelles Assainies où nous habitions depuis la mort du maire. Dès fois, j’arrivais chez moi à 21heures le soir alors que je devais me réveiller à 4 heures du matin le lendemain pour repartir ; car il fallait arriver tôt à l’amphithéâtre si on voulait avoir une place. L’université, conçue au départ pour environ 2 000 étudiants, en était à près de 100 000. Certains restaient debout pour prendre leurs cours. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises.

D’après la politique du campus, on octroyait aux meilleurs élèves une chambre alors je ne comprenais pas pourquoi j’en avais pas, vu mes notes au bac. D’après mes camarades, aujourd’hui, la plupart des chambres s’achètent. Bref, je cherchais un moyen d’en avoir une parce que je n’en pouvais plus de ces allers-retours infernaux. Je dépensais l’argent de mes parents, beaucoup d’énergie et de temps dans les cars. Il me fallait un hébergement et vite. Rougui avec qui je sympathisai depuis le début me présenta à Inesse avec qui elle partageait la chambre. Au début Inesse refusait de m’héberger vu qu’il y avait déjà quatre filles dans la chambre mais Rougui lui fit comprendre que j’avais un bon niveau en anglais et que c’était une aubaine pour elles. Le contrat signé, je les aidai dans les cours et autres et en retour elles m’hébergeaient. C’est ainsi que j’intégrai Claudel, le dortoir des filles de l’université de Dakar. Claudel abritait 5000 étudiantes, bien plus que la limite des 1 400. Au début, mon plus gros problème était la nourriture car étant une gourmande, je ne supportais pas le fait de zapper le petit déjeuner à cause des longues files d’attente dans les restaus. Soit je me levais très tôt pour faire partie des premiers dans les rangs, soit j’arrivais en retard. Finalement je zappais ce repas.

Certes, il existait de nombreux magasins alimentaires et restaurants privés autour du campus, mais ils étaient beaucoup trop chers pour moi. Papa me remettait 5000 francs tous les weekends mais entre le transport, les multiples photocopies et autres, il me restait à peine de quoi me nourrir pour trois jours. Les jeudis et vendredis je me rabattais vers les biscuits à 100 francs. J’avais une bourse de 28 000 francs ; quand elle arrivait avec du retard ça servait plus à payer les dettes contractées chez les filles. Malgré tout cela, j’étais heureuse car je faisais ce que j’aimais le plus : étudier. Aussi j’aimais la culture universitaire qui était bien ancrée avec ce riche brassage de nationalités. Mes camarades venaient de toute l’Afrique et ce métissage était plus qu’intéressant.

Bref, cette année je passais ma licence 1 en Sciences Juridiques. Avant, je voulais m’inscrire à la faculté de lettres vu que j’aimais beaucoup la littérature contemporaine. Mais après ce que j’ai vécu, je m’inscrivis en droit. L’envie de défendre les opprimés m’était chère après mon expérience. En même temps, je m’inscrivis en LEA (langues étrangères appliquées). Le cursus eut pour but de nous former dans deux langues distinctes et dans le secteur économique.  Avec ces deux diplômes à la poche, impossible de chômer, en tout cas, je le pensais au moment de mon inscription, trois ans auparavant. Malheureusement ici au Sénégal, c’est le bras long ou la promotion canapé qui vous permet de trouver un stage.  Je déposai ma demande de stage dans tous les coins et recoins de la ville et rien, nada, zéro coup de fil alors que certains de mes camarades qui n’arrivaient même pas à aligner deux phrases commencèrent dès la fin des examens. C’était décourageant. Heureusement, que j’étais une passionnée car les études étaient ma bouée de sauvetage. Elles  me permirent d’aller de l’avant, d’oublier. Sans stages, ce serait comme toutes ces années, c’est-à-dire passer mes vacances à apprendre les cours de l’année à venir. Oui c’est comme ça que je faisais pour avoir de l’avance. Mes camarades me disaient que c’était impossible, aujourd’hui, ils s’étonnent de ma réussite. Je travaillais beaucoup, matin, midi, soir. Je ne me reposais jamais, ni les week-ends, ni pendant les fêtes scolaires ni pendant les grandes vacances. Apprendre était devenu ma priorité, ma raison d’être. Je devais réussir pour mes parents qui se sont  sacrifiés pour moi.

Ma vie changeait complétement après la mort du maire. Du jour au lendemain nous avions déménagé, changé de nom et d’identité, une renaissance totale. Après le scandale que j’ai fait au deuil, Coumbis la grande sœur du maire se vengea en me vilipendant dans les médias. Ma mère n’osait plus aller au marché, mon père, avec son champ détruit, restait aussi à la maison prétextant qu’il n’était plus cultivable mais moi, je savais qu’il avait honte de sortir. Enfin, Menoumbé perdit son travail. Dans la maison, c’était la tristesse et la désolation totale jusqu’à la visite de Gnangue, l’homme de main de mon défunt mari. Il s’enfermait presqu’une bonne heure avec mon père. Quand il sortit enfin, il me dit adieu et me souhaita d’être heureuse. Comment ? Voulais-je lui répondre. Après cela, les choses se passèrent très vite, mon père partait le lendemain à Dakar pour revenir trois jours après avec une nouvelle des plus surprenantes. Nous devions faire nos bagages car nous allions déménager dès le lendemain vers la capitale. Papa vendit la maison à Gnangue et voulait prendre un nouveau départ après toutes ces histoires. Mon frère et moi, nous sautions au plafond, ma mère, quant à elle, paniquait. La seule chose que je trouvais bizarre, c’était nos changements de noms. Quand on interrogea mon père, il répondit que c’était pour complètement tourner la page. Maintenant, Papa s’appelait Ibrahima Ndiaye, Maman Oulimata Ndiaye, mon frère Mohamed Ndiaye et moi Fanta. Franchement Aicha était plus joli comme prénom. Fanta résonnait pour moi la boisson, ish. Bref, nous avions pour destination les Parcelles Assainies, une des banlieues les plus populaires de Dakar.

Au début, nous ne nous sentions pas chez nous, perdu dans notre appartement minuscule au troisième étage. Tout avait changé, le décor, les gens, les bruits, l’exiguïté des maisons, les petites rues, un vrai labyrinthe ce quartier. Nous nous adaptâmes rapidement à cette nouvelle vie banlieusarde où tout le monde se connaissait. Avec nos voisins, on sentait vraiment la légende téranga (hospitalité) sénégalaise. Menoumbé se retrouva très vite des copains, moi je me recroquevillais sur moi-même, ne sortais que pour aller au marché, préparer le repas, faire le ménage etc… Je ne savais pas combien Papa vendit la maison mais deux semaines plus tard, il ouvrit une grosse alimentation. Même ma mère avait une petite place pour continuer sa vente de tissu.  Mon frère quant à lui travaillait pour papa, ce qui n’était pas de son goût. C’était lui qui s’occupait de tout ce qui était stockage et achat de nouvelles marchandises. Il était devenu responsable du jour au lendemain. Tous les soirs je voyais mes parents avec leurs machine à calculer compter les entrées et les sorties d’argent. Entre les loyers de la boutique et de l’appartement, les factures d’eau et d’électricité et la dépense quotidienne, les dépenses étaient plus nombreuses que les bénéfices. Alors on commença à se serrer la ceinture. Quelques fois j’insistais pour que ma mère vende les quelques bijoux en or que je reçus de ce bref mariage mais elle refusait disant que c’était pour moi. Effectivement, les bijoux me permirent plus tard de payer mes trois premières années d’inscription à l’université et aussi, d’acheter un ordinateur portable et tous les livres et autres dont j’avais besoin. L’année prochaine je n’aurai pas de quoi payer mon inscription et aucune société ne reprenait contact avec moi pour me proposer un stage, il me fallait vite une solution.  Je me tournais vers Sophie en souriant :

On repartait pour une dispute. Heureusement que le portable de Sophie sonna et qu’elle s’empressa de courir vers le dehors pour répondre. C’était sûrement Moustapha vu son sourire. Dix minutes plus tard, elle revenait en sifflotant, il fallut vite profiter de son humeur joviale pour lui poser mon problème.

Encore une dispute, hé maama miya ces filles vont me tuer avant mon heure. Je fis sortir Rougui de la chambre pour éviter une bagarre. Dix minutes plus tard, je revenais sans elle pour essayer encore une fois d’amadouer Sophie. Je n’eus pas le choix, je me rabaissais car il me fallait ce stage. Je la retrouvai au téléphone et d’après la mine qu’elle afficha, elle n’était pas contente.

Parlait-elle de moi ? Une minute plus tard, elle raccrochait et à ma grande surprise, m’affichait un grand sourire. Christelle fit non de la tête.

Hi diam (la paix). N’y compte même pas.

Cette dernière fit une grimace et  replongea dans la lecture. Je me levai pour prendre mes affaires et aller à mon endroit préféré : la bibliothèque. Mais je me demandais comment étudier avec mon ventre qui gargouillait.

Je m’asseyais auprès d’elle ne sachant pas quoi dire. Je savais qu’elle n’avait pas un sou sur elle mais ce n’était pas là une raison pour être à fleur de peau depuis quatre jours.

Je me demandai si les larmes qu’elle venait de sortir tout à l’heure étaient vraies. De toute façon, si le gars s’intéresse à moi, ce ne sera que de courte durée, dès qu’il verra Inesse, si elle vient, il m’oubliera complètement. Parce que cette fille était une bombe dans le vrai sens du terme. Inesse faisait 1,75 m, taille de guêpe, teint clair, yeux de biche… Tous les regards se tournaient sur son passage même ceux des femmes.

Il était 19 heures quand Sophie me convainquit de l’accompagner. Seulement il nous fallut presque deux heures de temps pour nous mettre d’accord sur ma tenue. Cheuteuteute bilay les femmes se fatiguaient, trop de chichi gnagna pour se faire belle et pour qui : ces monstres que l’on appelait homme, chipiripe, tchiam.

Quand nous sortîmes de Claudel, il était vingt-et-une heure passé. Sophie donna rendez-vous à son mec à quelques mètres de là parce qu’elle n’avait pas les moyens de se payer un taxi. Pour elle, c’était facile, mais pour moi, marcher avec ces talons était un vrai parcours du combattant. Devant Just For You, Sophie se parfuma encore.

Affolée, elle se tamponna le front et tenta de sortir son petit miroir. J’éclatai de rire et la tira de force vers l’intérieur, hors de question de rester debout encore une minute avec ces talons de 20 cm. C’était avec ces récriminations et ma moquerie que nous entrâmes dans ce restaurant bar bien tamisé avec une belle décoration discrète. Dire que j’ignorais cet endroit qui était à cinq minutes de l’université. Alors que je me perdais dans la contemplation des lieux, Sophie me lançait son coude.

Nous traversâmes le resto pour aller au coin VIP. Sophie tendit chaleureusement son bras à un homme qui se dépêchait de nous rejoindre. Il était de teint noir, taille moyen, et très mince pour un homme. En tout cas pas aussi beau que le décrivait Sophie, juste moyen moyen. Ici il n’y avait pas grand monde et la déco était plus douillet, moins excentrique et très discrète.

Malick ? Mon cœur fit un grand bon dans ma poitrine comme à chaque fois que j’entendais le nom de mon premier coup de cœur. Il y en avait tellement de Malick, ce n’était pas lui, me disais-je. Mais j’allais vite déchanter car plus je m’approchais du petit salon au fond hyper tamisé, plus je reconnaissais ces yeux de braises, marqués à jamais dans mon esprit. Malick Kane, en chair et en os, mon Dieu. Toujours aussi élégant : chemise noire, pantalon kaki et chaussures noires. Assis nonchalamment sur un des deux canapés, les jambes croisées, il nous regardait venir vers lui sans bouger d’un iota. Mon cœur battait à mille à l’heure, non 10 000 à l’heure, l’air me manquait et je sentais que j’allais défaillir. Quand nous arrivâmes à sa hauteur et que son ami nous présenta, il restait assis, sans aucun sourire et le visage crispé. Il était sûrement aussi surpris que moi mais dans son regard, il y avait quelque chose de dure.

Il plissa les yeux et se leva de toute sa hauteur. J’oubliais à quel point il était imposant ; et son sourire charmeur qui le rendait irrésistible. Contrairement à Moustapha, il se baissa un peu pour faire la bise à Sophie.

Oh sa voix, rauque, sensuel, provocateur. Qu’arrivait-il à Aicha. Quand il se tourna enfin vers moi, je lui tendis de suite ma main en sursautant comme une enfant. Il le prit en inclinant un peu la tête avec un sourire. Ce petit sourire mimique qui rétrécissait ces yeux et lui donnait encore plus de charme. Il se pencha tout de même pour me faire la bise comme avec Sophie. Je restais glacée comme un statut. Il déposa la bise, non sur ma joue, mais bien sur mon cou: vrivrivrim, un courant de la tête au pied. Une petite bise à la fois si sensuelle et si intime. Je ne savais pas quoi dire ni quoi faire moi, qui d’habitude, était si agressive avec les hommes. Devant lui, j’étais une crème glacée qui fondait sous le soleil ardant de midi.

J’étais sûre qu’il entendait les battements de mon cœur. Nous nous regardâmes les yeux dans les yeux, sans rien ajouter.

Malick se tourna vers son ami comme si lui aussi venait de se souvenir d’eux. Comme autrefois, nous nous déconnections du monde pendant un court instant. Comme la première fois, je ressentis devant lui les mêmes émotions fortes, électriques et  intenses. Les jambes en coton, je me dépêchais de m’assoir avant de flancher. Comme si de rien il n’était, il s’asseyait à côté de moi, beaucoup trop près de moi. Je me décalais de vitesse, déjà que j’arrivais à peine à respirer. Il éclata de rire avant de me lancer.

Elle me lançait un regard interrogateur mais moi je ne pouvais pas parler. J’avais un chat à la gorge.

Son « n’est-ce pas » là était plein de sous-entendu

Je suis dans la merde, pensais-je, j’oubliais complètement ce détail.

Déjà que sa présence me perturbait, et son parfum enivrant, et ce regard oh, il voulait me tuer ou quoi. Malick leva les mains en signe repentir et recula un peu. Moustapha éclata de rire et nous regardait, ce qui détendit un peu l’atmosphère.

C’était partie pour une soirée bizarre où le copain de Sophie me posait des multitudes de questions sur ma vie professionnelle et privée. J’avais l’impression qu’il faisait ça pour son ami et moi je répondais par monosyllabe. Malick quant à lui, ne parlait pas, et reprit son air détaché, adossé, un bras tendu sur le haut du canapé et sirotant un cocktail de fruit. Peut-être le vexais-je ? Tant pis pour lui. Sophie quant à elle, n’arrêtait pas d’envoyer des messages.

Ah bon ? Voulais-je dire en regardant Sophie qui me fit un clin d’œil. Ha d’accord, Inesse arrive, on ne veut plus de moi ici. Mais je ne voulais plus partir. C’était là le problème. Le serveur arriva et déposa le poulet rôti devant moi. Au moins j’avais mon dîner, en tout cas, ça sent hyper bon.

Avant, je pris le risque de lancer un coup d’œil à Malick qui continuait d’adopter son comportement bizarre. J’avais trop faim pour cogiter sur sa réaction et même si cet homme m’intimidait au plus haut point, devant la nourriture j’oubliais. Trois jours que je n’avais pris qu’un seul repas, je ne privais donc pas comme Sophie qui fait la sophistiquée avec sa fourchette et son couteau. Je ne dépliai même pas mon torchon. Je pris le pain et c’était parti, je ne respirai pas en mangeant, une vraie sauvageonne. Avec ce petit plat, le quart de mon ventre ne remplissait pas, j’avais encore plus faim. Enervée, je repensai au prix affiché sur le menu : 19 000 francs, je pouvais nourrir un régiment avec cette somme-là. Je  me tournais vers Sophie qui ne toucha pas à son plat et qui me fusillait du regard. Je lui sortis mon plus beau sourire en regardant son plat. Là Moustapha éclata de rire jusqu’à se tenir le ventre. Malick le suivait de près. La honte.

Si ça continuait, il allait être collé à moi et alors là, je serais complétement à sa merci. Pourquoi avec lui je n’arrivais pas à me rebeller, j’étais-là stoïque et complétement hypnotisée par son regard, ses lèvres roses, son allure, sa voix…STOP Aicha Ndiaye, commencétigua (tu recommences ?) me disait une voix intérieure. Pourtant à l’université on m’appelait Zena la guerrière avec toutes ces gifles retentissantes que je donnais à tous ces hommes qui m’approchaient. Au Parcelles assainies, on m’appelait l’inconnue parce que je ne sortais jamais de l’appartement. Quand mon frère emmenait un de ses amis, je devenais tellement exécrable avec le mec en question qu’il sortait en courant de la maison. C’était comme ça avec les hommes sauf Malick.

Je sursautais, depuis quand était-il si collé à moi, mon cœur reprit la chamade. Sauvée ! Le serveur me déposa un gros plat rempli de poulets avec à côté frites et sauces. En supplément, un plat de salade aux crevettes offert par la maison. J’étais toute heureuse avec mon plat à moi toute seule mais cette fois, je pris mon temps. Une demi-heure plus tard, je finissais en prenant soin de laisser trois frittes et un bout de poulet. Il fallut bien sauver les apparences.  Ce fut à cet instant qu’arriva Inesse dans sa belle robe noire hyper moulante. Comme toujours, tous les regards se tournèrent vers elle. Dire qu’en partant de Claudel j’avais hâte qu’elle nous rejoigne. Là maintenant je n’en savais plus rien. L’idée que toute l’attention de Malick allait se concentrer sur elle ne me plaisait pas.

Sophie s’empressait de faire les présentations en me faisant signe de me pousser un peu. Mais je n’eus pas le temps de répliquer, Inesse me poussa et se fit une place entre Malick et moi. Avant de se tourner vers moi :

Waw waw waw, que se passait-il, pourquoi sortait-elle les griffes ? Elles se donnèrent le mot, pensais-je. C’était quoi ce programme de prévu ? Ces filles étaient vraiment dangereuses, il fallait le voir pour le croire. Mais moi on ne m’écrase pas, plus maintenant.

Elle bafouilla quelques mots incompréhensifs en me regardant à la fois horrifiée et en colère. Shhiipp, elle n’avait pas à me provoquer. Je me levais la laissant sur place et me dirigea vers les toilettes. J’avais effectivement besoin de me laver les mains. Dans les toilettes, je me posais la question de savoir si je devais rester ou pas maintenant qu’Inesse était là. J’avais très envie de rester pour Malick. Je ne pouvais le nier, cet homme était le seul à briser cette barrière que je me fis après le décès du maire. C’était dans cette réflexion que je sortis des toilettes pour femmes. Quelqu’un me tenait le bras. C’était Malick et je n’aimais pas trop la façon dont il me regardait ou bien si, je ne savais plus. Il fit un pas en avant, j’en fis un en arrière. Aucun son ne sortit, juste des regards qui en disaient long sur ce qu’on pensait.  Je reculais jusqu’à ce que mon dos touche le mur.

Il était si proche que je sentais son souffle sur moi. Qu’attendais-je pour le pousser et m’enfuir. Peut-être à cause de ces délicieuses lèvres qui s’entrouvraient, de cette odeur à la fois musquée et enivrante, et ces yeux oh. C’est clair, je suis foutue.

Ce murmure me fit encore plus d’effets que son regard posé sur mes lèvres.

Boum, il me prit la bouche comme un lion qui bondit sur sa proie. Il m’embrassa comme si sa vie en dépendait et moi je répondais, perdue dans ces bras. Pour la première fois, je découvrais le goût du baiser, hoo, délicieux. Tandis que sa langue pénétrait au plus profond de ma bouche, ses douces mains me prodiguaient des caresses inouïes, me plaquant encore plus sur lui. Tout mon corps tremblait alors que ses muscles tressautaient. Je sentis un déferlement d’émotions et de sensations. Comment pouvais-je me laisser autant aller avec un homme que je connaissais à peine et surtout dans le couloir d’un restaurant. A cette pensée, je sursautais et le repoussais. Tous les deux, nous reprîmes nos souffles et nos émotions tout en continuant de nous regarder dangereusement.

A ces mots, il tourna les talons me laissant sans voix. Je voyais un regard de haine avant qu’il ne se retourne comme si de rien n’était pour rejoindre les autres. Le choc était si fort que je m’agenouillais, ne supportant plus mes jambes. Il avait raison, il fallait vraiment être une femme légère pour se laisser embrasser comme ça par un homme que tu viens à peine de revoir après cinq ans. Qu’est-ce qui m’a pris ? Mon frère me le disait, devant cet homme, je perdais tous mes moyens. Je me sentis humilier par ce qu’il venait de me dire. Il me fallait quitter cet endroit, fuir ce prédateur qui brouillait tant mon esprit. Quand je sortis et que je vis Inesse bien recroquevillée dans les bras de Malick, alors je sentis que je n’avais vraiment plus ma place ici.

