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Chapitre 31 : la diplomatie balise le chemin des pèlerins

CHRONIQUE DE SIDI

Entre les musulmans et les Quraysh, la troisième bataille était plus qu’imminente. Les derniers exigeaient de Mouhamed (PSL) et de ses compagnons un demi-tour. Ils n’étaient pas la bienvenue à la Mecque et avec des centaines de cavaliers, les Quraysh étaient disposés à le leur montrer. Une injonction inacceptable pour les musulmans. Ils étaient venus en paix, mais étaient tout aussi disposés à en découdre si la situation l’exigeait. Les nerfs étaient tendus, la tension à son comble. On n’écoutait plus que le Prophète Mouhamed (PSL) à qui le dernier mot revenait.

Ceux qui pensaient que Mouhamed (PSL) était un va-t-en-guerre dont la moindre provocation suffisait à faire réagir, apprirent une leçon mémorable. Au paroxysme de la tension, alors qu’il suffisait qu’il montrât la plus petite raideur pour déclencher les hostilités, il entreprit de négocier avec les Quraysh menaçants. Il leur demanda ainsi ce qu’ils attendaient réellement d’eux. Qu’est-ce qu’ils pouvaient gagner en faisant le demi-tour qu’on exigeait d’eux ? Les Mecquois énumérèrent leurs conditions. Ne voulant pas donner l’impression d’avoir cédé à la force, ils voulaient avoir l’initiative. Ainsi, ils demandèrent aux musulmans de rebrousser, en contrepartie, ils s’engagèrent à leur laisser revenir l’année suivante faire leur pèlerinage. Ils promirent même de leur laisser la cité pour un pèlerinage ne souffrant d’aucun encombre. Le Prophète Mouhamed (PSL) accepta toutes les conditions des Quraysh et demanda la consignation par écrit des points d’accord.

Ainsi, entre les deux camps, il était notamment établi que :

–  Une trêve totale d’une durée de dix ans ;

– Un Quraysh convertit à l’Islam sans la permission de son tuteur ou de son chef ne pouvait être accepté à Médine ;

– Un Médinois qui ne croit pas à l’Islam peut rejoindre les Quraysh sans être inquiété ;

– Il était également décidé que Mouhamed (PSL) et ses compagnons feraient demi-tour  sans mettre les pieds à La Mecque. L’année suivante, dépourvus de toute arme, ils pouvaient revenir et y rester trois jours pour leur pèlerinage.

De nombreux musulmans n’étaient pas d’accord avec la position de Mouhamed (PSL). Pour beaucoup d’entre eux, rebrousser chemin, c’était perdre la face devant les Quraysh.  Oumar, très remonté, était allé partager ses réserves. Il trouva  Abu Bakr et l’interpella : « Abu Bakr, n’est-il pas le Messager de Dieu ? ». Ce dernier répondit par l’affirmative. Et Oumar de reprendre : « Ne sommes-nous pas les musulmans ? » Abu Bakr lui répondit que « Oui ». « Ne sont-ils pas les idolâtres ? », reprit Oumar.  Abu Bakr lui donna la même réponse. « Pourquoi donc devrions-nous accepter l’humiliation dans ce qui touche notre foi ? », demanda encore Oumar. Et Abu Bakr de lui recommander : « Suis-le quoi qu’il fasse, Oumar. Je crois qu’il est le Messager de Dieu». Un échange qui renseigne de la surprise et du mécontentement de nombreux musulmans. N’empêche, Mouhamed (PSL), imbu d’une logique que beaucoup n’appréhendaient pas, alla jusqu’au bout de sa logique de paix.

Ainsi, comme conclu, les musulmans rebroussèrent chemin, sans voir la Ka’ba dont ils rêvaient d’embrasser. Certains reprochèrent au Prophète (PSL)  de n’avoir pas accompli le songe qu’il avait fait.  Mouhamed (PSL) leur demanda de ne pas se presser. Et leur assura que le pèlerinage se fera. Seulement, il leur rappela n’avoir pas parlé de date et fallait pas croire que le voyage ne pouvait se faire que cette année-là.  En passant un tel accord, à proprio favorable à leurs ennemis, le Prophète (PSL) voulait aussi prêter davantage  attention à leurs nombreux autres ennemis. Ce n’est pas par hasard si d’importantes expéditions ont été menées par les musulmans à Khaybar et Tayma notamment, quelque temps après la signature de protocole d’accord.

Et comme les Quraysh s’y étaient engagés, l’année suivante, ils permirent aux musulmans de revenir à la Mecque. Les Prophète (PSL) avait passé de nombreuses semaines à se préparer pour le voyage. Quand le moment de partir arriva, il demanda à ce que ceux qui étaient du premier voyage avorté occupent les premiers rangs. Ainsi, plus de deux mille pèlerins dont  des femmes et des enfants partirent avec le Messager. Tout ce beau monde scandait des chansons en l’honneur du Tout-puissant et de son Messager. C’est dans cette grande ferveur qu’ils arrivèrent à la Mecque, décidés à rendre grâce à Allah.

 

 

A lire chaque vendredi

Par Sidi Lamine NIASS

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