A lire tous les lundis

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 10 : Nouvelle vie« ]

«Ce n’est pas la récompense qui élève l’âme, mais le labeur qui lui valut cette récompense», Multatuli

Obsession : Malick

Ce soir quand je l’ai aperçue, dans cet ensemble de pantalon blanc, j’ai failli suffoquer de surprise. Pourquoi Dieu me met autant à l’épreuve ?  Il m’a fallu tellement d’énergie et de temps pour oublier cette fille et maintenant que c’est fait voilà qu’elle réapparait subitement. Elle est devenue une femme et quelle femme. Avant qu’elle n’arrive à notre place, j’ai regardé chaque centimètre et chaque mouvement de son corps. Elle est plus belle et plus désirable que dans mes souvenirs. Que dire de ses formes généreuses, sa démarche plus sure et royale. Elle a tressailli quand elle m’a reconnu, j’ai vu plein de message défiler dans ces yeux. Mais j’ai été surpris quand elle a voulu jouer avec moi à la sainte nitouche. Elle trompe toujours les hommes avec son comportement naturellement innocent d’où le fait qu’elle soit très dangereuse. En la rejoignant dans les toilettes, j’ai voulu lui faire tomber les masques et je l’ai réussi.
La revoir a complétement chamboulé mon esprit. Cinq ans que l’on ne sait pas revu et j’éprouve toujours cette forte attraction que j’avais quand je l’ai rencontré. Comment expliquer le fait que je déteste cette femme plus que tout au monde et qu’à fois que je la vois je ne peux empêcher cette envie folle de me jeter dans ces bras. Hier je lui avais volé une bise, aujourd’hui je l’ai embrassé, j’ai touché à son corps, j’ai senti ses vibrations. Ce contact m’a achevé, c’était au-delà de ce que je me suis imaginé, au-delà de mes rêves. J’ai ressenti une telle émotion que j’en tremble encore. C’est la première fois que ça m’arrive, je ne peux même pas expliquer ce que je ressens tellement c’est fort. Et je me déteste encore plus de l’avoir touché, d’avoir gouté à ce délice. Comment faire maintenant pour oublier le gout d’une telle luxure. Je crois que dans cette démarche je me suis brulé les ailes car elle a ouvert un désir inassouvi. Ce baiser a allumé un  feu que seule Aicha peux éteindre.
–    A quoi tu penses, assis seul dans ce canapé ? Je me tourne pour voir Abi devant la porte du salon, moitié endormie. Elle a vraiment grossi, pensais – je, en la détaillant du regard dans sa chemise de nuit légère qui montre son corps si généreux. Ma femme est devenue une vraie drianké (femme à forte corpulence).
–    A rien de spéciale…
–    Et ta soirée ? Je sens une note de colère dans sa voix.
–    Nulle, ce n’est plus de mon âge de sortir dis – je en me levant.
–    Tu n’as que 37 ans Malick, il y a des hommes beaucoup plus vieux qui sortent tous les soirs.
–    C’est peut – être parce qu’ils ne sont pas heureux et qu’ils cherchent un refuge.
–    Et toi, est – ce que tu es heureux. Il y a de l’amertume dans sa voix, de la tristesse aussi. A qui la faute. Je n’ai pas envie de polémiquer, pas ce soir alors je lui mens.
–    Oui je suis heureux sinon je ferais comme Moustapha, sortir presque tous les soirs.
–    Tu ne sors pas mais tu n’es jamais à la maison. Tout le temps dans tes dossiers et je ne sais pas quoi.
–    Ce sont ces dossiers-là qui te font vivre. S’il te plait Abi, je suis fatigué alors viens on va aller se coucher. Elle ouvre la bouche pour parler mais je lui fait une bise suggestive et l’entraine dans la chambre.
Trente minutes plus tard, je me couchai, fatigué après avoir fait l’amour de la manière la plus intense qu’il soit. Et tout ce temps je n’ai pensé qu’à Aicha, au fait que s’était-elle dans mes bras et pas Abi. C’est la première fois que ça m’arrive et j’en ai un peu honte.
–    Si c’est comme ça que tu me fais l’amour à chaque fois que tu sors, alors je veux bien que ça soit tous les soirs. Je lui rends son sourire et essaye de fermer les yeux histoire de faire semblant de dormir. Je ne savais pas quoi lui répondre. Si seulement elle savait.
Le lendemain, je me réveille vers 11 heures. Ça fait longtemps que je n’ai pas fait de grâce matinée, c’est normal, je n’ai pas dormi de la nuit. Devinez pourquoi ? Shuupp. Quand je me lève pour aller prendre mon bain, je vois une petite valise. C’est vrai ! J’avais complétement oublié mon voyage sur Paris, c’est une première. Abi prends très à cœur son rôle de femme. A chaque fois que je me réveille, tout est prêt pour moi. C’est peut – être pour ça que je ne lui en ai pas voulu pour longtemps son mensonge. Comme elle dit, elle avait peur de me perdre et je lui ai laissé le bénéfice du doute. Avec elle, j’aurai pu être le plus heureux des hommes mais je lui reproche d’être plus marié à ma famille qu’à moi. Au début de notre mariage, cela m’avait plus de la voire si complice avec ma mère, mes sœur et  badiène (sœur de mon père). Elle était allé jusqu’à me convaincre d’agrandir la maison familiale au lieu de construire une maison ailleurs. Alors j’ai rajouté un étage avec deux grands appartements. Ma mère était aux anges. Mais au fur et à mesure ça à commencer à me gonfler car elle passait plus son temps à vouloir leur faire plaisir. Alors elle s’était embarquée dans un énorme gaspillage et ce que je lui donnais par mois ne suffisait plus. Toujours, à vouloir préparer un repas pour telle tante, tel oncle, ou encore à essayer de régler les problèmes d’argent de ma famille. Donc tout le temps, elle me demandait de lui dépanner alors qu’à cette période, j’étais en pleine investissement avec le cabinet d’avocat que j’avais ouvert. Comme elle connaissait ce que la banque m’avait prêté, elle n’arrêtait pas d’en redemander. Elle allait jusqu’à mettre ma mère au courant de mes états financiers ce qui était encore source de problème puisque plus gaspilleuse que ma mère tu meurs. C’est comme ça que j’ai commencé à être cachotier avec elle et même méchant. J’avais confisqué la carte bancaire que je lui avais donné, elle ne connaissait plus mes états financiers et j’ai loué le second appartement que j’avais construit parce qu’elle était pris d’assaut par la famille venant de partout pour y habiter. J’acceptais d’aider de temps en temps mais de là à les entretenir, il en était hors de questions.  Alors on a commencé à me traiter de tous les noms d’oiseau. Que j’étais un toubab, que dama siisse (je n’aime pas le partage) et que nous étions en Afrique avec ces réalités. Il y a une différence entre partager et prendre en charge. Plus elle s’entêtait dans cette logique de partage, plus je me braquais. Au final, à chaque fois que je rentrais et que je trouvais du monde chez moi. Je repartais dormir à l’hôtel. Quand elle a compris que je ne blaguais plus alors elle a arrêté et heureusement pour elle parce que j’étais prêt à la quitter. Elle tombait enceinte à cette période et depuis elle n’a pas arrêté. En cinq ans elle a accouché trois fois. Deux garçons et une fille. J’étais plus qu’heureux par ces merveilleux bouts de chou qu’elle m’a donnés. Abi a arrêté de trop en faire avec ma famille et moi, j’ai essayé alors de devenir le mari et le père idéal.
Un an après la naissance de mon premier enfant, les affaires ont commencé à décoller. Le succès de mes procès m’ont permis de décrocher de gros clients. Travail forcené ou coup de chance, j’ai gagné deux énormes procès qui m’ont rapporté des centaines de millions. J’ai agrandis mon petit cabinet et en 3 ans, je suis passé de 5 employés à 30. Aujourd’hui, je suis le directeur général de N&K Association avec plus de 200 employés car ayant fusionné avec l’un des plus grands cabinets du continent. Bref je suis devenu riche plus que je ne l’aurai espérais. Ainsi je voyage beaucoup, investis dans plusieurs secteurs et surtout je suis hyper débordé, aucun répit. Contrairement à ma vie privée, celle professionnelle est très débordante. Cela me permet de combler ce vide que je ressens des fois car j’aurai tellement voulu partager ma passion, mes envies et mes secrets avec quelqu’un. Mon portable sonne, je regarde Moustapha, je grimace avant de décrocher sachant à quoi m’attendre.
–    Salut mon pote.
–    Va la – bas, tu es vraiment un fou pour laisser passer une si belle fille. Non vraiment Abi te tient.
–    Peut – être, qui sait.
–    Non franchement toi tu déconnes quoi. Qu’est – ce qui t’a pris de nous planter en pleine milieu de la conversation.
–    Je n’ai pas aimé cette façon qu’elles avaient à dénigrer Aicha alors qu’elles se disaient amis.
–    Donc c’est ça, holà, j’ai vraiment raté un truc moi. C’est vrai qu’Aicha ou Fanta est jolie, mais à côté d’Inesse, elle fait mauvaise figure.
–    Je te la laisse parce qu’elle ne m’intéresse pas Moustapha. Tu sais très bien que la beauté ne fait pas parti de mes critères de sélection. En plus je ne suis pas toi, le badigeonnage n’est pas mon truc.
–    Comme tu voudras. Par contre je voudrais savoir ce qui s’est passé là-bas dans les toilettes.
–    Rien.
–    A qui d’autre.
–    Je ne peux pas nier qu’elle m’attire mais cette fille n’est pas bien alors mieux vaut que je m’en approche pas.
–    Tu en es sure mon frère, peut être que tu te trompes. Qui sait ! A cet instant, Abi arrive dans la chambre.
–    Bof, laisse tomber. Il faut que je te laisse bye. Je raccroche et appel ma secrétaire. Abi me sort mes habits tout en regardant sa montre comme si elle était pressée de quelque chose.
–    Bonjour Suzanne ! Tu as pu trouver un interprète pour le dossier Vini.
–    Non pas encore mais j’ai payé pour une annonce de demain au journal Walfadjri. Dès mardi je commencerai les entretiens.
–    En plus des fuites, je paye une fortune pour la traduction des dossiers, alors je voudrais que tu me règles ce problème au plus vite. Il y a déjà deux piles qui sont en instance. Dès jeudi je voudrais que la première me parvienne par e-mail.
–    Jeudi, donc cinq jours. C’est impossible monsieur.
–    Rien n’est impossible, depuis le temps, tu aurais dû trouver un bon interprète pour les dossiers du cabinet. Maintenant nous avons perdu un procès à cause de cette agence d’interprète qui a vendu les copies à notre adversaire.
–    Ce n’est pas de ma faute.
–    Jeudi pas plus dis – je en raccrochant. Abi me regarde avec désapprobation.
–    Oui je sais mais il faut bien que je décharge ma colère quelque part. Si tu veux, je peux changer de cible. Elle lève les mains en disant
–    Hi moi je ne veux pas d’histoire dé. Elle sort une grande robe de thioup.
–    Où est – ce que tu vas encore ?
–    Tu ne te rappelles pas le mariage de ton cousin Badou.
–    Shiiipppp. Tu sais que je pars ce soir et pour une fois que je reste à la maison, tu sors.
–    Aye Malick, j’ai déjà promis à ta mère de l’accompagner. Déjà que tu n’y vas pas, la moindre chose est que je te représente.
–    Ce Badou-là, je ne me rappelle même pas de lui et tu veux que j’aille à son mariage. En plus il est en Italie, vous les femmes avec vos fêtes. Je me lève encore plus énervé ;
–    Tu vas où là.
–    Au bureau puisque je risque de rester seule ici vu que tu as amené les enfants chez ma sœur sans me demander mon avis.
–    D’accord tu as gagné, je vais appeler ta maman pour lui dire.
– Surtout pas, elle ne va encore en faire tout un plat. Bye. Je sors de la maison sans plus attendre. C’est une des raisons qui fait que je me sens seul au monde. Au Sénégal, si tu ne te fais pas violence, tous les jours tu iras à une fête et c’est ce que Abi fait, tout le temps : baptême, mariage, deuil, conférence…. Ha les femmes, tu fermes une porte, elles ouvrent une fenêtre. J’avais lutté fort pour que ma maison ne soit pas un centre de sdf mais elle s’est rabattu dans les fêtes familiales jusqu’à nous délaisser moi et ses enfants. Je n’ai pas eu la force de combattre encore contre elle alors je la laisse faire. Finalement elle est mariée à la famille rék.

L’examen : Aicha
Aujourd’hui c’est le dernier jour de nos examens. Je pars de chez moi, la boule au ventre. Oui je suis rentrée aux Parcelles car j’ai eu une violente dispute avec Inesse. Elle me reproche d’avoir fait capoter sa relation avec Malick avec la bourde que j’ai lancée. Elle ne s’intéressait même pas à lui avant de savoir que le gars est le patron de Moustapha. Ah les filles, elle m’a carrément chassé de la chambre alors qu’elle n’y dort jamais. J’ai failli lui tenir tête en restant comme me l’avait demandé Rougui mais la tension était palpable et moi j’avais juste envie de m’aérer l’esprit avant l’examen final. J’avais tellement révisé, ces derniers jours que je sentais le surmenage pointer. Alors dès le lendemain, j’ai envoyé un message à mon frère pour qu’il m’envoie par wari 1000 fr pour le transport. Je suis restée tout le dimanche couchée à penser à ce qui s’était passé. Revoir Malick m’a plus qu’ému, ça m’a complétement bouleversé. Il n’avait pratiquement pas changé à part le fait qu’il avait pris un peu de poids. Ce qui lui allait trop bien même, car cela ressortait ces fossettes quand il riait. Aussi il y avait quelque chose de plus noir dans son regard comme s’il était en colère. Contre moi peut – être. Autrefois, il dégageait tant de charisme qu’il intimidait tout ce qu’il entourait. Aujourd’hui, j’avais remarqué que cela avait augmenté et que tout en lui été pouvoir et attraction. C’est pourquoi quand il m’a embrassé, je me suis laissé faire car je le voulais ; oui j’en avais plus qu’envie. Maintenant je le regrette tant. Comment j’ai pu être si légère et si consentante dans les bras de cet ? Un vrai mystère pour moi. C’était la première fois que je sortais, la première fois que je me laissais embrasser. A croire que je suis une vraie bleue comme dit Astou.
Rougui me tend la main et s’approche de moi en courant.
–    Tu as vu l’heure il est presque huit heures. On se voit tout à l’heure. Bonne chance !
–    A toi aussi. L’examen se passa bien, j’ai été parmi les premières à sortir le sourire aux lèvres. Rougui me suivit de très prêt en l’enlaçant l’épaule.
–    Je voulais t’avertir avant que nous entrions qu’il y a une société qui cherche un interprète pour ces dossiers. Je t’avais dit de regarder les annonces il y a toujours des propositions d’emplois. C’est l’idéal pour toi.
–    Je ne sais pas Rougui, tu crois qu’ils vont prendre une personne aussi inexpérimentée que moi. Je n’ai même pas de cv puis que je n’ai jamais eu de stage.
–    Baliverne, personne n’est plus doué que toi pour traduire un texte, en plus c’est un cabinet d’avocat. Plus elle parlait plus j’avais l’eau à la bouche.
–    Hé copine tu me fais rêver .
–    Viens avec moi et tente ta chance. Vu le cabinet si tu réussis à le décrocher tu n’aurais même pas besoin de continuer les études avec le salaire qu’ils vont te proposer.
–    Ça veut dire qu’il y aura surement que des experts qui vont se présenter. A côté je ne suis rien.
–    Guiss gua (écoute). Les entretiens ont commencé depuis huit heures mais j’ai appelé et on m’a dit que ça finit à 16 h donc à toi de voire. Ton plus grand problème c’est ton manque de confiance. Tu n’as pas entendu ce que le professeur a dit : tu as un niveau de master. Comme moi, tu ne perds rien à aller faire cet entretien.  Elle se retourne en colère et se dirige vers la sortie du campus. Je reste dix seconde sur place avant de m’élancer et de la rejoindre de toute façon dans la vie qui ne risque rien n’a rien.
A notre descente du bus qui avait fait plus d’une heure de route à cause des embouteillages monstrueux dans chaque recoin de la ville, nous courront comme des folles dans les rues de Sandaga pour rejoindre la place de l’indépendance ou se trouve l’immeuble du cabinet N&K Association. Nous arrivons complétement essoufflés et en sueur. J’achète un sachet d’eau de 50 frs que je m’asperge le visage et le donne à Rougui qui en fait de même. Elle sort son parfum de marché chinois là et nous entrons dans l’immeuble priant qu’il ne soit pas trop tard. Devant la réceptionniste, nous lui disons pourquoi nous sommes là et elle nous toise de la tête au pied avant de nous indiquer un chemin. C’est vrai qu’avec nos jeans délavés et ces body bon marché, il se peut fort que l’on nous renvoie avant même de nous recevoir. Dans l’ascenseur, je me tourne vers Rougui.
–    On aurait dû porter quelque chose de mieux avant de venir ici.
–    Oui mais ce matin en allant à l’Université  nous ne savions pas que nous allions atterrir ici alors…. Quand l’ascenseur s’ouvre devant un monde fou de personnes de tous âges habillées de la plus chique des manières, je me mobilise.
–    Il n’est pas trop tard pour rebrousser chemin chuchotais-je à Rougui.
–    Garde la tête haute et suit moi. Elle sort comme une guerrière et moi je la suis comme son chaton. Elle se dirige tout droit vers une table ou se tenait une jeune femme.
–    Bonjour madame, excusez-nous d’arriver si en retard mais notre examen a fini un peu tard ajouté à cela l’embouteillage de…
–    Vous êtes des étudiants ? On fait oui de la tête, elle sourit. Et vous pensez que vous pouvez réussir cet entretien ? Avez-vous lu l’annonce ?
–    Oui madame et je vous assure que nous avons assez de compétence pour faire ce job. Elle remue la tête en souriant avant de nous tendre chacune une fiche. Vous avez dix minutes pour remplir la fiche par ce qu’on clôture les dépôts de candidat à 15h 15.  Nous sortons rapidement nos stylos et nous plongeons direct dedans. Nous n’avions pas où nous assoir puisque la salle était hyper bombée, alors nous nous agenouillons par terre et commençons à remplir. Dans la fiche, on nous demandait, nom et prénom, adresse et numéro de téléphone. Ensuite on nous montre une image d’une jeune femme bouleversée dans une rue avec plein de gens et on nous demande de décrire en anglais ce que l’on voit. On se regarde en même temps en ouvrant les yeux et nous nous y plongeons. Il n’y avait pas de temps à perdre. 15h 14, nous tendons nos feuilles, je ne sais pas pour Rougui mais je ne me suis même pas relu.
–    Allez-vous assoir et priez qu’ils les prennent nous dit – elle en se levant et nous souriant encore. En tout cas elle est très chaleureuse contrairement à la réceptionniste d’en bas. Les formulaires à la main, elle entre dans un bureau où j’eu le temps de voire deux femmes et un monsieur. Il ne blague pas dé.
–    Hé Fanta dans quoi nous nous sommes embarqués.
–    Dans la gueule du lion. Une minute plus tard la femme accueillante ressort en nous faisant signe de nous approcher.
–    Ils étaient en train de faire le classement quand je suis entré et j’ai dû les convaincre pour les prendre. Seulement quand je vois vos tenus, je doute que même si vous êtes pris pour cette étape, que vous passiez l’autre. Ils ont presque fini alors allez-vous assoir. La boule au ventre, nous nous prenons les mains et attendons notre sentence.
L’Assistante: Suzanne (travaille avec Malick KANE)

J’étais énervée quand Mamie est entrée avec d’autres formulaires alors que je lui avais dit de clôturer les dépôts. Elle me répondit innocemment qu’il restait une minute encore et que les filles qui avaient déposé lui rappelaient trop ses débuts, les pauvres. M.  Diouf pouffa de rire en lui tendant la main, moi je me replongeais dans le tri. Sur les 38 formulaires, j’en ai pris que 9, M. Diouf 4, lui  est vraiment plus sévère 4 seulement, quant à Madame Muzindusi elle prit 12.
– Bon je crois que je vais ajouter ses deux aux quatre que j’ai prises.
– Ah bon, c’est bien comme ça tu te rapproches plus de nous parce que tu en as beaucoup éliminé. Au fait, tu en avais combien de formulaires ?
– Je ne sais pas peut – être ton double.
– Je sais que tu es le seul professeur agrégé dans cette salle mais tu ne penses pas que tu es trop sévère.
– Non, juste qu’ils sont hyper nuls c’est tout.
– Bon allons-y, ils doivent commencer à s’impatienter vu l’heure.
Je sors et commence à appeler les noms retenus. Quand je prononce celui de M. Diouf et que j’appelle les deux derniers noms de sa liste, je vois deux jeunes filles s’avancer vers moi souriant avec leurs trente-deux dents. Dans mon anglais impeccable, je leur demande comment oses – telle se présenter aussi décontracté dans un entretien de boulot. L’une d’elle qui semblait être la plus timide me répond en hésitant. Avant qu’elle ne parle, dans ma tête c’était sure que je n’allais pas les recevoir mais son accent et sa diction est si parfait que l’on aurait cru que parler à une anglophone. En plus dans tout ce qu’elle m’a débité il n’y avait aucune faute, aucun mot de travers. Je m’efface de la porte les laissant entrer. Il y avait 27 candidats retenus pour le premier test. Le deuxième était un interrogatoire en anglais concernant leur parcours professionnel, leur vie privée et surtout combien de temps était – il prêt à sacrifier pour le boulot. Cela se passa très vite car pour être sévère Mr Diouf l’est. Un vrai Tiran, il y en a qui n’ont même pas fait une minute d’interrogation. C’est peut-être parce qu’il sait différencier ceux qui parlent l’anglais en traduisant le français ou ceux qui le parlent directement. Bref nous en avions prix trois et il ne nous restait que les deux étudiantes.  L’une se présenta avec un petit Cv montrant qu’elle avait fait deux fois un stage d’entreprise alors que dans l’annonce on stipulé que la personne devait avoir au moins 3 ans d’expériences professionnelles et son dicton n’était pas au top contrairement à l’autre.
–    Nous sommes un grand cabinet et nous ne pouvons-nous permettre de prendre une personne inexpérimentée. Je vous conseille d’aller trouver du boulot dans les agences d’interprète avant de postuler pour ce genre de boulot. Si votre amie est dans la même situation que vous, ce n’est pas la peine qu’elle vienne.
–    Mon amie à un niveau trois fois plus élevé que le mien et je suis sûre que vous ne trouverez plus meilleur qu’elle madame. Je la regarde sans rien dire, juste surprise qu’elle m’est répondue.
–    Est – ce que votre amie s’appelle Anta Ndiaye.
–    Oui monsieur !
–    Alors qu’elle vienne. Je regarde M.  Diouf l’interrogeant du regard.
–    Dans les formulaires, elle m’a fait la meilleure description sans faute d’orthographe ni de grammaire alors je voudrais l’écouter si tu n’y vois pas d’inconvénients. J’acquiesce finalement la tête, il a été mon professeur à l’université alors….En venant vers nous, je remarquais qu’elle ne tenait rien entre les mains. J’espère que ce n’est pas ce que je pense.
–    Sit – down please dis – je d’un ton très sévère. L’entretien commença et ce que je craignais se confirma. Elle n’a jamais eu de stage ni travaillé dans une entreprise. Je me tourne vers M. Diouf en croisant les mains, il parle avec elle pendant au moins cinq minutes avant de se tourner vers moi et de dire ok. Bizarrement, je ne suis pas surpris parce que franchement elle a répondu avec rapidité aux questions qu’il lui a posées. Je lui demande de patienter dans le couloir. Elle hésite à partir avant de dire à l’adresse de M. Diouf.
–    Je suis très honorée de vous avoir rencontré. J’ai lu vos deux tomes sur la complexité de la langue et je dois dire qu’ils m’ont beaucoup aidé dans mon apprentissage.
–    Et cela se voit.
–    Merci mademoiselle Ndiaye. J’attends qu’elle sorte pour attaquer. M.  Diouf souriait de toutes ses dents.
–    Je vois qu’elle t’a bien charmé.
–    Arrête ton côté trop formel et concentre toi sur l’essentiel. Tu n’as pas entendu, cette fille a un très bon niveau et elle idolâtre mes écrits contrairement à d’autres. Nous éclatons de rire.
–    C’est une bleue dans ce métier, même si son dicton impressionne, je ne peux pas prendre le risque de…
–    Quand j’ai travaillé avec toi, malgré mon doctorat, il m’a fallu six mois pour comprendre le jargon des avocats ce qui fait que tu me corrigeais tout le temps dans les tournures de phrase. Ce qui ne sera pas le cas pour cette fille puisqu’elle a une licence en droit. Si moi j’ai eu des difficultés pour ça alors imaginent avec les autres même s’ils ont un cv bien rempli. Madame Muzindusi lève la main avant de parler.
–    En plus de cela, elle est jeune et est la seule parmi les quatre à ne pas être marié car pour bosser avec ton patron, il faut beaucoup d’énergie et de temps. M.  Kane est un maniaque du boulot, c’est pour cela que moi aussi je suis parti parce que mon mari risquait de me quitter. Il y a des dossiers, qui même  s’ils sont rares, demande une disponibilité totale. Il nous arrivé d’être au bureau jusqu’à deux heures du matin donc. Je lève les mains, parce que quoi qu’on dise, ils avaient raison. Ils ont travaillé respectivement avec moi et ont quitté au bout d’un an. Nous fumes obligés d’avoir recours à des agences et ont dépensé des fortunes pour cela. En plus avec la fuite d’un dossier impossible de continuer sur ce terrain.
–    Même si cette fille est la plus libre pour ce job, je ne suis pas pour autant convaincu. Ce que je veux savoir c’est qu’est-ce qu’on va faire pour les départager ?
–    Je te propose de leur faire traduire un dossier classé et qui ne soit pas confidentiel. Ils devront le rendre demain à la première heure.
–    Hum excellente idée. Que le meilleur gagne.

Dans le mille : Aicha


Nous sommes sortis de l’immeuble presque vers 19 h. J’étais désolée que Rougui n’ait pas pu aller plus loin. En même temps, je me demandais comment j’allais faire pour traduire un dossier de 52 pages.
–    Pour un entretien, c’est un entretien dit Rougui en regardant le dossier que j’avais en main. Si tu réussis à franchir cette dernière étape, tu imagines le salaire que tu vas décrocher. Tu as vu l’immeuble et comme les gens sont hyper habillés, ça sent le luxe à plein nez.
–    Ne rêvons pas trop, tu as vu ce pile, en plus tu as entendu un des filles retenues, des professionnels de haute gamme. Je ne serais jamais pris….
–    Fais juste ce que tu as à faire et le reste on verra, même si tu ne crois pas en tes capacités, moi si, alors cette nuit, je vais te tenir compagnie et tu vas tout finir. D’accord ?
–    D’accord ! Elle avait parlé avec tellement de détermination qu’il m’était interdit de ne pas y croire. Nous sommes arrivées au campus vers 20 h et quelques. J’ai bipé papa et quand il m’a appelé je lui tout expliquer. Il était aux anges et jurait qu’il allait prier pour moi. Ragaillardie, je prenais un bon café au citron et commençais le boulot. Heureusement que les deux vipères n’étaient pas là puisqu’elles étaient parties fêter la fin de leurs examens. Plus je traduisais les textes, plus j’étais en confiance car ce n’était pas aussi dur que je le pensais. Il m’arrivait de buter un peu sur des mots mais Rougui et Estelle étaient là avec leurs dictionnaires et leurs ordinateurs. Franchement sans elles je n’aurais jamais fini à temps et il est quatre heures du matin quand tout fut traduit. Nous étions mortes de fatigue. J’ai relu le tout pour finir à 5h 30 en corrigeant les fautes. Walaahi , si je ne suis pas prise, je pète un câble.  Je prends une douche et à mon retour les filles me tendent une belle robe droite pour le dernier entretien et me prête 2 000 F CFA pour prendre un taxi. Les bourses étaient disponibles.
Avant de partir, je fais ma prière du matin minutieusement ensuite j’apprends le coran jusqu’à 7h. Je me maquille un peu, prend mon portable  et c’est parti. En route, ma mère m’appelle, me disant qu’elle a prié toute la nuit avec papa et me souhaita bonne chance. J’ai été très émue. Je suis arrivé en avance de 10 minutes. Les autres sont venus petit à petit, le mine défait, l’air moins sure qu’hier. Alors que j’étais assis à la salle d’attente, ils ont un à un donné deux piles distincts, bien agrafés et dans des chemises de bureau de couleur différente. Mon clignotant d’alarme commença à sonner. Je m’approche de la femme qui nous avait permis hier de faire l’entretien. Quand je lui explique avec beaucoup de gêne ce que je voulais, elle me sourit et me tend une clé me demandant d’y mettre le dossier. Je m’exécutais sans plus attendre et cinq minutes plus tard elle le dépose avec les autres en me faisant un clin d’œil. Je crois Dieu est vraiment avec moi pour m’avoir mis sur mon chemin une femme aussi compréhensive. Je fais un cœur avec mes doigts à l’encontre de la femme et elle sourit encore de plus belle.
–    Shhhhiiiipppp, vous n’êtes pas dans une maison de charité. Ce n’est pas en faisant la mendicité que l’on va vous prendre. Vous manquez de professionnalisme et d’expérience  donc vous perdez juste votre temps, dit une des femmes.
–    Je suis sûre qu’elle a été pistonnée par celle – la dit l’autre femme.
–    De quoi avait vous peur, c’est juste une étudiante qui a un bon niveau mais qui j’en suis sûre, ne sera pas prise. Alors laissait la tranquille dit l’homme du groupe. A cet instant la dame qui avait failli me renvoyer hier entra. Elle était de teint noir, taille petite, un peu potelet avec de grosse lunette de myopie. Elle nous salut chaleureusement et entra dans la salle de conférence. Elle fut rejointe quelques minutes plus tard par ces autres collègues et le compte à rebours commença. J’étais si pressé que je sentais que j’allais avoir la diarrhée d’une minute à l’autre. Vers dix heures le téléphone sonna faisant sursauter presque tout le monde. La dame décroche et avant même qu’elle ne raccroche son sourire me fit comprendre que j’étais prise.
–    Mlle Ndiaye, vous êtes priés de bien vouloir entrer, on vous attend. Quant aux autres, la direction vous remercie de votre collaboration et vous contactera si nécessaire. J’étais toujours resté assis ne croyant pas à ce que je venais d’entendre. J’ai juste entendu deux shipatou et le monsieur qui me félicitait. Pourquoi les femmes ne sont pas bonnes joueuses.
–    Eh ma petite, vous venez. Je me décide à me lever, le cœur battant très fort. Devant la dame, je m’arrête.
–    Merci beaucoup madame, sans vous je ne serais pas…. Le téléphone sonne encore, elle me fait signe d’y aller. Dès que j’entre dans le bureau c’est des applaudissements que je reçois.
–    Alors franchement je suis bluffé, même si vous n’aviez pas été prises ici, je vous aurais engagé dans mon agence dit M.  Diouf.
–    C’est vrai que vous avez fait du bon boulot, 5 fautes en tout, incroyables alors que vous êtes seulement en licence. Professeur Diouf en avait fait 3 et moi onze dit la dame dont je n’avais toujours pas le nom. Avec tous ces éloges et le stress accumulés depuis hier, j’ai craqué. Sans le faire exprès, mes larmes sont sorties.  On me tendit un mouchoir que je me dépêchais de prendre, les mains tremblantes. On me félicita encore avant de me laisser seule le temps de me remettre de mes émotions. Seule la dame de forte corpulence et qui devait avoir l’âge de ma mère revint dans la salle. Elle déposa devant moi une feuille ou on avait écrit CONTRAT.
–    C’est votre CDD, la durée est de un an renouvelable. Aujourd’hui, vous pouvez vous reposez car avec vos cernes, je devine que vous n’avez pas dormis de la nuit. J’acquiesce de la tête. Un gros travail vous attend dès demain car nous avons beaucoup de dossiers en instance. Moi, c’est madame Coulibaly, vous travaillerez en grande partie avec moi. Etant l’assistante de direction, je suis très busy donc vous aurez à vous seule la traduction et moi je me contenterais de finaliser les dossiers. Vos horaires sont de 8H à 17 h avec une heure de pause déjeuner. Votre salaire est fixé à 400 000 pour l’instant, elle peut atteindre le double avec les heures supplémentaire parce que vous en aurez beaucoup surtout les jours qui vont venir. Je me pince pour savoir si je ne rêve pas. Elle a dit quoi comme salaire ? HOPELEW, ma tête danse le mbalakh. Elle se lève en me tendant la main. Ce que vous portez aujourd’hui, est bien par contre, hier, c’était inacceptable. Nous sommes la vitrine de l’entreprise donc nous nous devons d’être au minimum corrects dans nos habillements et comportements. J’aurai voulu vous faire visiter mais j’ai beaucoup de travail de retard à cause de cet entretien. Bienvenu dans notre équipe dit – elle avec un dernier sourire avant de disparaitre. Elle semble être quelqu’un de très souple. Vu comment elle se déplace si rapidement avec ces talons hauts. En sortant du bureau je remercie fortement la femme qui m’avait aidé. Elle me dit qu’elle est la réceptionniste générale et que c’est elle qui achemine tous les appels et courriers dans toute l’entreprise. Elle me souhaita la bienvenue et je partis m’engouffrer dans l’ascenseur. Dès qu’il se ferme, je laisse sortir ma joie. Vous vouliez voire le mbalakh pure et dure, tout y est passé : thiéboudieune, mborohé, tiakhagoune, même le coupé décalé j’y ai touché.
J’ai failli déchirer la robe de Christelle. Dès que je sors, j’achète seddo (crédit) 200 F CFA et j’envoie un message aux filles avant d’appeler papa. Je voulais qu’il soit le premier au courant. Quand je lui dis, il crie en appelant maman, celle – ci en fait de même avec Menoumbé et c’était parti. Personne n’écoutait personne juste des cris de joie, je ne me souciais même pas des passants. Crédit fini. Papa me rappelle et je lui dis que j’arrive dès que je prends ma bourse.
A Claudel aussi, c’était le même spectacle avec les filles, plus hystériques les unes que les autres, les pas de danse, oh. Nous étions comme des singes qui venaient de prendre un bain. Enervée, Astou se réveilla avec de gros shipatou, c’est normal elle n’avait pas dormi de la nuit.
–    Vous allez vous taire oui, de vrais sauvages, shim.
–    Ne t’inquiète pas. Regarde-moi bien, c’est la dernière fois que tu me vois ma belle.
–    Tu vas nous quitter alors ? demande Rougui un peu triste parce que je viens de dire.
–    Oui. Là je parle d’abord avec mes parents pour voir comment faire car d’après ce que Mme Coulibaly m’a dit, il y aura des jours où je descendrais très tard. Donc je ne peux pas habiter aux Parcelles, c’est trop loin. Je vous tiendrais au courant de tout. On fit ensemble nos bagages c’est toujours comme ça, après les examens, nous rentrons dès le lendemain chez nous. Le contraire bien sûr d’Astou et d’Inesse. Ces filles vont finir mal, bilay. Après nos au revoir, je récupère ma bourse et prend un taxi  car avec tous mes affaires récupérées, je ne peux pas me permettre de prendre un bus.
Dès que j’ai déposé mes affaires, je suis allé à la boutique impatiente de les retrouver. Quand je suis arrivé encore le même scénario, accolade, cris danses, surtout lorsque  j’ai dit le salaire. Menoumbé s’est transformé tout de suite en griot. Noooonn, il m’a fait trop rire en imitant Ablaye Mbaye Pèh.
Une heure plus tard, ma mère m’amena dans une boutique de prêt à porter puisque je lui avais parlé de ce que Mme Coulibaly m’avait dit côté vestimentaire. A voir comment elle salut et parle avec la dame de la boutique, elle le connait bien. Hi maman est une vraie dakaroise maintenant.
–    Je te présente ma fille, tu ne l’as jamais vu dé, maahalla diangue rèk taloul dara (tout le temps elle est dans les études, elle n’a de temps pour rien).
–    Santal Yallah (remercie Dieu). Aujourd’hui les jeunes n’apprennent plus, ils croient que l’argent se …
–    Tu as vendu tous les habits que je t’avais donnés.
–    Non, il en reste deux.
–    Montre les mois. Elle part et moi je regarde ma mère d’un œil interrogateur.
–    Ma fille, je sais que tu voulais plus avoir de souvenir de ton mariage avec le maire, c’est pourquoi tu m’as donné tous ces habits pour que je les offres. Mais tu sais que nous ne sommes pas assez riches pour nous permettre cela alors j’ai tout amené au pressing et je l’ai donné à mon ami pour qu’elle vende tout. Je n’ai pas pris l’argent lui disant qu’un jour, tu auras surement besoin d’habits et ce jour-là est arrivé. Je mets ma main sur ma bouche, hè ma mère. Son ami revient avec une taille basse et robe en basin. Ma mère m’a demandé de choisir dans la boutique ce qui me plaisait, le temps qu’elles fassent les comptes. Nous avons quitté la boutique un peu tard avec 8 jolis ensembles. Ma mère a un peu grogné car pour elle son ami l’a trompé, moi j’étais dans ma petite bulle. Mon père nous a accueillis avec pleins de festivités. Il avait mis la main à la poche pour fêter ce succès et je dois dire qu’on s’est régalé. Nous avons parlé d’une possibilité de déménagement mais finalement il a jugé bon que je trouve un petit studio plus près de la ville vu que j’allais descendre tôt. La seule condition était que je vienne à la maison tous les week-ends et que je l’appelais tous les soirs à la rentrée. Mon père avait confiance en moi et savais que sortir et m’amuser n’était pas mon truc.
Toute excitée à l’idée que j’allais commencer une nouvelle vie, je partais me coucher, le cœur léger. C’est là que j’ai vu 6 appels manqués d’Astou et deux d’Inesse. Qu’est – ce qu’elles me veulent encore ces chignons. Je ne rappelle même pas. Couchée, je n’arrive pas à trouver sommeil. Mon portable sonne, je regarde, encore Astou, il est une heure du matin.
–    Qu’est-ce que vous avez à m’appeler comme ça, criais – je.
–    Comment tu as fait ?
–    Quoi ?
–    A quel moment lui as-tu donné ton numéro ? Ou bien, tu es directement allé à son bureau. Non, tu es trop forte chérie. Méfies-toi de l’eau qui dort athié.
–    Je ne comprends rien de ce que tu dis là. Donner mon numéro à qui, à quoi ?
–    Tu peux tout dire mais je ne croirais jamais que le hasard puisse te faire embaucher comme interprète du chef de mon petit ami que je t’ai présenté la soirée passée. Vip vip vip vip (les battements de mon cœur qui s’accélèrent). Je me lève du lit et me rassois de suite. Je sais que son copain travaillait dans un cabinet d’avocat mais je ne connaissais pas le nom.
–    Allo ?
–    Attends une minute, comment s’appelle le nom de la société où ton copain travaille?
–    Ne joues pas avec moi . N&K Association.
–    Wouye sama ndeye (Oh mère)…

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 11 : Conflit« ]

Partie Malick

Je suis au Cameroun depuis dix jours et j’ai hâte de rentrer demain pour rencontrer la fameuse traductrice. Sans elle, je n’aurais jamais pu gagner cette affaire. Viny corporation est une grande société de transit gérée par un fils qui a pris le flambeau, après la mort du père fondateur.  Une banque a profité de sa naïveté et de son manque d’expérience pour lui faire des prêts qu’il ne pourra jamais payer au délai  imposé. Seulement lui, ne le savait pas à cette époque et il a fait recours à mon cabinet pour être  défendu. Un abus de confiance évident puisque la banque à utiliser pleins d’astuces pour induire mon client en erreur. Le professeur  Niang, malgré son temps très chargé, m’a sauvé sur ce coup en aidant Suzanne dans la traduction du dossier. Le succès du cabinet a monté en flèche ces deux dernières années et j’ai été envahi d’un coup par une clientèle anglophone alors qu’avant je n’en avais qu’une ou deux. J’ai été surtout  bluffé par la rapidité de la nouvelle traductrice. Tous les jours, j’avais des éléments nouveaux que j’envoyais à Suzanne et à ma grande surprise elle me les renvoyait une heure plus tard, même si c’était le soir. Elle m’a dit que cette femme travaille jusqu’à 20h le soir et qu’elle est toujours la première à arriver sur les lieux. Elle a ajouté que je serais surpris de voir le travail abattu à mon retour.

Là,  je fais mes bagages, tout heureux d’avoir fait une bonne négociation en faveur de mon client. La banque a fini par accepter une négociation sachant qu’elle allait droit à la perte avec toutes les preuves que j’avais.

Je regarde encore une fois ma montre, il est presque 22h, ce qui veut dire que je serais au Sénégal vers les coups de minuit. Je me demande ce qu’Aicha fait en ce moment ? De quoi tu te mêles, me dit une voix intérieure. Depuis une semaine, malgré mon emploi du temps chargé, elle n’a pas cessé d’occuper mes pensées matin, midi, soir. J’ai connu tellement de femmes mais c’est la première fois que je ressens une si intense émotion en posant mes lèvres sur les siennes, en caressant son corps. Cela va au-delà du désir charnel. Elle réveille tant de chose en moi et je me mets à me détester d’avoir des sentiments si forts pour une femme aussi légère.

Arrivé à la maison, les lampes du salon étaient allumées. Je ne savais pas qu’Abi était noctambule. A ma grande surprise, je la retrouve avec au moins quinze  femmes, d’à peu près son âge, en train de parler de leurs exploits aux lits avec leurs maris.

– Moi mon mari, je l’ai attaché sur mes reins. Il exécute tout ce que je lui demande. Djiguène dafaye khadiam (une femme doit avoir pleins d’astuces) pour. ..

– Je croyais que ton voyage était pour trois semaines au moins.

– Il y a eu un arrangement entre les deux parties. Donc ma maison se transforme en hawaré (rencontre) durant mes absences.

– Ce n’est pas ce que tu crois.

– Et qu’est-ce que je dois croire ?

– Ca a été improvisé à la dernière minute. C’est juste une soirée entre amies.

– Hum, Bonne soirée alors.

– Tu es fâché ?

– J’ai arrêté d’être fâché quand j’ai compris que ni mon avis et ni mes désirs ne comptaient pour toi alors…

– Ne dis pas ça s’il te plaît… je fermais la porte de la douche sans attendre ses explications. De toute façon, au point où nous en étions, nous étions mari et femme juste par devoir rien d’autre. Je ne savais rien d’elle et vice-versa. A part les enfants, il n’y avait rien qui nous lie.

Je me suis réveillé le lendemain très tard, il faut dire  que ces temps-ci je n’ai  dormi que trois heures par jour. Donc j’avais vraiment besoin de combler cette panne d’oreiller.

Je suis arrivé au bureau vers treize heures  et j’ai directement foncé au bureau de Mouha.

Partie Aicha

Je joue avec ma cuillère depuis cinq minutes. D’habitude, je finis mon assiette en moins de deux ; mais aujourd’hui rien ne passe. Depuis que Mme Coulibaly m’a annoncé l’arrivée de Malick aujourd’hui, j’ai la boule au ventre. J’ai travaillé comme une forcenée ces dix derniers jours pour montrer ma compétence. Et ça avait porté ses fruits puisque Mme Coulibaly m’a dit que le patron avait appelé spécialement pour montrer sa satisfaction et que c’était grâce à moi qu’il avait gagné l’affaire Viny. En plus, il y avait beaucoup de boulot en instance et j’ai été obligée de rester jusque tard pour avancer et aujourd’hui j’ai presque fini. J’ai vu une ou deux fois son ami venir manger au resto ; mais heureusement pour moi, il ne m’avait pas remarqué.  J’espère qu’après tout le boulot que je me suis tapée, il ne va pas me renvoyer quand il saura que c’est moi la fameuse traductrice.

Quand j’entre dans mon bureau, je regarde autour de moi, thièye c’aurait été trop beau pour être vrai. La première fois que Mme Coulibaly m’a amené ici, j’ai cru que c’était une blague. Table en demi-cercle, fauteuil en cuir, tellement confortable qu’on pouvait y dormir, une gigantesque armoire en bois massif et je ne parle même pas de la vue paranoïaque. C’est normal, j’étais au 15ème et dernier étage. J’allume l’ordinateur et le  clim, je crois que c’est ce qui va me manquer le plus, déjà que je commençais à avoir un beau teint avec cet air si frais. Le premier jour quand Mme Coulibaly est venue me voir pour s’enquérir de mes nouvelles, elle m’a trouvée complètement frigorifiée. En fuyant la honte de demander comment diminuer le froid, je me le suis tapé. Elle en a ri jusqu’à en pleurer. C’est vrai qu’avec les dents qui claquaient, je ressemblais à une souris. Je régige rapidement ma lettre de démission, prends mon sac, regarde une dernière fois le bureau de mes rêves avant de refermer la porte à clé. Entre mon bureau et celui de Malick, il y avait juste une grande salle de conférence qui nous séparait. Mme Coulibaly était juste en face de moi et au milieu il y avait un grand couloir où était aménagé un joli espace visiteurs avec un petit bureau au coin pour  Fadel le réceptionniste. D’ailleurs j’ai beaucoup sympathisé avec lui.

Ishe, il se prend pour qui même ?

Partie Suzanne l’assistante de direction

C’est le claquement très fort de la porte de mon patron qui me ramène à la réalité. Je me tourne vers Fadel qui est aussi surpris que moi.

En dix jours seulement, elle m’a complètement conquise. Je crois que Dieu a entendu mes prières. Elle a tout ce dont  j’ai besoin comme collaboratrice : assiduité, rapidité, politesse, efficacité et surtout disponibilité totale. Avec elle, je pourrais rentrer plus tôt chez moi, voir mes enfants, reconquérir mon mari…. Je cours comme une folle vers l’arrêt bus. Enfin je la vois, je traverse rapidement la rue pour la rejoindre. Heureusement pour moi, le bus n’est pas arrivé. Quand elle me voit elle se dépêche d’essuyer ses larmes mais n’empêche, celles-ci continuaient de sortir. Cela me fend le cœur de la voir dans cet état, cette fille est si brave.

– Je ne sais pas pourquoi vous vous détestiez autant mais il est hors de question que tu t’en vas comme ça sans même  m’expliquer ce qui se passe.

– Et moi il est hors de question que je travaille pour lui cria t- elle. Cette fille est vraiment en colère.

– Vous commencez sérieusement à m’énerver vous deux. C’est quoi ce manque de professionnalisme. Elle ouvre la bouche pour parler et je la coupe. Non toi écoute moi bien et je ne me répéterais pas : premièrement c’est moi qui t’ai embauché,  moi-même qui te donne le travail à faire donc c’est moi ton patron pas lui. Ce qui m’importe,  c’est ta compétence dans le boulot et j’en suis satisfaite. Deuxièmement, il faut savoir Mlle Ndiaye que vous avez signé un contrat dans un cabinet d’avocat pas dans une boulangerie ou un restaurant. Ce contrat stipule que pour quitter votre boulot, vous devez soit payer un préavis d’un mois qui s’élève à la somme de votre salaire, soit, rester le temps que l’on vous trouve un remplaçant. C’est le b a.e-ba du métier, vous devais sûrement le savoir.

– Mon Dieu, où vais- je trouver une somme pareille.

– Je ne sais pas mais je vous promets de trouver quelqu’un au plus vite.

– Je déteste cet homme et si je travaille là-bas, je le verrais tous les jours dit- elle en reniflant. C’estune première du – je envie de dire.

– Pas forcément, car tu auras plus affaire à moi qu’à lui. Elle fait non de la tête. De toute façon, tu n’as pas le choix, à moins que tu remplisses les conditions pour quitter. Elle ne dit rien. Maintenant je te laisse te calmer et revenir  au bureau, j’ai un boulot urgent à  te confier. Avant que je ne traverse, je me retourne vers elle pour lui dire une dernière chose. A l’avenir contrôler vos émotions quelle que soit la situation. La colère ne règle rien, au contraire elle augmente les problèmes.

Je traverse rapidement la rue, fière de moi car je sais que cette fille n’a pas les moyens de payer un préavis. Déjà que j’ai dû lui faire une avance d’un quart de son salaire car j’avais deviné quelle n’avait rien. Maintenant, il me reste à régler le gros du problème : mon patron. Je ne sais pas s’il va accepter qu’elle revienne après qu’elle l’a traité d’Hitler. Je pouffe de rire sans le faire exprès. En tout cas, elle a du cran.

Dès que l’ascenseur s’ouvre, Fadel me fait signe. Cela n’augure rien de bon. Quand j’arrive à  sa hauteur, il me dit d’un ton solennel.

– Mr. vous attend dans son bureau. Ensuite, il me glisse une feuille  que je me m’empresse de lire :  » il est vraiment en colère alors ne le provoquer. Il m’a passé un de ces savons, j’en tremble  toujours.

– Mme Coulibaly ! cria mon patron tellement fort que nous sursautâmes tous les deux.

– Bonne chance murmure Fadel. C’est à cet instant que l’ascenseur s’ouvre et que Fanta entre. Fadel ouvre grand les  yeux en nous regardant à tour de rôle avant de me lancer.

– C’est du suicide. Je me tourne vers Fanta et lui tend sa clé.

– Traduis moi le document Hester et c’est urgent. Je prends un grand air et entre dans la tanière du lion. Avant même que je ferme la porte, il me lance.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 12 : Confrontation« ]

«La vie est faite de choix dont le plus agréable est amer; la conscience est meilleur censeur… » Sidi Lamine Niass

Aïcha : le dilemme

J’ai quitté le bureau de Mme Coulibaly et malgré ses conseils, je ne décolérais pas. C’est vrai que ce boulot est une vraie aubaine, mais travailler avec Malick serait trop dur pour moi. Je n’accepterai pas ses insinuations, moqueries et accusations sans fondement. Mes nerfs étaient à fleurs de peau, alors j’ai dû arrêter plus tôt que prévu le boulot, comme me l’a conseillé Mme Coulibaly. La nuit porte conseil, m’a-t-elle dit. Moi, la seule chose que je veux, c’est trouver une solution et arrêter de travailler dans ce cabinet. Soit je me porte malade tous les jours, soit je sabote mon boulot en faisant de mauvaises traductions. Bref des trucs qui feront que Mme Coulibaly serait dans l’obligation de me remercier à la fin du mois. En entrant dans le bus, j’avais tellement la rage que j’en tremblais. J’en voulais à mort à Malick que je déteste.  Comment peut-on juger quelqu’un sans le connaître ? Il ne sait rien de moi, de ma vie. Il fait des conclusions hâtives à chaque fois que l’on se voit. Je devrais rester et lui prouver que je ne suis pas la fille facile qu’il croit. Non, tu n’as rien à lui prouver, me dit une voix. Pourtant, il y a tellement de précisions et de cohérence dans les notes que je traduis que je me demande si ce n’est lui qui les fait. On ne peut pas être aussi intelligent et avoir des idées aussi arrêtées.

Il est 19h quand j’arrive chez moi, mes parents allaient être surpris de me voir rentrer si tôt. D’habitude, je franchis le seuil de la maison vers 22 h. Parcelles assainies est très loin du centre-ville, le trajet peut parfois durer plus de deux heures. Dès fois, je suis si fatiguée quand je reviens du bureau,  je ne dîne pas. Pour l’instant, le projet de prendre un studio était en stand bye quand j’ai su que Malick serait mon patron. En plus de ça, je n’ai pas les moyens de me payer une caution pour l’instant.  Maintenant que je ne suis plus en colère, je me demande si je dois le suivre dans ses délires. D’après Mme Coulibaly, je n’ai pas le choix, pour rester il faut que je lui présente mes excuses demain à la première heure. Cette opportunité de boulot ne se présentera peut être jamais. Je n’ai aucun contact, aucune qualification, rien. La chance ne me sourira pas deux fois.

J’entre dans l’appartement, avec ce dilemme dans la tête: rester ou partir ?

Je t’ai toujours dit de payer d‘abord  le loyer. Maintenant comment on va faire ?

Demain, j’irai voir le propriétaire, c’est la première fois que ça nous arrive. On peut lui donner la moitié et le reste le mois prochain.

– Tout ça ce n’est pas la peine. Aïcha pourra payait les 100 000 avec son salaire.

– Et comment, cria mon père énervé. Tu as vu l’heure qu’elle entre et reparte du bureau. Ici c’est trop loin pour elle. J’ai toujours peur qu’il ne lui arrive quelque chose en rentrant. Les rues ne sont plus sûres la nuit. Elle doit payer deux mois de caution, en plus du transport et de la nourriture, il ne lui restera rien si on prend en compte ce qu’on lui a déjà donné comme avance. Je ne veux pas que ma fille se prive pour nous, alors ne t’avise surtout pas de lui en parler.

J’entre dans le salon sans plus attendre.

– Hé papa, je t’ai entendu. Il sursaute et se prend le cœur ce qui fait rire ma mère.

– Depuis quand tu rentres si tôt ?

– Juste aujourd’hui, c’est peut – être parce que Dieu voulait que j’entende ce que vous vous disiez.

– Ce n’est pas bien d’écouter aux portes ma fille.

– Excuse-moi mais toi aussi qu’est-ce que je vais faire avec 400 mille F CFA à moi toute seule. Tu connais la tradition, le premier salaire doit être partagé, si tu veux qu’il se multiplie.

– Ah, c’est des balivernes.

– Comme on dit, tel père telle fille. Moi aussi j’ai chopé ton virus de calculs.  Je m’assois devant lui et sors mon bloc-notes.  En ville, c’est plus cher qu’ici. Les studios sont loués à 100 mille au minimum. Donc je me suis renseignée et Binta, une collègue, m’a fait savoir qu’il y a des chambres avec douche qu’on loue non loin du centre-ville, entre Médina et Gueule Tapée.

– Combien, demande mon père toujours fâché d’avoir été surpris.

– 40 000 F CFA  donc avec le double, je paye la caution.

– Et pour les repas ? Thièye mon père, un vrai policier.

– Binta m’a dit qu’elle dépense en moyenne 60. 000 par mois pour le manger et 10 000 pour l’abonnement du bus, si on ajoute la caution, ça  fait  un total de 150 000 F FCA ce mois-ci. Si je te donne la moitié  de mon salaire, il me restera 50 000 comme argent de poche et tu sais que je ne suis pas une dépensière.

– Tu dois penser à ton avenir ma fille et économiser un peu…

– Papa nak faut pas me fâcher dé. Le mois suivant, j’aurai presque le double puisque je ne payerai pas de caution alors je pourrai garder un peu à la banque. Avec cet argent, vous ne serez plus sur le qui-vive, il vous permettra de payer le loyer, l’eau et l’électricité. Tu sais que le stress tue, alors fin de la discussion et donne-moi cette machine à calculer, tu es devenu myope à force de regarder les chiffres.

– Et vieux aussi, ajoute maman.

– Regardez-moi cette mégère, tu t’es vue ? Attend que je me trouve une jolie disquette, tu vas voir. On éclate de rire et c’est dans cette ambiance que Menoumbé nous rejoint. Les larmes aux yeux, mon père lui répéta notre conversation et, comme à son habitude,  il prit ses airs de griot, en chantant mes ancêtres. Et dire qu’il y à peine une heure je réfléchissais sur comment arrêter le boulot. Maintenant, avec ce que je viens de promettre, il n’est plus question de démission. Si je dois me coucher par terre pour demander des excuses, je le ferai car il n’est plus question de moi seulement.

En plus depuis quand j’abandonne aussi facilement. J’ai arrêté d’être cette petite fille qui pleure à la moindre éraflure. Après la mort du maire, je me suis promis de ne plus me laisser écraser. Je n’ai pas laissé cette sombre partie de ma vie me détruire, au contraire. Je me suis accrochée à deux choses : les études et la foi. La prière a allégé mon cœur et les études ont occupé mon esprit. Pour moi dans la vie, pour avancer, il ne faut pas regarder en arrière. Ce boulot, je l’ai eu parce que je le mérite amplement. J’ai sacrifié ma jeunesse, passé des nuits blanches pour avoir ce niveau alors pourquoi démissionner pour cet énergumène. Ce ne sont pas des mots dénués de sens qui vont m’atteindre. Qui se sent morveux, se mouche. Il peut penser ce qu’il veut, l’important c’est que je sais qui je suis et ce que je vaux. Depuis quand je m’occupe des qu’en dira-t-on.

C’est dans cet état d’esprit, que je me suis réveillée, plus que jamais déterminée. Si, à chaque fois que je rencontre un problème, je fuis, alors je ne vais jamais réussir.

Comme à chaque  fois, j’arrive au bureau vers 7h et demi. D’habitude, Mme Coulibaly arrive vers neuf heures donc je suis toujours parmi les premiers arrivés. Devant l’immeuble, j’enlève mes escarpins et enfile mes chaussures à talon. Pif, je déteste porter ces trucs, franchement les femmes avec les talons, je ne comprendrai jamais. Pourquoi préférer le confort et la commodité à quelque chose d’aussi inconfortable et dangereux. Je me suis tordue deux fois la cheville ah.

Salamou aleycoum Sow poulo. C’est le vigile de l’immeuble, il vous accueille toujours avec un sourire radieux. Je me demande quel âge il a ? Il semble si vieux mais est si dégourdi.

Maleykoum salam ma fille comment tu vas en cette matinée radieuse que tu illumines par ta beauté.

Yawe dagua maye nakhe rék (tu me flattes seulement). Il parait que tu dragues toutes les filles de l’immeuble.

Astakhfiroulah ! Ce sont mes ennemis qui disent ça, tu…. Une grosse et belle  voiture 4×4 noire avec des vitres teintées venait de se garer devant moi m’enlevant le sourire. Je vois le visage de Sow poulo se refroidir et il recule d’un pas. Le temps de comprendre, je vois Malick sortir de la voiture et nous fusiller du regard. Il jette la clé de sa voiture au vieux et nous dépasse, sans la moindre salutation. J’oublie vite ce manquement. Subjuguée que je suis par autant de classe et de raffinement. Dans son costume trois pièces impeccable et ses lunettes de soleil, on dirait James Bond. Franchement, Malick est très beau, il dégage tellement de… Stop petite idiote, m’interrompt une voix intérieure. Il ne t’a même pas saluée et tu es là à baver. Je me dépêche d’entrer dans l’immeuble, en traînant le pas. Je ne veux surtout pas le rencontrer devant l’ascenseur, encore moins dans le couloir de l’étage.  Quand j’arrive dans les locaux, je m’engouffre  dans notre bureau tout en épiant le sien. Je me demande comment je vais lui présenter mes excuses avec cette façon détestable qu’il a à me regarder. Je vais rédiger quelques mots et les mémoriser. Ce sera facile,  j’entre, je récite et je ressors, aussi simple que ça.

Malick : L’obsession 

Pourquoi Dieu me met si rudement à l’épreuve ? J’ai passé une mauvaise nuit et il ne faut pas chercher loin pour trouver la cause.  C’est la première fois qu’une femme me regarde avec autant de dédain et ose lever le ton. Hier, j’avais l’impression d’être en face d’une autre Aicha. Elle m’a donné le nom d’Hitler. Cette dernière pensée me fait rire.

Quand mes yeux se sont posés sur elle à la cafétéria, mon cœur a raté un battement. Je ne sais même pas d’où est ce que j’ai puisé cette force de contrôle en la voyant. Et quand Suzanne m’a dit que c’était la nouvelle traductrice, j’étais encore plus choqué que je ne l’étais déjà. Ce choc passé, place à la panique. Impensable que je travaille avec elle, je cours tout droit à la catastrophe. Je sais d’avance que je ne pourrai pas la résister. Déjà que ça fait une semaine qu’elle m’obsède, depuis que je l’ai embrassée en gouttant  à ses lèvres si exquises. J’ai peur pour tout ce qu’elle réveille en moi. Avec elle, mes émotions s’intensifient, mes jugements se brouillent et je ne réfléchis plus clairement.

Je ne sais pas pourquoi le destin s’acharne à nous mettre sur le même chemin. Une chance sur mille qu’elle trouve un travail ; mais il a fallu que ça soit dans ma boite qu’elle tombe. Est- ce un signe du destin ?  Je n’ai rien partagé avec Aïcha à part une journée et pourtant je ne l’ai jamais oubliée.  Il suffit que je la vois pour que tous mes sens se réveillent et que je n’arrive plus à contrôler les battements de mon cœur. Elle me touche au plus profond de mon âme et  ça depuis toujours. Mais comment expliquer à Suzanne, l’inexplicable. Cette dernière défend cette petite comme si sa vie en dépendait. Il y a cinq ans, je lui  ai raconté mon histoire avec Aïcha. Aujourd’hui, je ne sais pas quoi lui dire.

Il y a tant de questions que je me pose. Quand je l’ai connue, elle parlait déjà bien l’anglais mais pour atteindre son  niveau, il faut au moins avoir le master. En regardant son parcours, je vois qu’elle a aussi passé sa licence de droit cette année et d’après ses notes c’est sûr qu’elle l’aura. Je commence à douter des dires de ses amies, on ne peut mener une vie de débauchée et réussir si brillamment ses études. En plus elle porte le même habillement bon marché qu’hier: pantalon noir évasé, chemise marron sombre sans aucun pli. Trop simpliste, qui cache bien ses formes. C’est sûr qu’avec cette tenue, elle ne cherche pas l’attention. Peut – être que je me suis focalisé un peu trop sur son passé. Peut-être qu’elle a changé ? Que s’est- il passé après la mort de son mari. D’après ce que j’avais lu dans la presse et ce que j’avais constaté dans la soirée, ce Wilane était son amant. Et avec cet homme, son avenir était assuré. Tant de questions….

Toc toc toc. Je regarde ma montre : 8 H 04 mn, ça doit être Aïcha car personne ne me dérange à cette heure-ci.

– OUI, dis- je d’une voix que je voulais aussi dure que possible alors que mon cœur commence à s’emballer. Elle ouvre la porte et entre, hésitante. Je lui fais signe d’approcher. Elle avance à peine de deux pas en regardant autour d’elle. Moi, j’en profite pour la contempler mieux. Nos regards se croisent et comme à chaque fois le temps s’arrête.  Je retrouve la Aicha d’autrefois, légèrement maquillée, avec son visage de porcelaine qui te donne envie de la protéger. Ma poitrine se gonfle, l’atmosphère devient lourde. Finalement elle baisse les yeux avant de parler rapidement comme si elle récitait une leçon d’histoire devant son maître.

– Je voudrais vous présenter mes excuses pour avoir tenu des propos inappropriés à votre égard. A l’avenir je tacherais de ne plus reproduire un tel comportement.

– Dix sur dix, dis-je. Surprise, elle lève les yeux. Je lui souris sans le faire express. Je n’ai plus envie d’être dur avec elle. Assieds-toi s’il te plaît dis- je, sans réfléchir. Il faut que je sache un peu plus sur elle. Elle hésite avant de s’exécuter et de croiser les mains sur sa poitrine en position de défense.

– J’ai beaucoup de boulot monsieur…

– Monsieur ? Je préfère que tu me tutoies. Cette fois elle lève  les yeux qui jettent des éclairs. Cela me fait tressaillir, j’ai l’impression qu’elle me déteste.

– A quoi vous jouez Monsieur le directeur, siffla-t-elle entre les dents.

– A rien Aïcha, je veux juste te donner l’occasion de me parler ouvertement. Ton parcours depuis la dernière fois. Je sais que ton mari est mort et….elle fait une grimace de dégoût avant de se lever.

– Excusez-moi monsieur mais ma vie en dehors d’ici ne vous regarde pas.

Je suis gentille et madame se croit tout permis.

– Est-ce que je t’ai donné l’autorisation de prendre congé. Assieds-toi, dis- je d’un ton sec. Elle remue la tête avant de s’exécuter et de s’emmurer dans le silence. Je sens la moutarde me monter mais je me retiens.

– Alors ?

– Alors quoi ? Cria t- elle presque.

– Écoute, tu auras à travailler sur des dossiers très sensibles et il y a des hommes qui sont prêts à tout pour avoir la mainmise sur certains documents. Étant donné que je connais ton goût très prononcé pour l’argent….

– Mon quoi ? Non mais je rêve, dit- elle en se levant avec une telle force que sa chaise tombe avec fracas. J’en fais de même en contournant rapidement le bureau et, lui prenant la main, je la tire de force vers moi. Elle essaye de se dégager mais je la maintiens si fort contre moi qu’elle ne peut bouger. Elle est si frêle.

– Pourquoi te mettre tout de suite sur tes grands chevaux. Tu avais 16 ans quand tu as décidé de te marier à ce vieux et ne me dis pas que c’était pour ses beaux yeux, hurlais- je. Je suis tellement en colère contre elle, contre moi qui sens mes défenses partir depuis que je la tiens si fort dans mes bras. J’entends les battements de son cœur, son corps qui tremble comme quand je l’embrassais dans le restaurant.

– S’il vous plait, laissez-moi partir, dit- elle d’une voix attendrie annonçant des larmes.  Je recule d’un pas et effectivement son visage est dévasté par les larmes. Dans ses yeux, un mélange de tristesse et de rage. Je ne sais plus quoi penser ni quoi faire face à un tel bouleversement. J’essaye de la prendre encore dans mes bras mais cette fois elle me pousse violemment avant d’ouvrir la porte et de s’enfuir.

– Aïcha, ma voix se casse. J’ai l’impression d’avoir raté un truc. Dès que je sors du bureau, je rencontre le regard noir de Fadel.

– Ce n’est pas ce que vous croyez, lui criais- je. Quand j’arrive devant la porte d’Aicha, j’hésite à entrer. Finalement je toque et attends. Rien, je tente d’ouvrir, c’est fermé. Aïcha, appelle- je tout bas.

– Vous devriez lui laisser le temps de se remettre de ses émotions, dit Fadel d’un ton hésitant.

– Est-ce que je vous ai sonné, hurlais- je. Je suis vraiment à cran car c’est la première fois que je suis devant une situation qui m’échappe. Merde dis- je, à voix  haute avant de rebrousser chemin et de claquer la porte de mon bureau. Pour être perdu, je suis vraiment perdu.

Suzanne : Mme Ping-pong

Je prends l’ascenseur en chantonnant. Enfin je me suis réconciliée avec mon mari. Chi, les hommes avec leurs caprices, il faut vraiment se serrer le cœur pour ne pas les suivre dans leurs délires. De vrai bébé ronchon ish.

– Bonjour Fadel, je lui sors mes trente-deux dents. Il se lève précipitamment pour me suivre.  Que se passe-t-il encore ?

– Entrons d’abord ! Son visage devient plus austère, alors je presse le pas.

– Tu me fais peur, raconte-moi, dis-je en fermant la porte.

– Je ne sais pas exactement mais c’est la catastrophe entre ton patron et ta protégée.

– Ah bon ? Dis-moi !

– Tout ce que je sais c’est qu’elle avait le visage complètement dévasté en sortant du bureau du patron. Tu crois que….

– Que quoi ? Tu es fou de penser cela de Malick. Plus intègre que lui tu meurs.  Tu veux être renvoyé.

– Tu as raison, c’est juste que je n’ai entendu aucun cri en arrivant. Ensuite elle sort de son bureau comme une fusée avant de s’enfermer dans le sien. Il s’approche de moi en murmurant. Mais le plus bizarre dans tout ça, c’est la réaction du patron quand il était devant la porte de Mlle. C’est la première fois que je le vois perdre sa contenance comme s’il cherchait ses mots.

– On dirait que ça te fait plaisir ?

– C’est l’histoire même de ces deux-là qui m’émoustille. D’abord hier, elle lui crie dessus, et aujourd’hui je vois monsieur complètement perdu devant sa porte. On aurait dit un chien battu qui cherche son maître. Il a appelé son nom d’un ton si mielleux, pouffa t- il.

– Fais attention à toi. En tout cas, tout ça est bizarre. Je sais qu’ils se sont connus mais…

– C’est sûr et certain qu’il y a eu quelque chose entre eux, dit-il en tapant les mains comme un enfant. – Au fait, le prénom  de cette fille ce n’est pas Fanta ? J’ai entendu le patron l’appeler par Aicha.

– Ah bon, dis- je surpris.

– Fadel, cria Malick, nous faisant sursauter tous les deux

– Dis-lui que tu me remettais mes courriers,  vas- y. Il sort en hésitant. Le temps que je m’assois, mon fixe sonne. Je décroche sachant déjà qui c’était.

– Viens tout de suite ! Entre lui et mon mari, je ne sais pas qui va me tuer en premier.

Je traverse le couloir et aperçois Fadel qui me lance des yeux apeurés. Je prends un grand air avant d’entrer.

– Amène-moi le contrat de Fadel, dit-il d’un ton sec.

– Donc c’est elle ? C’est elle la fameuse Aïcha d’il y’a cinq ans.

–  C’est pour ça que je vais renvoyer ce colporteur.

–  Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

–  Je ne suis pas d’humeur Suzanne.

– Tu devrais te calmer avant de faire quelque chose que tu risques de regretter. Fadel a deux femmes et pleins d’enfants de bas âges. Le regard noir qu’il me lance me fait taire un moment. D’accord, il aime colporter, mais il le fait  juste avec moi. Ce n’est pas une raison pour le renvoyer.

– Tu peux disposer, conclut- il en faisant semblant de travailler. 

– Tu devrais m’en parler au lieu de t’emmurer dans le silence. Tes jugements ne sont plus objectifs et renvoyer Fadel ne te servirait à rien. Je n’ai plus l’intention de rester au bureau jusqu’à 20h passé pour finir le boulot des autres. Contrairement à d’autres, moi je suis heureuse en ménage. Il me fusille du  regard à ces derniers mots. Quand il est dans cet état, mieux vaut le laisser seul. Je sors du bureau et me dirige vers celui de Fanta  ou Aïcha. Depuis hier, j’ai l’impression d’être entre deux volcans. Elle lève la tête de son ordinateur.

– Bonjour Mme Coulibaly, dit- elle en se levant et en me tendant la main. Elle est si polie.  Je la regarde de plus près en prenant sa main tendue. Ces yeux sont rouges mais elle adopte un sourire forcé.

– Assieds-toi s’il te plait. Je vais aller droit au but. Qu’est-ce qu’il y a entre toi et Malick ?

– Rien du tout, répond-elle sur un ton hargneux.

– Comment ça rien du tout. Donc vous n’avez pas  eu un début d’histoire il y a cinq ans. Elle ouvre grand les yeux. Oui, je suis au courant et comme lui ne veut pas en parler, j’ose espérer que tu le feras.

– Parler de quoi exactement, s’énerve-t-elle.

– De ce qui s’est passé entre vous  il y’a cinq ans. Tu sais, ça l’avait vraiment affecté à cette époque….

– Si son petit cœur d’artichaut a été affecté, le mien a été broyé jusqu’à ne ressentir que du dégoût envers les hommes. Lui, au moins, il a refait sa vie. Ces yeux sont voilés de tristesse.

– Je peux savoir pourquoi tu es si dégoutée par les hommes ?

–  Non. Je ne suis pas venue ici pour être jugée ou pour me faire valoir. En venant à Dakar, j’ai enterré ma vie d’avant et le Malick que j’ai connu avec. Aujourd’hui, rien ne nous lie à part le boulot. Je n’ai de compte à rendre à personne à part Dieu et je suis quitte avec ma conscience. Maintenant de deux choses soit vous me virez, soit vous me laissez travailler en paix. Mais, il est hors de question que je vous parle de ce salaud de maire que Dieu n’est pas pitié de son âme. C’est clair, conclut- elle d’un ton menaçant, la poitrine bombée. Et moi qui croyais qu’il y avait que Malick qui pouvait me faire peur.

– C’est très clair, répondis- je en me levant. En sortant, je me redirige encore vers le bureau de volcan numéro un. Thieuye natou mo gawe (ho quel malheur). Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression qu’on ne peut jamais avoir la paix. Tu résous un problème et tu vois tout de suite un autre se pointer. En venant ce matin, j’étais toute heureuse d’avoir retrouvé la tranquillité chez moi et voilà qu’au bureau c’est la tornade.

– Alors Mme ping-pong ça avance, me raille Fadel.

– Sors-moi ton dossier, Malick le demande. Le sang quitte son visage. Je me dépêche de le dépasser avant qu’il ne voit mon sourire. Dès que j’entre, je lance.

– J’ai un message d’Aïcha pour toi. Tout de suite, il lève la tête avec une émotion furtive au visage. Je répète mot à mot ce qu’elle venait de me dire. Je tourne les talons et avant que je n’atteigne la porte il dit.

– Attend une minute, qu’est-ce que tu me conseilles ?

– Han, maintenant tu demandes mon avis. Il fait une grimace.

– Je ne sais plus quoi penser ni quoi faire.

–  Depuis que tu connais cette fille, tu ne fais que la juger. Lui as-tu, ne serait-ce qu’un jour donné le bénéfice du doute. Tu t’es contenté de la condamner sans l’avoir jamais écouté. Pourtant avec ton métier, tu devrais savoir que tout ce qui brille n’est pas de l’or. Moi en tout cas, durant ces deux semaines passées avec elle, s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est qu’elle est loin d’être la fille opportuniste que tu m’as décrite il y a cinq ans. Et avec ce qu’elle vient de dire, elle a eu un passé lourd.   Il fait encore une grimace avant de se lever.

– Pourquoi elle ne veut pas m’en parler ? Je lui ai tendu la perche ce matin.

– Hi, en l’accusant ?

– Tu crois que j’ai vraiment merdé ?

– Sur ce coup, oui. Pour l’instant, la seule chose à faire c’est de la laisser tranquille.

– Je ne peux pas, il faut que je sache ce qui s’est passé dans sa vie ?

– En amour, tu es trop impulsif.

– Il n’est pas question d’amour ici, juste d’attirance.

– Une attirance très forte qui te brouille l’esprit et te pousse à faire du je ne sais quoi.

– Tu es psy ou quoi ? Il ne se passera jamais quelque chose entre elle et moi maintenant qu’elle travaille ici….

– Alors pourquoi sa vie privée t’intéresse autant.

– Parce qu’elle travaille sur des dossiers sensibles et…. J’éclate d’un grand rire ce qui le fait taire en se renfrognant. J’ouvre la porte de son bureau avant de lui lancer.

– Si tu continues sur cette lancée, je te jure qu’elle va t’étriper. Le jour où tu arrêteras de te voiler la face, je suis à côté.

Je m’asseye enfin sur ma chaise en allumant mon ordinateur. Aïcha m’a touchée et je suis bien curieuse de savoir ce qui lui est arrivé et pour ça, il faudra sue l’on soit plus que collègue. Quant à Malick, il se braque et devient  agressif parce qu’il éprouve toujours des sentiments pour cette fille. Comme dit Fadel, ça devient de plus en plus intéressant entre ces deux-là.

Quelques heures plus tard, je regarde ma montre, c’est l’heure de déjeuner. Il est temps que je lance l’opération séduction.  Je pars voir Aïcha pour qu’on aille ensemble au restaurant. Elle hésite et je lui lance.

– Tu as était très claire, alors ne t’inquiète pas, je ne te pose plus de questions, ni moi ni Malick. Alors tu viens ? Elle me sourit et prend ses clés.

Ainsi, nous prenons l’ascenseur, j’entends des pas de course. J’appuie sur le bouton pour ne pas que la porte se referme et Malick apparait. Il regarde fixement Aïcha avant d’entrer. Je vois celle – ci reculer jusqu’au fond et faire semblant de ne pas le voir. Malick vient se mettre en face d’elle et lance les hostilités.

– Ce matin, je voulais te donner une chance de me reconquérir mais vu que tu t’es braquée alors tant pis pour toi. J’ouvre grand les yeux. Oh, qu’est ce qui lui prend ? Il est vraiment nul pour les relations. Aïcha réplique d’un ton encore plus sec.

– Tans-pis pour vous même. Vous seriez le seul homme sur terre, je n’en veux pas. Pif !

Je les regarde se défier et je souris. Ne dit- on pas que l’amour commence par la haine.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 13 : Irrésistible« ]

« C’est tellement plus simple de fuir que de lutter contre ce qu’on veut», Pretty Little Liars.

Malick, le tombeur

Une semaine s’est écoulée depuis notre confrontation et chacun fait comme si l’autre n’existait pas. Aicha n’est pas comme la plupart des femmes que j’ai connues. Elle a du répondant et n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. Le plus bizarre, c’est que je sais que je l’attire mais je ne l’intimide pas. D’habitude, les gens perdent le mot devant moi ; mais Aicha me répond du tic au tac.

Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises sans nous adresser la parole. Je déteste quand elle fait semblant de ne pas me voir alors que nous sommes dans la même pièce. C’est la première fois qu’une femme me snobe et ça m’énerve et m’attire à la fois. Je manque de concentration dans mon boulot et je voudrais trouver un prétexte pour la voir, lui parler et surtout savoir ce qui s’est passé dans sa vie. La curiosité est un vilain défaut, dit-t-on ; mais là, je suis à bout. Ce matin, je me suis réveillé avec la ferme intention de briser cette barrière invisible qui s’est dressée entre nous. Même si Suzanne m’a conseillé d’y aller doucement, je suis obligé de sortir de mon mimétisme et d’oser une approche surtout qu’elle m’a défié ouvertement.

Aicha dit que je ne lui fais aucun effet. Les femmes plus malhonnêtes qu’elles, tu meurs. S’il n’y avait pas Suzanne dans l’ascenseur, je lui aurais rappelé combien elle avait vibré dans mes bras au resto. La femme qui peut me résister n’est pas encore née. Oui vous m’avez bien entendu. En tout cas, elle a réveillé mon instinct de séducteur. A cet instant, Suzanne entre dans mon bureau.

Dans la salle de réunion, je retrouve Fadel et Suzanne en train de terminer les derniers préparatifs. Curieuse qu’elle est, cette dernière s’approche de moi.

Mais avant, il demande pourquoi on ne lui présente pas la belle demoiselle assise à côté de Suzanne. Mon sang fait un tour, j’avais oublié que c’était un homme à femmes et je regrette de suite d’avoir convié Aicha à la réunion.

Bref nous sommes à notre troisième réunion mais bizarrement à chaque fois Emir s’énerve et arrête tout. Il pense changer d’avocat parce qu’il a l’impression que je ne veux pas le défendre contre son pays et que je suis en train de saboter le procès.  Je ne sais pas pourquoi cette méfiance soudaine alors que je lui ai fait gagner trois affaires. Plus je parle, plus il remue la tête en signe d’approbation. Je lui montre comment j’allais faire pour démonter les preuves que l’Etat avait avancées quand je vois Aicha chuchoter à l’oreille de Suzanne. Ce n’était vraiment pas professionnel et voilà que Suzanne s’y mette. Énervé, je leur lance :

Je les ai regardés s’échanger quelques mots sans rien comprendre de ce qu’ils se disaient, juste que les yeux d’Emir  commençait à briller. Je n’aime pas que l’on marche sur mes platebandes.

Exaspéré, j’ouvre encore le dossier espérant ne pas manquer de concentration. A la fin de mon plaidoyer, Emir se lève tout heureux, en me tendant la main.

Il nous fait un au revoir de la main en jetant un œil admiratif vers Aicha qui lui  lance un de ses sourires. Elle ne m’a jamais souri moi, chime. Dès que nos regards se croisent, elle referme son visage en cadenas avant de tourner les talons. Walaahi, cette fille m’énerve et moi qui voulais la remercier, ce n’est plus la peine.

  Aicha : le succès

Je regarde ma montre encore une fois. Je sens que je ne vais rien faire aujourd’hui. Je n’arrête pas de repenser à ce que Malick m’avait dit en entrant dans mon bureau : « Mes lèvres que tu vois, il faudra que tu me supplies pour y goûter encore ». Nooonnn, plus effronté que ce mec tu meurs. Hipipipe, moi Aicha Ndiaye supplier un homme pour l’embrasser, c’est dans quel monde ça. Je me déteste de ne pas lui avoir répondu sur le coup, il va croire qu’il a raison. Mais il ne paye rien pour attendre. Ce gars m’énerve grave, chiteuteute, wallahi je prie rèk qu’il essaye de poser ses lèvres roses, sucrés et… Va la – bas, je te wanda même. Chime pauvre fille, ton esprit le rejette mais tout ton corps réclame ce mec. Il l’a remarqué, c’est pourquoi il est si sûr de lui mais bilahi si tu flanches, tu vas voir. Aucune dignité.

Nous sortons ensemble de mon bureau et avant que je  prenne l’ascenseur, elle coure vers moi en me lançant

C’est la première fois que j’entre dans cet étage où se trouvent les trois autres actionnaires du cabinet.  En tout cas c’est très joli. Je me dirige vers le réceptionniste. Oups, elle fait partie du clan chauve-souris, elles sont 7 en tout, les unes plus artificielles que les autres. Elles sont tout le temps hyper maquillées avec des tenus qui frisent l’indécence, bref des allumeuses de service quoi. Dans le restau, il y a aussi les vielles et les diègg (femmes mariées à peu près la quarantaine).  Nous, on nous appelle les battantes, nous ne cherchons ni à plaire, ni à charmer, nous sommes là pour le boulot et rien d’autre.

Dans mon bureau, je vois un clignotant de mon portable m’indiquant un message. Je regarde, c’est Mme Coulibaly : Malick t’attend à son bureau pour un compte rendu de ta réunion. J’ai aussi déposé ton chèque pour ta signature. Bonne fin de soirée.

Je n’ai vraiment pas envie de voir ce mec, mais il le faut. Déjà que je dois lui dire la proposition d’Emir. Je regarde ma montre, il est presque dix-huit heures, de toute façon même si je reste, je n’arriverais à rien de bon. Je glisse mon portable dans mon sac et sors du bureau. Je prends un grand air avant de me pointer devant sa porte. Je grimace en me souvenant la dernière fois que j’y suis entrée. Toc toc toc.

J’entre dans l’ascenseur avec Malick, ne sachant plus quoi faire face à un tel revirement de comportement. Nous nous défions du regard. Il s’excuse gentiment pour m’avoir menacé. Ce gars est bizarre et ses changements d’humeur me déstabilisent. Je vois ses lèvres s’incurver en un sourire avec ses yeux malicieux. Il n’est pas seulement beau mais cet homme a un charme fou et le pire c’est qu’il le sait.

Note de la chroniqueuse

Bonjour mes chers lecteurs, je suis contente de voir cet engouement suscité par ma nouvelle chronique. Vous êtes nombreux à me demander de publier deux chapitres par semaine et j’aurai bien aimé vous faire plaisir. Seulement, la réflexion et l’écrit demandent du temps et de l’énergie. Je ne dois pas seulement être capable de représenter la réalité objective de la vie mais je dois aussi traduire les sensations et les émotions que nous ressentons dans notre quotidien. Pour cela, il me faut au moins une semaine, surtout pour quelqu’un qui s’essaye à l’écriture et qui éprouve plus de mal à écrire quand il lit ces talentueux chroniqueurs qui n’arrêtent pas d’émerveiller tous les jours avec leurs belles plumes.

Merci pour votre attachement à mes chroniques et à lundi Incha Allah. N’oubliez pas d’aimer, de commenter et surtout de partager avec vos amis.  Ça renforce et encourage.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 14 : Confidences« ]

Les vérités de Malick

Je regarde Aicha courir d’une vitesse hallucinante et traverser la route comme un TGV. Choqué, je reste sur place au moins dix secondes sans réagir jusqu’à ce que les ricanements de Sow poulo me fassent revenir sur terre. Je me tourne vers lui qui se tenait le ventre de rire.

Il se relève au plus vite et essaye de reprendre son sérieux. Il a suffi que je monte dans la voiture pour qu’il reprenne de plus belle. J’ai arrêté de me retenir et j’ai éclaté de rire. Non cette fille est complètement maboule. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Courir !  J’éclate encore de rire jusqu’à avoir mal au ventre. Non c’est incroyable et d’ailleurs pourquoi elle a fait ça ? A-t-elle si peur de rester seule avec moi ? Comment je vais m’y prendre avec elle ? Elle est vraiment bizarre  cette fille. C’est la première fois de ma vie que je suis confronté à ce genre de situation ; une femme qui me fuit comme si sa vie en dépendait. Thièy on aura tout vu.

C’est dans ces réflexions que je rentrai chez moi. Je devrais en parler à Mohamed, d’ailleurs ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu. Je l’appelle au moment de me garer. Il répond dès la première sonnerie.

On aurait dit qu’il pleurait au bout de la ligne. Finalement je capitulais

C’est fou mais il y a des hommes à maman. Pourquoi continuer de vivre sous le même toit que sa mère alors qu’il a les moyens d’aller ailleurs. Quand on refuse de voler de ses propres ailes, on finit toujours par s’en mordre les doigts.

Je me gare devant la belle demeure des Diobène qui se trouve à Sacré-Cœur 3 près de chez Suzanne qui habite, elle, à Sacré cœur 2. Dès que j’entre, je sens une tension palpable.

Habillée d’un grand boubou, elle est assisse sur une natte de prière, le chapelet à la main. Quand on regarde cette femme, on croirait que c’est une vraie croyante qui se soucie du bien être de sa famille. Mais au contraire, à 72 ans, elle fait vivre l’enfer à ses fils. Elle répond à ma salutation en levant son chapelet en signe de bonjour. Cette femme ne m’aime pas trop et c’est vice – versa. Alors je me dirige vers l’escalier en appelant Mouha ; ce dernier sort apeuré de sa chambre et me tire de la main.

Ndoumbé était en train de fourrer rageusement ses affaires dans une grande valise ouverte. Je regarde mon ami qui semble complètement désemparé.

Sans me répondre ni regarder dans ma direction, elle continue de faire ses va-et-vient entre l’armoire et sa valise. Je viens me mettre au travers pour qu’elle daigne me répondre. Alors elle me jette un regard noir qui frise la peur en me lançant.

Ndoumbé la pousse et sort de la chambre sans regarder derrière elle. Je m’approche de mon ami.

Des voix commencent à s’élever en bas. Je prends Mohamed par le bras en lui disant

En bas, l’atmosphère est plus que tendue avec deux clans assis l’un en face de l’autre. Même si personne ne parle, on se regarde en chien de faïence. D’une part, il y a Ndoumbé, son père et deux autres hommes dont l’un est son frère. D’autre part, il y a maman Safiétou, Mounaz et Awa, les sœurs de Mouha. Je sens qu’une guerre va éclater. On dirait des kamikazes prêts à se faire exploser.

Cette dernière se leva mais fut stoppée par Mouha qui la retient par le bras.

Et c’était parti, comme je le craignais, les cris venaient de toute part dans le salon. Il fallait réagir et vite. La seule solution était de faire dégager les femmes avec leur langue de vipère. J’ai pris vigoureusement les deux poignets des sœurs de Mouha et les tirais de force vers l’intérieur. Elles ont essayé de se débattre mais comme elles ont toutes les deux un faible pour moi, elles n’ont pas trop insisté. Je leur ai fait mon charme avant de les laisser dans une chambre et de repartir rapidement au salon. Là-bas, il y a mon ami qui s’est pris la tête des deux mains en se balançant sur son fauteuil. Je voyais à quel point il était dépassé par la situation car il a toujours fait l’Autriche alors que sa maison volait en éclats. Comme beaucoup d’hommes au Sénégal, il n’a pas eu assez de cran pour tenir tête à sa mère et quitter la maison familiale. Il y a un moment où il faut couper le cordon ombilical, tourner une autre page sans pour autant déchirer l’autre. Comme disait mon père : « deux arbres ne peuvent pousser au même endroit ». Le son de la voix de Pa Ndour me coupa des réflexions.

Je t’ai donné une femme pleine de joie de vie avec un avenir brillant, mais aujourd’hui elle est comme une loque de terre. Je ne vais pas entrer dans les détails mais tout ce que je sais est qu’il est vraiment temps qu’elle arrête de souffrir. Toi comme elle, vous n’êtes plus heureux alors il est préférable que vous divorciez.

A cet instant Ndoumbé descendit avec une valise suivie par son frère qui tient une autre plus grande encore. Le visage dévasté, elle n’arrête pas de jeter des coups d’œil à Mohamed. Quant à ce dernier, il pleurait comme un bébé, moi-même j’étais surpris de le voir si attristé. Il se leva et vint prendre sa femme dans ses bras.

Je quittais la maison sans regarder du côté de Mouha sachant qu’il allait me tuer le lendemain pour avoir révélé tout cela à sa mère. Mais je m’en fou, depuis le temps que j’ai envie de lui dire mes quatre vérités. En plus je n’aime vraiment pas la vie de débauche que Mouhamed est en train de mener. Avant, il était l’homme le plus fidèle au monde, toujours souriant, blagueur et qui avait toujours hâte de rentrer chez lui. Je leur enviais cet amour fou qu’ils se vouaient l’un à l’autre et surtout cette grande complicité. Aujourd’hui, Mouha n’est plus que l’ombre de lui-même parce qu’il n’est pas homme à tenir tête à personne. Cela me fait mal de voir mon frère dans cet état mais j’espère du fond de mon cœur, qu’il va se réveiller. La seule chose qu’il peut faire pour reprendre sa femme c’est de déménager. Je lui parlerais demain si possible.

Je rentre chez moi, abattu. L’image de Mouha en train de pleurer comme un enfant ne me quitte pas et je suis triste pour lui. Chez moi, je ne trouve personne. J’aurai voulu jouer avec les petits pour me changer les idées. J’aurai voulu parler à Abi mais je sais d’avance qu’on ne serait pas d’accord sur certains points. Mes pensées se tournent sur Aicha, si elle n’avait pas fui, on serait toujours en ce moment ensemble. Je prends mon portable et demande par texto son numéro à Suzanne. Elle me l’envoie de suite avec un lol. Dès que je lance l’appelle, mon cœur commence à battre. Pourquoi me fait-elle autant d’effet.

Aicha: suite pas fin

Je raccroche avec Malick, le sourire aux lèvres. Il t’appelle la gazelle et toi tu rigole, pauvre fille, me dit une voix intérieure. Je me sens vraiment perdue avec cet homme, je ne sais même pas comment le décourager. Il faut que j’en parle à quelqu’un et pourquoi pas à Menoumbé. Il est le seul qui connaisse mon passé fictif avec Malick.

Quand je descends du bus, mon frère m’attend comme d’habitude en manipulant son portable. Facebook et WhatsApp vont en finir avec cette génération, bilay. Tout l’argent de Menoumbé passe par les crédits pour se connecter. Il croit dur comme fer qu’il peut trouver le grand amour et passe son temps à vivre dans l’univers pittoresque et fictif de l’internet avec ces rencontres et autres.

Cinq minutes plus tard, nous étions déjà dans ma chambre tellement ce mec m’avait pressé. Je lui racontais tout, du début jusqu’à aujourd’hui. J’ai juste sauté le passage au restau sinon il va commencer à jouer les frères jaloux comme autrefois. Il a été surpris de savoir que c’était lui mon patron et il ne comprenait pas pourquoi je le lui ai caché tout ce temps. Il me sermonna une demi-heure avant de revenir à de meilleurs sentiments.

Excité comme un enfant, il sursaute et vient s’asseoir à côté de moi.

Au diner, l’ambiance est au rendez-vous, avec mon frère et ses habituelles anecdotes, nous sommes morts de rire. A un moment, il me dit :

C’est sur ces mots que je pris congé et partis prendre ma douche. Toute la nuit, j’ai pensé à ce que mon frère m’avait dit et plus les heures passaient plus je me disais qu’il avait peut – être raison et qu’il était temps pour moi de baisser un peu la garde.

Le lendemain, je pars au boulot avec un peu de retard. Mais depuis que j’ai décidé d’accepter ce que mon frère avait dit, j’ai le cœur plus léger. Il va falloir que je prenne mon courage à deux mains et que je lui parle sérieusement.

Quand j’arrive au bureau, il est neuf heures passé car il y a eu un grave accident au niveau de la corniche. Devant l’immeuble, mon portable sonne, c’est Malick.

Hum hum. Vous allez rester longtemps à vous jauger comme si vous étiez perdus ? Ici c’est un lieu de travail, ne l’oubliez surtout pas dit Mme Coulibaly d’un ton hyper menaçant avant de tourner les talons et de partir. Au moment où je dépasse Malick, il me prend la main m’obligeant à m’arrêter.

C’est avec beaucoup de gêne que j’entre dans le bureau de Mme Coulibaly. Avant  que je ne ferme la porte elle attaque encore.

De quoi je me mêle, ai-je failli lui dire mais je me retiens. Je sors le chèque et le pose sur la table pour couper courts à la conversation.

Il me fallut du temps pour me concentrer sur mon boulot. J’ai dû me faire violence pour arrêter de penser à lui et à ce que j’allais lui dire. Quand l’heure de la pause arriva, je fermais mon ordinateur pour aller au restaurant et c’est à ce moment que Malik entra. Il s’adossa sur la porte et me fit son sourire charmeur.

Il recula d’un pas et me regarda bizarrement. Je continuais d’un ton virulent

Par où commencer ? Maintenant qu’il est réceptif, je ne sais plus quoi lui dire. J’avais oublié à quel point cet homme était si intimidant.

Il me le temps et  j’appelle Menoumbé qui décroche à la première sonnerie.

Je lui raconte l’incendie du champ de mon père, ses dettes à la banque, comment le maire l’a payé obligeant ainsi mon père à me marier.

Je me tais et regardais en bas parce que mes larmes commençaient à couler. C’est bizarre mais j’ai tout d’un coup honte de moi. Les larmes commencent à couler à flots et je me rends compte que la cicatrice est toujours là et qu’il me faudra des années pour qu’elle disparaisse. Je ne me suis même pas rendu compte que Malick s’était approché de moi, jusqu’à ce qu’il me touche. Je sursaute et quand nos regards se croisent, je vois toute ma peine dans ses yeux. Il me prend la main et m’oblige à me lever, mes larmes coulaient de plus en plus comme si on avait ouvert une fontaine au fond de moi. Il m’enlace dans ses bras et me serre très fort

D’un coup, la porte s’ouvrit grandement sur une femme d’une beauté à couper le souffle. Elle est très élancée, de teint clair, les cheveux lui tombent sur les épaules. Elle porte un ensemble noir très chic avec une jupe un peu courte, dévoilant ainsi ses longues jambes galbées. La beauté de cette femme est époustouflante. Elle me jette à peine un regard avant de se rapprocher de Malick qui s’était déjà levé. Elle a de l’assurance dans sa démarche, ses gestes et surtout beaucoup de classe.

Elle vient de dire bébé, mon cœur bat de plus en plus vite. Je voudrais me lever et partir mais mes jambes n’arrivent pas à bouger. Elle lui donne une bise sur la bouche même, Walaahi. Et le gars ne bouge pas d’un iota, j’étais choquée, atterrée. Je me rends compte que j’ai à faire à un dragueur de première league. Je m’empresse de me lever et de sortir avant qu’il ne voit mes larmes. Le temps de refermer la porte, j’entends à peine le son de sa voix m’appeler : Aicha. Dire que je viens juste de lui déballer ma vie, quelle conne je suis. Plus jamais il ne m’aura.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 15 : Ha l’Amour« ]

« L’amour c’est ni raisonnable ni raisonné. C’est une évidence, une intuition», Anne Bernard

Marianne Cissé : le retour

J’avais tellement hâte de le voir que je ne suis pas passé par la maison pour me changer. Trois mois que j’ai voyagé et ce con ne m’a même pas rappelé. C’est vrai qu’on s’est grandement disputé la dernière fois qu’on s’est vu mais comme à chaque fois, je croyais qu’il allait faire le premier pas. Maintenant que je l’ai surpris avec cette fille, je comprends le pourquoi de ce silence. Assis sur ce fauteuil en face de la fille, il avait le même regard de désir qu’il me faisait autrefois. J’essaye de contenir ma colère au maximum en attendant que cette souillon sorte du bureau. Malick essaye de la suivre et je décale d’un pas pour le retenir en lui faisant un œil vert de rage. Il me connait assez bien pour savoir le scandale que je vais lui faire s’il tente ne serait – ce qu’un pas vers elle. Affolé, il lève juste la main et crie à peine son nom. Quand cette fameuse Aicha ferma la porte,  Malick se tourna vers moi.

Je quitte l’immeuble plus remontée que jamais. Ma sœur m’a toujours dit que je finirais par perdre Malick si je continuais mes caprices. Il y a un an, il m’avait demandée en mariage, à cette période il était fou de moi. Nous venions de boucler nos deux mois de relations intenses. J’ai accepté à condition qu’il quitte sa femme. Car pour moi, il était hors de question de partager mon homme. Croyant que Malick, comme tous les autres hommes, étaient fous de moi, prêts à tout, j’ai vite déchanté. Du jour au lendemain, il a arrêté de m’appeler et de venir chez moi. Je l’ai snobé pendant plus de deux mois pensant qu’il allait revenir vers moi en rampant. Au contraire  je me suis retrouvée en train de courir derrière lui. Il faut dire que Malick n’est pas comme les hommes faibles que j’ai connus. Même s’il en bavait pour moi, il était hors de question pour lui de me supplier. Notre relation est devenue complexe, tantôt on se quittait, tantôt on se réconciliait. Finalement, avant que je ne parte à l’étranger, nous avons décidé d’un commun accord de nous séparer. Mais durant ce temps loin de lui, j’ai compris que je l’aimais plus que tout au monde et que j’étais même prête à devenir sa seconde épouse. Maintenant voilà que je le retrouve dans son bureau avec cette pimbêche. Plus vite il sera là et plus vite il l’oubliera jusqu’à son nom.

Suzanne : le calmant

Mon cœur a fait un bon quand l’ascenseur s’est ouvert. Marianne en chair et en os, bonjour les problèmes. Je n’ai jamais aimé cette femme avec sa beauté dévastatrice. Elle est métisse puisque sa mère était un mannequin français. Quant – à elle, elle a repris les flambeaux de la société de son père depuis presque deux ans. Malick a toujours était l’avocat de ce dernier et c’est comme ça qu’ils se sont connus. Ce jour-là, Marianne était accompagnée de son père qui voulait la présenter en personne et l’imprégner des affaires qu’il avait en cours avec le cabinet. C’est la plus grande société textile de toute l’Afrique et leurs tissus se vendaient dans tous les pays du monde. Dès qu’elle est arrivée, elle a jeté son dévolu sur Malick qui a essayé tant bien que mal de lui résister. Mais cette femme est tellement belle que même les filles se retournent sur son passage alors le pauvre n’a pas tenu très longtemps. En plus elle est hyper intelligente et douée dans ce qu’elle fait donc c’est très facile de tomber sous son charme. Mais je ne l’ai jamais portée au fond de mon cœur car mis à part le fait qu’elle soit très effrontée, c’est une femme fatale. Le genre de femme qui adore manipuler et charmer les hommes. Idrisse et Malick lui plaisaient et qu’importe qu’ils soient collègues ou pas. Je voyais nettement comment elle jouait sur les deux tableaux. Et c’est à cause d’elle qu’Idrisse déteste tant Malick parce qu’il était fou de Yanne. Je suis sure à 100 % qu’elle est sortie avec Idrisse et quand Malick est tombé sous son charme, elle a rejeté le premier. Ils sont sortis ensemble deux mois et quand Malick a voulu finaliser leur relation elle  lui a imposé le divorce. C’est à partir de là que Malick a commencé à découvrir le vrai visage de cette femme et que les problèmes ont commencé. Même s’il est retombé une ou deux fois dans ses filets, il m’a dit il y a trois mois que s’était définitivement fini et je le crois.

Quand je quittais Malick, il était en train de dresser une table pour lui et Aicha.  Je me demande ce qui s’est passé ? Ce que j’ai vu ce matin va au-delà de la simple attirance. Il y a des regards qui ne trompent pas et cette alchimie est si forte entre ces deux qu’on avait l’impression qu’ils étaient seuls au monde dans ce couloir. J’espère seulement que le retour de la diva ne va pas les empêcher de vivre leur amour naissant. Aicha aura dû résister un mois encore comme ça j’aurai mon 4X4. A vrai dire c’est ce qui m’a énervé ce matin, lol.

En dépassant le bureau d’Aicha, j’entends la voix de Malick. La porte est entre-ouverte alors je m’approche doucement.

Malick : la réconciliation  

Quand Suzanne me rapporte sa conversation avec Aicha, je saute au plafond trop heureux de savoir qu’elle veut bien essayer quelque chose. Seulement, il était hors de question que j’attende jusqu’à demain pour la revoir. Je prends les clés de ma voiture et m’empresse de sortir. Dans l’ascenseur, je prends un grand air car depuis ce matin, c’est comme si l’air se comprimait dans mon cœur et Suzanne a raison de dire qu’il se passe vraiment quelque chose entre nous deux.  Je ne saurais dire toutes les sensations qui m’ont traversé le corps et l’esprit entre hier et aujourd’hui. Désir, colère, pitié, tendresse infinie et surtout une envie folle de la protéger, un devoir même. Quand nos regards se sont croisés ce matin, le monde a arrêté de tourner autour de nous, comme autrefois. Suzanne nous a ramenés sur terre en nous lançant une vanne car elle venait de voir cette si forte alchimie entre nous deux ; c’était qu’une question d’heure pour que ça explose. Elle était fâchée de découvrir qu’elle venait de perdre une potentielle voiture 4X4 alors que moi je venais de me rendre compte que je risquais encore plus gros : mon cœur.

En me garant devant la banque, je n’ai plus de doute par rapport à mes sentiments pour elle et je ne veux plus réfléchir ni me chercher des excuses, pas après ce qu’elle m’a raconté. Elle est devenue ma priorité et j’ai envie de reprendre là où on s’était arrêté, il y a cinq ans. Devant l’immeuble qui abrite la banque, je l’attends, le cœur battant à cent à l’heure, la boule au ventre, je me surprends même à trembler légèrement. Je n’ai jamais eu autant de trac pour une femme, car avec elle rien n’est gagné à l’avance. Il va falloir que je mette de côté mon tempérament très macho et effronté avec les femmes  pour la conquérir. Avec ce qu’elle a vécu, Aicha n’a pas confiance en la gente masculine donc il faudra que je sois très doux et compréhensif pour qu’elle s’ouvre un peu plus à moi. J’étais dans ces réflexions quand je l’ai vue sortir de la banque dans son petit taille-basse qui dessine bien si ses hanches. Dès qu’elle me voit, elle tressaille et je lui fais mon plus grand sourire en ouvrant la porte de ma voiture. Elle me fusille du regard quelques secondes avant de s’approcher de moi.

Aicha est subjuguée par la beauté de l’endroit, elle regarde à gauche et à droite et moi je me délecte de ses faits et gestes qui me procurent un plaisir sublime. Nous nous installons sur la terrasse dans un moelleux fauteuil en cuir blanc et où nous avions une vue panoramique sur la mer. Le caractère enchanteresse de ce lieu a joué son charme et Aicha s’est détendue quelques minutes après. Naturellement nous entamons des sujets sur la vie, elle se blottit contre moi et je m’ouvre à elle. A un moment, son portable sonne, elle décroche. Comme elle était blottit sur moi, j’ai entendu une voix d’homme. Mon cœur fait un bon et j’ouvre encore plus mon ouïe.

Menoumbé : mise en garde

Pourquoi lui ai-je dis hier de foncer. Aujourd’hui je me suis souvenu de tout le charme qu’avait cet homme il y a cinq ans. Déjà dans l’hôtel, toutes les femmes lui faisaient les yeux doux et ma sœur, je n’en parle pas. Devant lui, je ne l’a reconnaissait plus. Seulement hier quand elle m’en a parlé, j’étais si content qu’elle s’intéresse enfin à quelqu’un que je l’ai poussé dedans sans réfléchir.

Ça fait une heure que je tourne en rond devant l’arrêt de bus, la boule au ventre. Je l’ai appelée deux fois et la troisième fois je suis tombé sur sa boite vocale. Maintenant, j’ai peur qu’il ait abusé d’elle. J’ai regardé sur Google et j’ai vu que qu’il est très apprécié. Mon Dieu, où est-elle ? C’est à cet instant que je vois un joli 4X4 d’un luxe impressionnant ralentir vers moi avant de se garer. Aicha en sort le sourire aux lèvres, exactement comme il y a cinq ans. Je ne peux m’empêcher d’y répondre et c’est là que je vois Malick. Il sent le luxe à plein nez et franchement j’ai peur pour ma sœur. Chititite, riche, beau et charismatique, Aicha est foutue . Je renfrogne mon visage en prenant la main qu’il me tend. Comme ma sœur, il a l’air si heureux et je n’aime pas cette façon qu’ils ont à se regarder …

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[toggle title= »Chapitre 16 : La Jalousie« ]

« L’amour est la seule condition dans laquelle le bonheur d’une autre personne est essentiel au tien »

Aicha : l’embarras

Il y a un mois, je n’aurai jamais cru que je serais dans cet état pour un homme, moi qui nourrissais une haine viscérale pour eux. Rien ne compte plus, je pense tout le temps à lui.  Les sentiments que je ressens sont si forts que cela me fait peur. Nul doute que le sentiment amoureux compte parmi les ressentis humains les plus intenses. Il nous dépasse, nous transcende, nous questionne et nous torture parfois…. Si vous êtes déjà tombé amoureux alors vous devez surement ressentir ceci : trouble du sommeil, excitation intellectuelle et sexuelle, palpitations cardiaques, tremblement, boule d’angoisse. Je suis comme perdue dans un tourbillon de sentiments intenses qui me submergent et me noient petit à petit. Depuis ce fameux soir ou Menoumbé lui a parlé, il s’est construit un lien tellement fort que cela nous dépasse. Il y a une forte dépendance entre nous deux qui fait qu’on ne peut et ne veut se séparer trop longtemps sous peine de subir manque et tristesse.

Dans l’entreprise les rumeurs ont commencé à courir. Les gens disaient que j’ai obtenu ce boulot parce que je suis la maitresse du patron. J’en ai voulu un peu à Malick du fait que je ne voulais pas que l’on s’expose devant les autres et, au début, il était d’accord. Mais depuis qu’il sait qu’Idrisse m’a appelée pour m’inviter à déjeuner, il a changé. Le gars veut marquer son territoire alors il ne se gêne pas de m’enlacer encore moins de me faire la bise devant le réceptionniste ou le gardien. Ha les hommes ! Cela m’a fait très mal de voir mes amies me fuir comme si j’étais la peste. Après deux jours, je n’ai plus eu envie d’aller au resto puisque je mangeais seule. Mais comme on dit, un de perdu dix de retrouvés. Aujourd’hui, j’ai Suzanne, Daouda et Malick, avec qui je partage le déjeuner tous les jours puisque Malick demande à ce qu’on nous serve ici. C’est ça l’avantage d’être un patron. Nous mangeons tous ensemble dans la salle de réunion et cela se fait dans une belle détente faite d’anecdotes et de souvenirs.

Tous les jours, après la descente, Malick m’amène quelque part où nous restons des heures à parler de tout et de rien. Ensuite il me dépose devant ma porte toujours vers 20h. Depuis ce fameux jour où nous nous sommes laissé emporter dans ce restaurant, il ne m’a plus jamais embrassé. Quelques caresses par ci, de petites bises par là. Je ne sais pas s’il le fait exprès ou pas mais ces petits gestes sont en train de m’émoustiller au plus haut point.  Je me suis surprise un soir à l’inviter à entrer mais il m’a juste regardé intensément avant de me faire une bise légère et de partir.  Je ne sais toujours pas ce que Menoumbé lui a dit même si je le devine mais il est devenu hyper conventionnel et protecteur avec moi. Hier, il m’a dit qu’il voulait rencontrer mes parents. Ça fait dix jours que l’on sort ensemble et le gars veut passer à la vitesse supérieure. Quand je lui ai demandé pourquoi autant de précipitation, il m’a regardé dans les yeux et m’a dit : de toute ma vie, je n’ai jamais ressenti  autant d’émotions et d’amour pour une femme. Tu as littéralement changé ma vie ; grâce à toi, elle s’est embellie. Il n’y a pas une seconde, une minute, une heure, sans que je ne pense à toi. Mon cœur est rempli de toi. La moindre chose que je regarde, une musique que j’écoute, me fait penser à toi. Alors oui je t’aime et j’ai envie que tout le monde le sache. Je veux que tu fasses partie de ma vie intégrante et le plus tôt sera le mieux. J’ai juste acquiescé sans rien dire car j’étais à la fois émue et anxieuse.  Malick veut rencontrer mes parents ce dimanche et connaissant mon père, les choses vont se passer très vite. J’aime cet homme de tout mon cœur et de toute mon âme seulement j’appréhende le jour où je serais sa femme et que l’on devra être intime. Mon Dieu rien que d’y penser, j’en tremble, et j’ai honte de lui en parler. Pourtant, je ressens beaucoup d’attirance pour lui mais quand je pense à toutes les souffrances physiques que j’ai vécues, j’en frissonne. Je ne veux pas subir cela encore une fois. Il faut que je trouve un moyen de reporter le rendez-vous de dimanche c’est-à-dire dans deux jours. Toc toc, Suzanne entre, sourire aux lèvres.

  Abi (la femme de Malick) : la riposte 

Il y a une semaine, je soupçonnais mon mari de me tromper, aujourd’hui, j’en suis sure. Il y a des signes qui ne trompent pas et plus je l’observe et plus mon angoisse augmente. Malick passe son temps à chantonner et tout en lui montre excitation et joie. Il ne râle plus pour un rien et surtout il est devenu très câlin avec moi. Il nous arrivait de ne pas faire l’amour pendant plus d’un mois mais en une semaine, on l’a fait deux fois. Un soir je l’ai vu sourire en lisant un message, il ne savait pas que j’étais dans la pièce. Quand je me suis approchée de lui pour savoir le pourquoi de ce beau sourire, il a sursauté et a mis avec rapidité son portable dans la poche de son pantalon. Ensuite, il s’est mis à bégayer avant de se retourner et de prétexter je ne sais quoi pour quitter le salon. Malick ne sait pas tricher, même quand il sortait avec Marianne, je l’ai su. Alors j’ai fait une enquête sur elle et quand j’ai vu quel genre de femme elle était, alors je ne lui ai rien dit. Je savais d’avance que ça n’allait pas aboutir. L’avantage avec mon mari, c’est que je le connais depuis mon plus jeune âge alors je sais ce qui lui plait et Marianne n’est pas du tout son genre. Par contre, j’ai peur de celle avec qui il sort parce que je ne me souviens pas avoir vu Malick si joyeux, si excité, si souriant. Je me suis réveillée avec la ferme intention de découvrir la vérité. J’ai attendu qu’il soit dans la douche pour prendre son portable et l’espionner. Grande fut ma surprise de voir que ce dernier l’avait codé. Alors j’ai commencé  à avoir des palpitations car depuis que je me suis mariée avec lui, il l’a toujours laissé libre. La colère m’a pris d’un coup, j’étais si énervée que je tremblais de toutes mes forces. Des larmes ont commencé à couler et je me suis dépêchée de sortir de la chambre avant qu’il ne revienne de la douche. Qu’est ce qui n’a pas marché pour qu’il éprouve toujours le besoin d’aller voir ailleurs. J’ai toujours cru qu’il avait signé à la mairie polygamie pour me punir de lui avoir menti sur ma virginité. Aujourd’hui, je n’en suis plus sure parce que ce que j’ai constaté depuis une semaine va au-delà d’une simple aventure et j’ai peur. Mais comme dit ma mère la colère et la jalousie ne retiennent pas les hommes au contraire, elles les éloignent. J’ai deux armes imbattables les enfants et sa famille, la seule chose qui me reste c’est l’identité de la fille. Car pour battre son ennemi, il faut d’abord le connaitre. Je reste encore cinq minutes au salon avant de le rejoindre. Là, je le trouve en train de regarder d’un œil critique le boubou que je lui avais déposé sur le lit. C’est un signe que j’ai aussi oublié d’énumérer, mon mari n’est jamais satisfait de ce que je lui propose alors qu’autrefois il s’habillait sans se poser de question. C’est comme si la fille avec qui il sort, travaillait pour lui. Euréka c’est surement ça, on va vite le savoir. Comme j’ai dit Malick ne sait pas mentir.

– Tu ne trouves pas qu’il est un peu froissé en plus je n’aime pas trop la couleur du tissu dit- il en me le tendant. Il se dirige vers l’armoire et sort le bazin blanc qui lui va si bien et qu’il avait porté à la tabaski. Je m’approche de lui et me lance.

Chi Malick, j’ai l’impression que tu sors avec une fille de ton bureau lançais – je avec désinvolture. Son visage vire sur 40 expressions en une minute. Le salaud avais-je envie de lui crier mais je continue de lui sourire.

– Pou…pou…pourquoi tu dis ça ?

– Parce que ça fait cinq ans que je choisis ce que tu dois porter et jamais tu n’as eu en à redire et depuis une semaine monsieur critique tout. Il me regarde un instant avant de se retourner et de faire comme si je n’existais pas. Tout de suite mes larmes jaillissent alors que je m’efforçais de les retenir depuis tout à l’heure. Il a déplié son boubou avec énervement et a commencé à s’habiller. Quand il s’est retourné et a vu que je pleurais, il s’est précipitamment approché de moi.

Hey pourquoi tu pleurs ?

– Tu me trompes Malick, j’en suis sûre et certaine, hoquetais-je. Il fronce les cils avant d’ajouter.

– Ecoute Aicha… boum, le bruit de mon cœur, je recule de deux pas, il vient de m’appeler comment là ? En état de choc, je ne sais quoi dire et lui il se prend juste la bouche avant de se tenir la tête. Je l’ai dit, mon mari ne sais pas mentir et s’il m’a appelé par le prénom de cette fille, c’est parce qu’il tient beaucoup à elle. Mes jambes ne tiennent plus alors je me laisse tomber et pleure cette fois avec désespoir.

– S’il te plaît ne pleure pas, tu sais bien que je tiens beaucoup à toi et te voir  ainsi m’insupporte.  Je ne veux surtout pas te faire mal,  même si je l’épouse, tu es et tu resteras ma première femme, la mère de mes enfants…. Paf ! La gifle part toute seule, le regard de Malick vire au noir et il sort de la chambre sans rien dire. J’ai l’impression que mon cœur se déchire en deux et je n’arrive plus à respirer normalement. Je me couche sur le lit et ramène mes jambes sur ma poitrine, la douleur est trop forte. Ha les hommes, tous pareils. S’il croit qu’il peut me remplacer, c’est qu’il se met le doigt dans l’œil. Je me suis toujours préparé psychologiquement à avoir une coépouse mais jamais je n’ai cru que ça ferait aussi mal. La douleur est indescriptible, elle te transperce de toute part. Je lui ai donné mon cœur et ma jeunesse. Je ne parle même pas tout ce que j’ai dû dépenser dans les baptêmes et mariages pour contenter sa famille de vorace. Ma mère a vendu son terrain pour le baptême de mon premier fils, pour faire le yébi (bien distribuer à la famille du mari pour qu’elle soutienne mieux la fille dans son mariage). Je suis coquine au lit, je m’achète tout le temps des chemises de nuits sexy, je suis tout le temps sur mon trente et un. Alors  qu’est ce qui n’a pas marché ? Pourquoi éprouver le besoin d’aller voir ailleurs alors que je le satisfais pleinement. Non, jamais, il ne va pas l’épouser, j’en fais le serment. Je me suis levée et je suis entrée dans la douche en essuyant mes larmes.

J’ai déposé les enfants à l’école et je suis allée voir ma mère, elle seule pourra m’éclaircir les idées. Dès qu’elle m’a ouvert la porte, j’ai fondu en larmes.

Malick : complication

En révélant à Abi, mes intentions d’épouser Aicha, je risque d’avoir des problèmes. On ne sait jamais avec les femmes. Quand je me suis marié avec Abi, dans ma tête s’était évident que j’allais signer sous le régime de la monogamie mais comme le maire était en voyage, nous avons d’abord fait le mariage religieux. Alors quand j’ai vu qu’elle m’a menti sur sa virginité, alors j’ai signé la polygamie pour la faire enrager. Toujours est que je n’avais pas l’intention de me remarier.  Donc il faut que je précipite les choses avant que cela ne s’envenime. Surtout maintenant que je sais que c’est l’amour de ma vie. Avec le temps de par son comportement et ses actions, je remercie Dieu d’avoir fait ce choix à la dernière minute. Je suis sûr de retrouver ma mère à la maison à mon retour du travail et cette dernière va peser de tout son poids pour me faire changer d’avis. Je ne crois pas qu’elle va recourir à d’autres méthodes, même si Suzanne est prête en à parier, mais elle ne réussira jamais à me séparer d’Aicha. Oui j’aime cette femme, de toute mon âme et de tout mon être. Elle est devenue mon oxygène, ma raison de vivre. Elle réveille chaque fibre de mon corps et cela en devient une obsession. Mais ce qui me fait le plus bien c’est ma complicité avec elle. J’ai l’impression de la connaitre depuis des années et que nous ne nous sommes jamais quitté. Hier, quand j’ai vu une once d’hésitation venant d’elle, je me suis tout de suite mis en colère parce que pour moi il n’y a plus à réfléchir, juste foncer. Si elle hésite alors forcément nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde.

Après le déjeuner, j’ai décidé de poser ma fierté de côté et d’aller voir Mouha, on ne sait pas vu depuis la dernière fois. Et je m’en veux un peu d’avoir été si dur avec lui alors qu’il avait besoin d’être consolé. Par contre, j’ai appelé deux fois sa femme et elle campe toujours sur sa position. C’est fou comme Mouha peut- être têtu des fois. J’entre dans son bureau et c’est un regard froid qui m’accueille.

Durant tout le temps qu’il a été avec Aicha, Mouha n’a pas cessé de le taquiner et de lui faire rire. Il était presque 17 h quand il nous quittait. Mouha a un cœur en or et il est toujours heureux du bonheur des autres. Je voudrais tellement l’aider mais il est le seul à pouvoir régler son problème. Je suis allé prendre mes affaires pour raccompagner Aicha. Je suis en train de délaisser mon boulot complétement et si ça continue je vais rater l’affaire dont j’ai la charge en ce moment. J’ai décidé de déposer Aicha direct chez elle et d’aller voir ma mère. Si cette dernière ne m’a pas appelé jusqu’à présent c’est parce qu’Abi ne lui a surement rien encore dit. Ma mère est une femme d’une seule oreille, celui qui se penche en premier sur elle, obtient son soutien. Aicha a déjà était rejeté dans le passé et je ne veux pas qu’elle le soit par ma famille. Ensuite, je parlerai sérieusement avec Abi et j’espère du fond de mon cœur que l’on n’arrivera pas à une extrémité.

J’ai retrouvé ma mère, comme d’habitude en grande compagnie. J’ai fait les salutations d’usage et je lui ai demandé si je pouvais la voir une minute. Elle me fait un regard désapprobateur avant de se lever et de me suivre.

Je me gare chez moi, hyper anxieux de l’affrontement que je vais avoir avec Abi. Quand j’entre dans le salon, les enfants m’accueillent comme à l’habitude avec des cris. Ces petits garnements, pire que des souris. Ils se jettent tous sur moi et je fais semblant de tomber comme à chaque fois puis que ça leur fait rire comme pas possible. Après quelques chatouillements par si et saut au perier par là je leur demande où est leur maman.

Une demi-heure plus tard, j’entends sa voiture se garer. Mon cœur commence à battre plus vite, elle entre et nos regards se croisent. Elle se détourne rapidement et monte les escaliers en vitesse. Je demande à la bonne d’avoir un œil sur les enfants et je monte la rejoindre. Dès que j’ouvre la porte, elle me lance.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 17 : Supercherie« ]

Aicha : prise au piège

Dès que je suis arrivée chez mes parents, je me suis refugiée dans ma chambre, prétextant une migraine. La discussion que j’ai eue avec la femme de Malick me hantait. Je voulais juste prendre un peu de recul face à autant de changements en ce laps de temps. Depuis quelque temps, je fais des cauchemars, soit c’est un homme qui me poursuit, soit je suis violée. Je me réveille toujours en pleurs. Je croyais avoir réussi à mettre mon passé derrière moi mais je me rends compte que je me suis leurrée. Hier, j’ai tout de suite quand j’ai senti Malick si excité. Imaginez quand il s’agira de remplir mon rôle de femme. Je ne pourrais pas. Je ne suis pas prête. Il faut que je lui dise. J’avais décidé de lui parler de mes angoisses et surtout du traumatisme de mon mariage précédent. Il fallait que je me confie à lui pour pouvoir avancer ; il est le seul à arriver à me faire parler. Je ne sais pas pourquoi mais avec lui, je suis capable de tout supporter et même parler pour la première fois de ce qui s’est passé intimement avec le maire. Malheureusement, les choses sont allées tellement vite. Je n’arrête pas de me remémorer ce qui s’est passé.

Flashback

Je sors de la voiture énervée. Malick me ment et je n’aime pas ça. Il m’a prise au dépourvu quand il m’a dit qu’il devait aller voir sa mère. Lorsque je lui ai suggéré de le faire le samedi, sa réponse m’a fait comprendre qu’il cachait quelque chose. Cela m’a plus qu’énervé et le fait qu’il ne me raccompagne pas comme il le fait d’habite jusqu’à la porte de ma chambre me prouve encore plus qu’il y avait anguille sous roche.

Je suis entrée dans ma chambre hyper énervée et encore plus stressée que je ne l’étais déjà. Cela s’est accentué depuis qu’il m’a dit qu’il voulait rencontrer mes parents ce weekend.

Je me suis couchée histoire de me reposer un peu et le sommeil m’a rattrapé. Je ne sais pas combien de temps j’ai dormi mais j’ai été réveillée par quelqu’un qui a frappé à la porte. Ça doit être lui, revenant sur ses pas. J’ouvre la porte avec un grand sourire qui disparait tout de suite. Abi la femme de Malick me regarde de la tête au pied avec dédain. Elle a vraiment changé depuis la dernière fois que je l’ai vue à cette soirée. Une drianké (femme robuste) dans le vrai sens du mot. Elle porte une belle tunique rose, un peu serrée sur les bords, sa longue fausse chevelure et ses faux cils révèlent une femme très sophistiquée.

Longtemps après qu’elle soit partie, je suis restée pensive. On s’est vu toute la journée aujourd’hui et pas une seule fois Malick ne m’a parlé de la dispute qu’il avait eue avec sa femme.  Est-ce pour cette raison, qu’il est parti voir sa mère et qu’il ne pouvait pas attendre. Moi qui croyais que l’on se partageait tout, voilà qu’il me cache délibérément ceci. Je ne sais plus quoi penser ni quoi faire. Tout s’embrouille dans ma tête et franchement ça devient trop compliqué pour moi. Je prends deux ou trois habits que je fourre dans mon sac, direction : Parcelles.  Il fallait que je parle de tout ça à Menoumbé et surtout que je m’aère l’esprit.

Au moment où je prends le bus, mon portable sonne, je ne connais pas le numéro mais je décroche quand même.

Retour à la réalité

Ma mère est venue me voir deux fois pour me tâter la tête. Menoumbé est allé à la pharmacie m’acheter un Efferalgan. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’il n’y a pas de remède à la maladie du cœur. Le gars, je lui dis que j’ai besoin d’une pause et il m’envoie balader, pif. Pour qui il se prend ? S’il croit qu’il est indispensable, je suis si en colère contre lui que j’en tremble. Je vais faire comme s’il était mort, soof ba dé.

Hier, je n’avais pas pris de médicament puisque je n’avais pas mal à la tête mais ce matin, ayant très mal dormi, je me suis réveillée avec une affreuse migraine. J’ai pris deux comprimés et je suis allée à la cuisine prendre un verre. A cette heure, ils sont tous à la boutique. Je vais aller au marché et leur préparer un bon thiéboudieune (riz au poisson). Cela m’occupera un peu l’esprit. Si je reste seule sans rien faire, je risque de craquer. J’envoie à Menoumbé un message pour lui dire de ne pas acheter de bol de riz et me dépêche de sortir car il est déjà neuf heures. En route ma mère m’appelle pour me demander si je vais mieux, mon père aussi. Je ne peux m’empêcher de regarder chaque seconde mon portable, espérant un appelle ou un message de lui mais rien. Plus les heures passent plus je suis en colère contre lui, contre moi qui n’arrête pas de penser à lui, à son sourire, son regard de braise, sa bouche… Tu ne sais pas ce que tu veux toi.

Le reste de la matinée s’est passée très vite. La préparation du repas m’a finalement occupé. C’était une mauvaise idée de proposer à cuisiner, depuis le temps que je ne l’ai pas fait. Si je ne le réussis pas ma mère va me tuer, elle qui est un vrai cordon bleu. Elle m’a appelé deux fois pour me demander où est-ce que j’en étais. J’avais fini mais il manquait un peu de sel alors j’ai été obligée de faire une sauce avec des boulettes et crevettes pour ramener le gout. Je suis partie à la boutique, la boule au ventre. Il a suffi qu’ils voient que c’est du thiébou diaga pour commencer à me complimenter. Il est facile de tromper les hommes puisqu’ils ne savent rien à la cuisine. Je pense que de toute l’Afrique, les Sénégalais sont les plus macho. La société sénégalaise est très traditionaliste. A la maison, les hommes sont des rois, ils n’ont droit à aucun travail ménager, au contraire. Certains essayent d’enfreindre cette loi mais ils sont tout de suite freinés par leur entourage. Ici, un homme qui aide sa femme est un homme faible.

Après le repas, alors que mon père me remerciait avec un beau sourire et que Menoumbé me chantait la gloire du tiéboudieune, ma mère, elle, ne disait rien. Dès qu’ils se sont éloignés, elle me prit par le bras.

Malick : l’embarras

Quand j’ai raccroché avec Aicha hier, j’étais tellement en colère que je suis resté dix minutes dans la voiture a essayé de reprendre mon calme. Dans la colère, je lui ai dit que tout était fini mais ce ne se sera jamais fini avec elle. Je l’ai dans la peau, cette fille et rien ni personne ne pourra me séparer d’elle. Je l’aime et je suis prêt à me battre pour elle. J’ai appelé Mouha et nous nous sommes retrouvés quelque part pour en parler. Maintenant qu’Abi était au courant, il fallait que je fasse vite car avec les femmes on ne sait jamais. Les charlatans ont détruit les valeurs de nos femmes avec leurs sorcelleries. Où que tu vas en Afrique, la sorcellerie fait rage. Le plus triste, c’est qu’aujourd’hui, c’est tellement ancré dans l’esprit de certains qu’ils croient dur comme fer que tout ce qui leur arrive de bien ou de mal est dû à des fétiches. Malheureusement, ça ne finit jamais en bien.  Je ne pense pas qu’Abi ait eu recours à cela mais quand une femme est désespérée, elle devient fragile. Alors soit c’est la mère, la sœur ou la copine qui va te pousser à aller voir un charlatan.  Et aujourd’hui avec ce qu’elle vient  de poser comme acte, je ne jurerais plus de rien. Je suis sûr à 100 % qu’elle est allée voir Aicha et je finirais par savoir ce qu’elle lui a dit pour la pousser ainsi à me quitter. Je suis rentré chez moi vers une heure du matin et je me suis dépêché d’aller dormir dans la chambre d’à-côté. Mon cœur est trop en miettes pour supporter une dispute encore moins des explications bidon. Tant que je ne me réconcilie pas avec Aicha, elle est morte pour moi. Vous direz que je suis égoïste mais on ne récolte que ce que l’on sème.

Mouha m’a conseillé d’aller voir Aicha et lui parler face à face. Pour moi, c’est une mauvaise idée, mais toute la nuit, je n’ai pas arrêté de penser à cette éventualité. De toute façon, je ne pourrais jamais tenir jusqu’à lundi, c’est trop, il faut que je la vois. Quand je suis sorti de la chambre à pas de loup, j’ai entendu Abi et les enfants en bas. Surement sont- ils en train de prendre le petit-déj. Je m’empresse d’aller dans ma chambre prendre un bain et porter rapidement un joli ensemble. J’ai descendu les escaliers en courant, n’empêche Abi m’a rejoint devant la porte.

Deux heures plus tard, ça y est, je suis en face de la boutique des parents de Aicha qui se trouve au marché de Parcelles. J’ai tourné en rond pendant presque une heure pour la trouver car je ne connaissais pas trop l’endroit. Je devais demander la boutique de Ngor Fatick. J’ai pris un grand air et je suis entré. Aicha est la première personne que je vis. Elle devait surement guetter mon arrivée. Par deux fois, j’ai failli rebrousser chemin, surtout avec ses appels incessant mais j’ai tenu. Elle s’approche de moi et malgré son regard de braise, je souris. Ce petit bout de chose me tient.

C’était parti pour une heure de discussion passionnée sur l’agriculture, l’économie du pays et surtout ce combat qui me tient si à cœur : l’émergence de l’Afrique à travers ses propres moyens. Durant toute la durée de la conversation, Aicha n’y a pas pris part. J’avais hâte de me retrouver seul avec elle pour une petite explication. Quand j’ai entendu la voix du muezzin, j’ai compris qu’il était temps pour moi de partir mais je ne savais pas comment en venir aux choses sérieuses.

Ce simple sourire m’a donné du baume au cœur bien assez pour m’apaiser. Maintenant il faut que j’aie une conversation sérieuse avec ma femme.

Suzanne : le témoin

J’ai l’impression d’être en face de Tom and Jerry, non franchement ces deux-là vont finir par me tuer. Malick le chat passe son temps à courir derrière Aicha la souris. Si elle continue, elle va finir par le perdre et  ce serait vraiment dommage. J’ai conseillé à Malick de faire comme si elle n’existait pas et il m’a avoué qu’il n’y arrivait pas. Ce gars est complétement fou amoureux et il est en train de perdre la tête. Le lundi, il m’avait dit qu’il avait décidé de faire une pause histoire de ne pas trop la presser et le lendemain je les vois sortir ensemble main dans la main. Le mercredi, c’était encore la guerre mais cette fois parce qu’Aicha a refusé son invitation de diner. Il faut dire qu’Abi a fait fort. J’ai toujours dit à Malick que sa femme était très intelligente. Elle est venue au bureau vers 13 h et, tenez-vous bien, avec les enfants pour faire une surprise à son tendre époux et l’inviter à déjeuner. Trois ans que nous sommes dans ce cabinet et jamais elle n’est venue l’inviter à quoi que ce soit. Maintenant qu’elle sait que son mari est amoureux, elle vient jouer la femme aimante. Non mais qu’elle hypocrite. Ce qui m’énerve le plus, c’est qu’elle s’est liée d’amitié avec Aicha et l’innocente ne se rend pas compte de son stratagème. Par contre, Malick sait. Il a juste renvoyé sa femme avec dédain comprenant son manège et cela n’a pas plu  à Aicha qui lui reproche d’être un goujat avec sa femme. Malick n’a jamais su tricher ni mentir et le fait de voir Abi jouer ce cinéma lui a fait sortir de ses gonds. Il lui a presque crié dessus et cela devant Aicha qui ne s’est pas empêchée de prendre sa défense

Le jeudi alors qu’ils venaient de se réconcilier le matin,  voilà qu’Idrisse envoie un paquet de chocolat l’après-midi. Nous étions en train de le déguste quand Malick est arrivé. Je ne vous dis pas la scène de jalousie qu’il a faite, juste théâtral ! Je ne reconnais plus mon ami, il est devenu colérique, irréfléchi et surtout très impulsif. A croire que l’amour l’a changé.

Bref, plus les jours passent et plus ils se déchirent. Et aujourd’hui, ils sont tous deux à bout. Mais quand je vois les regards qu’ils se font des fois en réunion ou dans l’ascenseur, je sais au plus profond de moi qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Seulement, comme on dit, l’amour ne suffit pas, il faut une volonté de fer pour le dompter et une patience infinie pour le garder.  

  Abi : la revanche  

Ma mère avait raison sur toute la ligne, il suffit d’un peu de stratégie pour arriver à ses fins. Dès que j’ai quitté Aicha ce fameux soir-là, j’ai appelé maman pour lui dire ce qui s’est passé. Aicha semblait bien et avait beaucoup de compassions pour moi alors maman m’a suggéré de l’appeler pour en finir. Elle m’a dit exactement les mots que je devais dire et je l’ai fait. Elle m’a promis que jamais elle ne laisserait faire Malick quitte à le laisser tomber et c’est ce qu’elle a fait. Mais connaissant mon mari, je savais qu’il allait insister. Mais vu sa mauvaise humeur constante, je sais que ça ne va plus avec Aicha. D’ailleurs elle me l’a dit. Eh oui, nous sommes devenues des amies secrètes. Je m’en veux des fois car elle est vraiment gentille, trop gentille même. Peut-être que si on était des coépouses, on serait des sœurs. Mais c’est ma mère qui me ramène toujours à la réalité. Même si elle ne te fait pas mal, se sera son entourage qui le fera car Malick est riche et ils voudront qu’Aicha soit la seule gestionnaire de cette fortune. Ils vont te marabouter jusqu’à ce que tu perdes la tête. Ce sont ses mots. Je n’ai jamais fait de sorcellerie mais j’en ai peur. J’ai entendu tant de choses et ma mère est un exemple patent. Mon père l’aimait à la folie, mais à force de sorcellerie, il a délaissé ma mère jusqu’à l’abandonner complétement.

Autre chose qui fait que j’ai continué ma campagne de séparation. Mon mari m’a dit le samedi passé, en revenant de chez les parents de Aicha : «juste une chose, par a ou par b Aicha sera ma femme et qui compte essayera de m’en empêcher sera banni de mon chemin». J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps ce jour-là, ha les hommes avec leur cruauté. Peut-être que s’il avait réagi autrement, je n’en serais pas arrivé là. J’ai arrêté mes études, je lui ai donné trois beaux enfants et lui il me regarde sans sourciller pour me dire que si je n’accepte pas qu’il se trouve une chair fraiche, je dégage. Ce n’était pas ses vrais mots mais c’est comme ça que je l’ai entendu. Les hommes ne savent pas à quel point nous nous sentons trahi  et mal aimé quand ils épousent une autre femme. Même si notre religion le tolère, notre cœur ne l’accepte pas. Pour eux, nous sommes comme des voitures, au début, ils nous bichonnent, nous exposent comme des trophées et surtout nous constituons leur centre d’intérêt. Quelques années après, soit ils nous garent ou nous jettent à la casse.

Aujourd’hui, je le vois ruminer, perdre son appétit et dépérir comme moi il y a deux semaines. C’est à son tour de souffrir et de savoir à quel point ça fait mal d’être rejeté.

Cela fait deux jours que je suis en pleins préparatifs pour la fête du cabinet de mon mari.  Comme chaque année, c’est moi qui m’occupe de l’organisation de l’évènement et j’adore. Tous les employés seront présents et leurs familles.  En plus de ma belle- mère et de mes belles sœurs, j’ai ajouté deux des tantes de Malick. J’espère qu’après cette soirée, Aicha comprendra définitivement que Malick m’appartient dans le vrai sens du terme.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 18 : La soirée« ]

 « L’amour est une force sauvage. Quand nous essayons de le contrôler, il nous détruit. Quand nous essayons de l’emprisonner, il nous rend esclaves. Quand nous essayons de le comprendre, il nous laisse perdus et confus», Paulo Coelho

 

Aicha : entre deux feux  

Plus rien ne va. Entre Malick et moi, c’est une guerre permanente. Comment s’aimer autant et ne pouvoir s’entendre. Je lui en veux, tantôt pour son empressement à vouloir m’épouser, tantôt pour son comportement avec sa femme, tantôt pour sa jalousie injustifiée envers Idriss.

Je me dis des fois que j’exagère. Que je ne devrais pas m’occuper de son mariage avec Abi et lui laisser gérer sa vie. Mais, je n’y arrive pas. Je me suis vraiment fâchée contre lui le jour où il l’a envoyé se balader comme une chaussette. Et cela, devant tout le monde, notamment ses enfants. Rien ne peut justifier un tel comportement. En privilégiant la famille de Malick, Abi a cru bien faire. Nous avons toutes été éduquées dans cette logique de partage, d’adhésion et de communion. En Afrique, particulièrement au Sénégal, la belle-famille représente le pilier de tout mariage. On nous apprend dès le plus jeune âge, que nous devons obéissance et générosité à notre nouvelle famille. Que la femme doit être docile, affective et surtout accueillante.  Qui n’a pas entendu ces phrases symboliques de nos grands-mères : « Djiguène dafa wara melni pousso si biir seuyeum (pour dire que la femme doit jouer le rôle d’une aiguille à même de raccommoder toute fissure). Ou encore « Si tu veux garder ton mari, apprivoise ta belle famille ». Et par apprivoiser, on sous-entend  les entourer de cadeaux, les appeler tout le temps, leur préparer des repas, bref être aux petits soins pour eux.  Pour Malick, c’est de l’hypocrisie. Pour moi, c’est de l’amour parce qu’il faut vraiment aimer quelqu’un pour être l’esclave de ses proches.

Alors allez comprendre pourquoi j’ai pitié d’Abi quand je la vois venir au bureau et courir derrière son mari qui fait comme si elle n’existait pas. Elle a fait l’erreur de faire passer les autres avant son mari ; aujourd’hui elle veut changer. Malick doit faire l’effort de se réconcilier avec elle ne serait-ce que pour les enfants. Il doit lui laisser la possibilité de se rattraper. Ce n’est pas parce qu’il est amoureux de moi aujourd’hui qu’il doit faire comme si elle n’existait plus.  Continuer de sortir avec lui, c’est comme cautionner mon manque total de respect envers Abi. C’est pourquoi, malgré tout l’amour que je lui porte, la culpabilité me ronge tellement que je ne suis plus à l’aise dans cette relation. Je fuis Malick chaque jour un peu plus et il ne comprend pas cela, d’où nos disputes incessantes.

Entre-temps, Idrisse s’est rapproché de moi. Un jour, alors que j’attendais le bus, il s’est garé devant moi et a proposé de me ramener. J’ai d’abord refusé ; mais il a tellement insisté, jusqu’à sortir de sa voiture, que j’ai dû accepter. Ha les avocats, ils ont le verbe ! Il m’a dit qu’il connaissait ma relation avec Malick et que franchement je ne l’intéressais pas. A d’autres,  ai- je failli lui répondre. Mais j’en avais marre d’attendre le bus. On a vite sympathisé et je dois dire qu’il est gentil. Ils le sont tous au début. Le lendemain, quand je l’ai dit à Malick, il m’a fait une de ses crises de jalousie que je ne suis pas prête d’oublier. Ces yeux lançaient des éclairs et il m’a carrément jeté hors de son bureau. On ne s’est pas reparlé pendant 48 heures. Un jour, il m’a trouvé en train de déguster, en compagnie Suzanne, des chocolats qu’Idrisse avait envoyés. La poisse, je n’ai rien compris. Il a juste pris le paquet qu’il a jeté dans la poubelle avant de me lancer :

Nous ne nous sommes pas revus après cela. Trois jours et il me manque vraiment. Nous nous sommes croisés deux fois et je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir envie de me jeter dans ses bras. C’est ça qui est le plus bizarre, on se dispute comme chat et souris mais on s’attire comme aimant et fer.

On est vendredi et demain, c’est la fête d’anniversaire des 3 ans du cabinet. Suzanne m’a demandé de l’accompagner dans une boutique pour acheter une robe de soirée et m’a suggéré d’en faire pareil. Elle m’a dit de venir avec 80 000 F CFA au moins. J’ai avalé ma salive quand  elle m’a dit le prix. Je sens que je vais manger du riz bouilli les soirs à venir. Si je savais, j’allais acheter un joli tissu au marché HLM et l’amener à un de nos talentueux tailleurs qui grouillent dans la capitale. Bref, elle m’a amené dans une somptueuse boutique où la beauté des robes m’a laissé sans voix. Il m’a fallu dix minutes pour m’en choisir une et plus d’une heure à Suzanne pour faire pareil. Je crois qu’elle a essayé toutes les robes de la boutique. Même les vendeuses commençaient à s’impatienter. Finalement elle est revenue sur la deuxième qu’elle avait déjà essayée. Ha les femmes ! Alors que je me dirigeais vers la caissière croyant être sortie de ce supplice, Suzanne m’arrache brutalement la robe que j’avais choisie.

  Abi : regrets

Je vois Malick dépérir chaque jour un peu plus. Il ne mange pratiquement plus et ne joue plus le soir avec les enfants comme il en avait l’habitude en rentrant à la maison. Quand il marche, c’est comme s’il avait tout le poids du monde sur les épaules. Depuis une semaine, il rentre très tôt et se couche très tôt. Il n’était pas comme ça quand il avait quitté Marianne.  Je ne l’ai jamais vu aussi triste à part le jour du décès de son père. L’atmosphère est devenue pesante à la maison et mon mari ne me parle presque plus. Il répond à peine à mes salutations et la nuit quand, j’essaye de m’approcher de lui, il fait semblant de dormir. Je voudrais que tout redevienne normal. Mais au contraire, je sens de plus en plus que je le perds. Il ne faut pas se voiler la face, mon mari est fou de cette fille. Je suis tellement jalouse de cet amour qu’il a pour elle mais est-ce une raison pour le priver de bonheur. Ne dit-on pas que le véritable amoureux est celui qui est capable de faire passer le bonheur de l’autre avant le sien. Je l’aime tant que le voir ainsi m’insupporte chaque jour un peu plus.

Il est certes vrai que nous ne partageons pas le même idéal de vie, mais Malick a toujours était un homme bien pour moi. Les trois premières années ont été catastrophiques et nous avons failli nous séparer plus d’une fois. Et depuis deux ans, ça s’est stabilisé. Nous avons trouvé un compromis, c’est-à-dire que sa maison ne soit plus envahie et lui me laissera aller où je veux.

Côté dépense et argent de poche, je ne manque de rien et ma mère encore moins. Aussi, contrairement à certaines de mes amies, mon mari n’a jamais levé la main sur moi encore moins m’insulter. Bref un mari idéal. J’ai toujours cru qu’il m’aimait jusqu’à ce qu’Aicha entre dans nos vies. Il ne m’a jamais regardé comme il la regarde elle et je ne l’ai jamais vu dans un état aussi dépressif. Dois-je continuer ces manigances pour l’éloigner de la femme qu’il aime ? Le mérite-t-il après tout ce qu’il a fait pour moi ? Surtout le fameux soir de notre nuit de noces. Je lui ai menti sur ma virginité et je crois que c’est ce que je regrette le plus dans ma vie. J’ai connu deux amants. Le premier était mon professeur de maths en première. J’avais 17 ans et lui 45 ans, il a été mon premier amour. Au début, il ne m’intéressait pas jusqu’à ce qu’il commença à me donner des cours du soir à la maison. Il me complimentait tout le temps, me faisait de petites caresses et de fil en aiguille, il m’a entrainé dans son lit. Plus tard, j’en ai voulu à ma mère qui n’a pas été assez regardant. Elle aurait dû rester à la maison quand il venait le soir me donner ces cours. Une mère ne doit jamais baisser la garde, elle ne doit jamais faire totalement confiance aux hommes de son entourage. Au Sénégal, il y a tellement de viols familiaux, d’abus sexuel que l’on finit toujours par enterrer. La victime est à jamais traumatisée sans que le fautif ne soit jugé. Tout simplement parce que c’est son oncle, son beau-père ou encore son cousin.  Toujours ce dicton que l’on nous sort : « le linge sale se lave en famille ». Alors c’est à nous les mamans d’être vigilantes, de garder toujours un œil sur nos enfants car certains hommes ne suivent que leurs instincts sexuels. J’étais jeune et naïve face à un homme d’expérience qui a su puiser de son autorité pour faire de moi sa maitresse. Il m’a tout appris et si ce n’était pas une amie qui m’avait conseillé de prendre des pilules, peut-être que je tomberais enceinte comme ce fut le cas d’une autre élève avec qui il sortait aussi. Il l’a épousée pour ne pas se faire radier, m’avait-il dit. Nous avons continué notre relation jusqu’à ce que je parte à l’université. Heureusement pour moi parce que j’étais folle de cet homme et si je ne m’étais pas éloigné de lui qui sait ce que je serais devenue aujourd’hui. L’autre homme avec qui je suis sortie, était un étudiant en troisième année de médecine. Je n’étais pas vraiment amoureuse de lui mais il était un bon compagnon et nous sommes restés ensemble deux ans. Quand Malick est rentré définitivement, je me suis concentrée totalement sur lui, c’était l’homme de ma vie et il fallait qu’il m’épouse. Sous le conseil d’une amie, j’ai joué la fille vierge et je dois dire que je le regrette amèrement car je sais que ce n’était pas ce qui importait chez lui. Il m’a dit ce soir-là qu’il ne pourrait plus jamais me faire confiance après ce mensonge. Le lendemain, il m’a ramené chez ma mère en silence avec un drap tacheté de sang. Il a fait comme s’il était l’homme le plus heureux sur terre, a donné une somme importante à ma mère. Ce jour-là, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et ma mère aussi. J’étais sa fille unique et la famille de mon père lui avait toujours reproché de m’avoir éduquée comme une blanche. Beaucoup de mes tantes étaient restées cette nuit-là à attendre le pagne, histoire de savourer son humiliation.  Malick m’a redonné mon honneur et on a chanté les louanges de ma mère. Plus jamais il n’a reparlé de cette histoire. Je l’ai remercié secrètement pour cela. Je n’ai pas le droit aujourd’hui d’être si égoïste et lui causer autant de torts, pas après ce qu’il a fait. Je parlerais ce soir à Aicha et advienne que pourra.

Je suis entrée dans le dressing et pris la nouvelle robe que j’ai spécialement fait coudre par un grand couturier, le tissu seulement vaut 300 000 F CFA. Je sens que je vais faire des jalouses ce soir.

Malick : perplexe et perdu

Elle m’avait dit trente minutes et j’en suis à une heure. Enervé, je prends les clés de la voiture et traverse la salle.

Nous avons pris le véhicule, direction la Palace où se déroule la soirée. Abi n’arrête pas de parler et de me dire tout ce qu’elle a fait ces derniers jours pour la réussite de la fête. Je l’écoute à peine car toutes mes pensées sont dirigées vers Aicha.

Nous avons été parmi les premiers à arriver à la soirée. J’ai fait un tour des yeux la salle à la recherche d’Aicha. Il va me falloir beaucoup de force, de retenue ce soir car ma mère et mes sœurs seront là. J’ai commencé à faire le tour de la salle accompagné de ma femme qui me tenait fortement  la main. Je n’ai pas la force de la rejeter, encore moins de faire la fête. Plus vite ce sera fini et mieux ce sera.

Dès que nous nous sommes éloignés, elle lance :

C’est là que j’ai remarqué qu’il y avait aussi la présence de mes deux tantes de mégères. Je regarde d’un œil interrogatif Abi qui fait semblant de ne pas comprendre. Encore une de ses manigances. Ce qui est drôle avec les femmes c’est qu’elles nous croient trop stupide.

Nous avons continué à faire notre ronde et à saluer les invités les uns après les autres. Sans le faire exprès, je n’arrêtais pas de regarder vers la porte. Finalement je suis allé rejoindre Suzanne  pour lui demander de l’appeler.

Aicha : conflit

Malick a été la première personne que j’ai vu, c’est normal vu comment il s’impose devant les autres. Il a suffi de quelques secondes pour que nos regards se croisent. C’est la première fois que je le vois en smoking et il est encore plus beau que dans mes rêves. Je me suis fait la promesse avant de venir de faire comme s’il n’existait pas et voilà que mes pas se dirigent vers lui sans que je puisse ni détourner la tête ni les yeux, ni rien du tout. Il m’attire, m’ensorcèle c’est comme si rien n’existait autour de nous. C’est magique.

Le diner a été servi vers 23 heures et Malick en a profité pour faire un discours théâtral. Par deux fois, il a regardé vers ma direction et l’éclair de ses yeux ne présageait rien de bon. Le discours fini, nous nous attaquons délicieusement au repas. J’avais une faim de loup. Il ne restait que le dessert quand Suzanne me demande de l’accompagner aux toilettes. Dès qu’on a fermé la porte, elle m’a attaquée.

J’ai encore reculé et comme dans un cauchemar, je regarde la scène. Idrisse, se tient la mâchoire et Malick, mon Dieu, se débattait toujours avec trois hommes qui ont du mal à le retenir. Je n’aurai jamais cru qu’il pouvait être si violent et insensible. Je ne veux pas de cet homme dans ma vie, je ne veux être la cause de tant de souffrances, dis- je en regardant Abi  pleurer comme une madeleine dans les bras de la sœur de son mari. Il fallait que tout cela finisse et je connaissais une solution radicale, quelque chose qui m’éloignerait à jamais de lui. Je me suis dirigeais vers Idrisse, j’ai posé mes deux petites mains entre ses joues et je lui ai donné une petite bise. Même lui était surpris, il a juste sourit en regardant derrière lui. Quand je me suis retournée, Malick ne se débattait plus et la douleur sur son visage était indescriptible. Je regrette déjà mon geste mais c’est trop tard. Idrisse m’enlace par la taille et nous partons.

Je ne me suis pas retournée et dès que la voiture a démarré, j’ai fondu en larmes. J’ai si mal, mon Dieu. Tin tinte, un message, je sors mon portable de mon sac en tremblant.

‘Tu as gagné Aicha, nous deux c’est fini’, Malick.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

 

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[toggle title= »Chapitre 19 : A quelque chose malheur est bon« ]

Aicha : la détresse

Comme une litanie, le message de Malick revient en boucle dans ma tête depuis hier. Est- ce vraiment fini ? Je n’arrive pas à m’y faire. La douleur est trop forte. Idrisse m’a ramené chez moi en essayant de me réconforter au maximum alors que je voulais juste disparaitre. Il disait que j’ai fait ce qu’il fallait et que je n’avais pas d’avenir avec Malick. Mais plus il parlait, plus j’avais la haine pour lui. Aller savoir pourquoi ?  A un moment, je lui ai demandé de se taire ou de me laisser descendre. Il a pris la première option et quand il s’est garé devant mon immeuble, je suis sortie sans un au revoir, ni un regard vers lui. Je lui reprochais ce qui s’était passé ; mais au fond de moi, je savais que tout était de ma faute. Sur le moment, j’ai réagi sans réfléchir. Le rejet de sa mère et le stress accumulé ces derniers jours ont eu raison de moi. Maintenant que je l’ai perdu, j’ai l’impression d’avoir fait la plus grosse erreur de ma vie.

Pendant cinq ans, je me suis forgée une carapace de crocodile. Je m’étais fait ce mécanisme de défense pour me protéger émotionnellement et affectivement. Car après le traumatisme que j’avais vécu, il fallait que je vive en mode d’hyper vigilance et surtout en mode d’auto-défense. J’avais installé ce système de contrôle pour m’empêcher de percevoir des sensations et éviter d’être envahie par des émotions. Car ce sont ces émotions que nous avons de nos parents, de nos enfants ou de nos amours qui nous poussent à sacrifier une partie de nous, à accepter l’inacceptable.

Dans ma tête c’était clair, il ne  fallait plus subir mais agir.  Et Malick était un danger  à cet équilibre. D’un seul coup, il a détruit cette barrière, ce contrôle de moi-même et de mes émotions. Avec lui je n’arrivais plus à réfléchir ni à garder mon calme. Il est ce bateau à moteur sur une eau calme qui a remué tout mon être. Alors il fallait que je m’enfuie, que je me trouve des prétextes pour fuir et retrouver ce calme, ce contrôle de moi-même et surtout cette maitrise de ma vie. La puissance de mon amour pour lui est venue d’un coup et j’ai vu le mur de Berlin s’effondrer. Tous mes prétextes ont été balayés et au lieu d’accepter cette victoire de l’amour sur moi j’ai sorti mon arsenal de guerre. Hier, tout a été détruit avec la bombe atomique que j’ai sortie, je n’ai rien laissé au passage. Il ne reste plus que les séquelles. Seulement, je ne savais pas qu’elles seraient si grandes. C’est extrêmement douloureux. Je ne peux expliquer la souffrance que je ressens, c’est comme si la vie s’est arrêtée. Il faut le vivre pour connaitre cette douleur qui te transperce le cœur, t’empêche de respirer normalement. Je n’ai ni envie de manger ni envie de boire. Je suis couchée sur mon lit depuis hier, comme si j’étais paralysée. Je veux juste oublier mais je n’y arrive pas.

Toc toc

Je fonds en larme sans le faire exprès, j’ai envie de mourir.

Suzanne : l’accident

J’ai passé le plus horrible weekend de ma vie. Entre la peur, l’angoisse et le regret, je ne sais pas qui primait le plus. Je n’aurai jamais dû lui laisser prendre sa voiture, pas dans cet état et surtout pas avec Abi. Dix ans que je le connais et je ne l’ai vu aussi en colère que le jour où il a rencontré celui qui avait enceinté sa sœur et même là c’était encore moindre. Personne n’a pu le calmer quand il se bagarrait avec Idrisse. Et c’est fou mais j’ai presque loué le geste de Aicha parce que ça a glacé  Malick direct. Elle est audacieuse cette fille, Aicha m’étonnera toujours. Bref, je disais que je n’aurai jamais dû le laisser prendre sa voiture dans l’état où il était. Il n’a pas voulu partir avec sa femme, mais cette dernière qui était aussi en colère, lui a tenu tête. Quand sa voiture est passée devant moi avec une telle vitesse, je n’ai plus hésité. Nous avons couru mon mari et moi pour le suivre. Dix kilomètres plus loin, mon mauvais pressentiment s’est vérifié.   La voiture avait fait un tonneau et les roues étaient en l’air. J’ai cru que j’allais avoir un arrêt tellement mon cœur battait vite. Mon mari a appelé une ambulance qui a tardé à venir. Abi s’est réveillée avant que celle-ci n’arrive, mais Malick refusait d’ouvrir les yeux.  Jusqu’à présent, il ne l’a pas fait. Le docteur a dit qu’il a reçu un choc énorme et qu’il a été difficile de stopper son hémorragie interne. Abi, quant à elle, n’a eu que quelques égratignures, heureusement.

Depuis, on attend en priant du matin au soir. J’ai essayé de joindre à plusieurs reprises Aicha mais son portable reste éteint.

On est lundi et là je me pars au bureau l’esprit torturé. Depuis samedi, je n’ai pas dormi. Je viens juste de revenir de l’hôpital, sa famille est complétement bouleversée surtout sa mère qui a fait deux fois un malaise. Abi n’arrête pas de répéter qu’elle regrette et patati et patata. Franchement je hais cette femme.

Dès que l’ascenseur s’ouvre, je vois Aicha, les yeux larmoyants courir vers moi.

Trois jours passèrent difficilement. Abi a sorti tout le côté obscur qu’elle avait. Je peux comprendre qu’elle puisse interdire l’accès à Aicha, mais avec moi elle n’en avait pas le droit. Elle fermait à clé la chambre et ne faisait entrer que les personnes qui la convenaient. J’étais sidérée et en souffrait énormément. Quant à Aicha, je n’en parle même pas. Elle était comme une loque de terre. J’avais vraiment pitié d’elle. Heureusement qu’il y avait Mouha qui venait tous les jours aux nouvelles et dans les vidéos qu’il nous montrait Malick se rétablissait chaque jour un peu plus. Aicha comme Moi, on aurait pu faire scandale mais la santé de Malick primait sur tout.

J’étais au bureau en train de rassembler quelques dossiers de Malick qui urgeaient. Je ne savais pas quoi en faire mais il fallait juste que je les rassemble. Mouha est entré, le sourire aux lèvres.

Quand je suis arrivée, la porte n’était pas fermée à clé comme d’habitude. Mais Abi y était toujours assise au fond, les jambes et les bras croisés. Je l’ai zappée et je suis juste allée prendre Malick dans mes bras.

Il rit mais difficilement.

A l’entrée, Aicha guettait ma venue, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ça me fait vraiment mal de la voir  ainsi torturée.

Les jours suivants, Malick allait de mieux en mieux et commençait déjà à rouspéter qu’il en avait marre de l’hosto. Abi venait les soirs et je faisais tout pour qu’on ne se croise pas. Je voulais dire à Aicha qu’elle avait champ libre le matin mais j’ai encore attendu un peu. Plus je lui faisais attendre, plus il y avait une chance qu’ils se jettent dans les bras l’un à l’autre quand ils se verront. Donc je montrais à Aicha des vidéos de Malick debout ou en train de parler au téléphone, pour calmer son anxiété. Et pour Malick, j’appelais des fois Aicha devant lui et à chaque fois je voyais qu’il tendait l’oreille. Le dimanche, je suis allée le voir avec mes enfants et mon mari. J’y ai trouvé toute sa famille. Ses enfants étaient couchés de part et d’autre sur lui et mère Sokhna n’arrêtait pas de rechigner en les poussant. Il y avait aussi ses sœurs et la maman d’Abi qui m’a froidement saluée. A un moment, un homme est venu le voir. Il s’appelait Menoumbé. Quand il a prononcé ce nom, j’ai tout de suite compris que c’était le frère d’Aicha. Il se ressemble beaucoup. A un moment le gars lui passe ses parents et je vois Malick leur parlait avec beaucoup de gentillesse. On voyait que le frère d’Aicha était gêné mais il est resté quand même cinq minutes avant de prendre congé et de promettre de revenir. Je suis sûr qu’il aurait voulu lui parler de sa sœur mais  impossible.

Dès que je suis sortie de l’hôpital, j’ai appelé Aicha pour lui dire que la voie était libre et qu’elle pouvait venir demain à la première heure à l’hôpital. Quand j’ai raccroché, mon mari m’a lancé un regard interrogatif.

Malick : la décision

J’entends quelqu’un frapper, je me relève difficilement du lit, encore une nuit blanche à penser à cette satané fille, shim. Ça doit être Suzanne qui m’amène mes dossiers. Je regarde ma montre, il est à peine huit heures et demi, elle est bien matinale. Je réajuste mon drap et dis : entrez. Je vois le poignet de la porte descendre doucement et s’ouvrir au ralenti. Je tends le cou et vois Aicha, qui hésite à faire un pas avec son visage d’ange. Vous vouliez voir le visage attaché. Je prends la télécommande et allume la télé.

Nous avons encore parlé quelques minutes et le tour était joué. Quand j’ai raccroché, j’ai pris Aicha dans mes bras et je l’ai serrée très fort. J’avais l’impression que mon cœur allait exploser de joie. Ma poitrine a commencé à me faire mal et j’ai vite fait d’aller me recoucher. Je ne suis pas aussi guéri que je le pense. J’ai laissé une place à Aicha et enlacé nous avons commencé à planifier notre avenir tout heureux. J’ai appelé deux de mes oncles et Mouhamed. Ensuite nous sommes restés ensemble jusqu’à l’arrivée de Suzanne. Quand je lui dis la nouvelle, elle a sauté dans toute la chambre provoquant des fous rires. C’est là que ma mère est entrée, zut. Elle a regardé Aicha avec tellement de mépris que j’ai spontanément resserré mon étreinte sur elle.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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[toggle title= »Chapitre 20 : Le mariage« ]

Pour moi l’amour se traduit par le fait de ne pouvoir vivre sans l’autre, le mariage par le sacrifice de soi à l’autre.

Malick : Aïcha et rien qu’Aïcha

Il n’y a que l’amour qui provoque cette émotion si intense qui envahit tout mon être depuis ce matin. La vie est pleine de rebondissements. Si on m’avait dit hier que j’allais me marier avec Aicha aujourd’hui, je ne l’aurais pas cru. En tout cas, son père ne badine pas, un vrai taliban. J’ai vraiment cru qu’il blaguait quand il m’a dit d’envoyer ma famille. Mais ma plus belle surprise c’est Aicha qui a dépassé sa peur d’aimer et d’être aimée. Quand ma voiture a fait un tonneau, Aicha est la seule personne à qui j’ai pensé avant de sombrer dans l’inconscient. Ce sont les cris d’Abi qui m’ont réveillé, mais c’est la voix d’Aicha, me disant à quel point elle m’aimait et qu’elle regrettait d’avoir été si naïve, qui m’a donné envie d’ouvrir les yeux. Après j’ai voulu faire le fier en refusant de la voir. Plus les jours passaient, plus j’étais énervée par  son silence. Elle me manquait terriblement mais il était hors de question que je fasse le premier pas comme à chaque fois.  Elle est venue, pas comme je le pensais mais comme je l’ai toujours rêvé. Je n’arrive toujours pas à croire qu’on va se marier, mon Dieu.  Un sentiment de joie mélangé à de la peur me submerge depuis ce matin. Et si elle changeait encore d’avis, et si je rêvais et si… Je regarde ma montre toutes les cinq minutes et je l’appelle toutes les vingt minutes. Et à chaque fois je lui promets de ne plus le faire.

Après le départ de ma mère, j’ai demandé à Suzanne de rappliquer au plus vite avec mon chéquier. Il me fallait de la liquidité pour la dot et de l’argent de poche.  Je lui ai ensuite demandé d’amener ma femme chez Jour J et de lui acheter une belle robe de marier. Là nous sommes en train de parler au téléphone du gâteau de mariage et de ce qui va avec. C’est un mariage à la va-vite, n’empêche je voudrais qu’elle ait le minimum. Mouhamed entre dans la chambre le sourire aux lèvres. Dès que je raccroche il attaque.

Aicha : Mme KANE

J’ai l’impression de rêver debout. Je m’étais levée ce matin avec une intention féroce : reconquérir Malick par la séduction. Depuis que Suzanne m’a donné feu vert, c’est – à – dire hier, je n’ai pas arrêté de faire des recherches sur Google en tapant comment reconquérir son mec lol. Il faut dire que je suis novice dans cette démarche. Sur les 89% des articles que j’ai lus, le mot séduire était la lettre d’or. Alors j’ai pris un taxi à la recherche d’une boutique ouverte à 20 h à Dakar et heureusement pour moi je l’ai trouvée. J’ai beaucoup hésité à prendre la robe noire mais quand j’ai pensé à ces deux semaines atroces qui venaient de se passer sans lui, je l’ai prise. Moi Aicha Ndiaye, essayer de jouer de mon charme pour reconquérir un homme, il n’y a que l’amour qui peut nous pousser à une telle extrémité ; le monde à l’envers je vous dis. Je ne me suis même pas regardé dans la glace de peur de changer d’avis. Et le résultat escompté va au-delà de mon espérance. On va se marier et je n’ai jamais été aussi heureuse, aussi sûre d’avoir fait le bon choix. Malick est l’homme de ma vie et il est hors de question que je vive encore une journée de plus sans lui. Je regarde ma montre, ça fait deux heures qu’il ne m’a pas appelé et contrairement à ce matin, ça me fait peur. Il m’avait appelé vers 13H avant de quitter l’hôpital pour me dire qu’il allait chez lui. Il voulait le dire à Abi avant que quelqu’un ne le fasse à sa place. Maintenant, je n’ose pas l’appeler de peur de mal tomber.  Peut – être que ça a mal tourné, peut – être qu’il a changé d’avis, peut – être…. Mon Dieu je n’ai jamais été si stressée de toute ma vie à part ce fameux jour avec… Je balaie tout de suite cela de ma tête, il ne faut pas j’y pense.

Il y avait déjà du monde à la maison, j’ai rien compris. Ma tante maternelle est venue me saluer avec tellement de jovialité que je n’ai pu m’empêcher de le dévisager. Elle vit à Dakar et je l’ai vu deux fois en cinq ans. La fois où elle est venue nous voir en faisant ses chichis critiquant tout, l’exiguïté de l’appartement, la déco, la nourriture tout. La deuxième fois, sous insistance de ma mère,  je suis allée la voir et elle m’a si froidement accueillie. Je ne n’ai plus remis les pieds chez elle. Elle pensait peut – être que j’étais venue lui faire la lèche-botte vu qu’elle faisait partie des plus nantis de la famille, pif.

A la maison, il y avait aussi cinq autres femmes qu’on m’a présentées et dont j’ai entendu vaguement les noms. Malick n’arrêtait pas de m’appeler. Du côté de mon père, il y avait son frère qui vivait lui aussi à Dakar et ses deux amis avec qui il trainait dans le quartier. L’imam est arrivé avec trois autres personnes, ensuite quelques voisins, des copines à ma maman habitant le quartier. Bref, la maison se remplit de plus en plus jusqu’à obliger ma mère à aménager le couloir pour recevoir les invités. Mais d’où vient tout ce monde ?

J’avais presque fini de m’habiller quand on me dit que la délégation de Malick est arrivée. Ils sont bien en avance, il reste une trentaine de minutes de l’heure qu’ils avaient fixée. Or au Sénégal, il faut toujours ajouter deux heures de plus à celle qu’on donne.

Panique totale, là je me rends vraiment compte qu’on ne badine plus, le gars dit qu’il vient récupérer sa femme. Sa femme avec un grand  F, tu voulais séduire, tu es entrée direct dans la gueule du loup, assume rèk.

Ma mère entre dans la chambre affolée me faisant des gestes pour raccrocher avec Malick qui avait repris ses appels intempestifs. Je lui dis rapidement que je dois saluer des invités qui venaient d’arriver avant de raccrocher le cœur battant.

Après cela, un photographe est arrivé, me fait faire des poses de toute sorte jusqu’à me causer un torticolis. Aussi mon père revient avec les invités et les félicitations fusaient de partout. Ma mère vient m’embrasser, les larmes aux yeux. Elle esquive une petite dance sérère. Sa sœur entre dans la dance. C’était une manière à elles de me montrer leur joie. J’ai remarqué que toutes les femmes avaient été installées maintenant dans le couloir, ce qui donnait plus d’espace dans le salon. Les tantes de Malick m’ont, à leur tour, félicitée sans aucune tendresse tandis que les autres m’enlaçaient dans leurs bras. Pif tant pis pour elles, elles ne vont pas gâcher ma joie. Je leur ai sorti  mon plus beau sourire en leur disant merci avant d’aller au salon. Mon père n’a pas attendu que j’y arrive pour se lever et me prendre dans ses bras. C’est la première fois que je le vois les larmes aux yeux.  Il est tellement ému. J’ai craqué à ce moment et c’est dans ce brouillard de larmes que Malick fait son entrée. Il est beau comme un Dieu dans son grand boubou blanc qui rehausse si bien son teint. Il se dirige direct vers nous en lançant des salamaleykoums d’usage sans pour autant s’attarder sur les gens qui étaient assis autour. Il n’avait d’yeux que pour moi. En face de moi, il fait sa mimique craquante avant de lancer à mon père :

Le reste de la soirée se passe dans la bonne humeur avec Menoumbé et Mouha qui n’arrêtaient pas d’enchainer blague sur blague. Malick, quant à lui, tient trop à cœur son rôle de mari aimant, cajolant et surtout tendre. Caresse, petite bise par ci et par là, mots doux, tout y passe. A un moment mon frère lui lance.

Plus ils me taquinent, plus je me rends compte que j’allais bientôt rester seule avec Malick. Alors la panique a commencé à me gagner et je n’étais pas pressée que le diner soit servi. Vers 20 H, on appela les hommes pour qu’ils fassent ensemble la prière du Timis. Dès que je suis restée seule avec Suzanne, elle me lance.

Dès que la prière est terminée, je vois les femmes commençaient à mettre les nappes. Malick s’approche de moi et me chuchote à l’oreille.

Tout le monde est descendu avec nous pour nous dire au revoir et cette fois c’était dans la joie et l’humeur. A un moment Malick est venu me tirer la main et nous sommes montés à l’arrière de la voiture. Dès que la porte s’est enfermée, il m’a pris dans les bras dans un grand baiser passionnel. Heureusement que les vitres étaient teintés sinon on allait encore assister à un marathon. Quand il m’a relâché, j’avais du mal à reprendre mon souffle et lui aussi.

Dix minutes plus tard, la belle Mercedes belge se gare devant une somptueuse demeure où il est écrit Résidence la lune. Mais la dernière phrase de Malick m’empêche de savourer la beauté de l’endroit. Surtout qu’il me tire la main avec empressement en se dirigeant vers la réception. La clé en main, il reprend la même course folle. Je commence à avoir vraiment peur et je ne reconnais plus l’homme tendre qui était dans la voiture. Mon cœur bat très vite quand il entre dans la chambre et ferme à clé en jetant le sac qu’il avait pris de la malle.  Une pluie de baisers s’abat sur moi comme une tornade. Quand il a commencé à descendre ma fermeture, j’ai poussé un cri sans le faire exprès en reculant. Il me prend la main m’empêchant d’aller plus loin, c’est la panique totale. Toutes les images du maire me tirant, me giflant, me pénétrant avec violence me reviennent. Malick voit ma frayeur et recule à son tour d’un pas en levant la main.

A lire tous les lundis…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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